Nous sommes confrontés, dans le pays, à une série de contradictions qui n’ont ni nom ni sens. Un gouvernement qui commémore l’assassinat de l’empereur Jean-Jacques Dessalines le 17 octobre, mais qui, quelques jours plus tôt, le 12 octobre, a fait sauter le bouchon de champagne avec l’ambassadeur d’Espagne en Haïti pour célébrer l’arrivée de Christophe Colomb aux Amériques tout en acceptant les insultes de ce diplomate à l’égard des acteurs politique haïtiens. Un gouvernement qui se prétend héritier de Dessalines, mais qui s’aligne totalement sur les Américains et les Nations unies pour envoyer dans le pays une force expéditionnaire baptisée « Force de répression contre les gangs » (FRG) sous prétexte de lutter contre l’insécurité. Rien d’étonnant, lorsqu’on a affaire à un État corrompu, à un gouvernement de conspirateurs et d’individus dévoyés, au service des intérêts d’oligarques locaux et de capitalistes étrangers.
À ce tournant politique, alors que ceux qui dirigent et représentent l’État haïtien ne sont, en réalité, que des cadavres politiques, il n’y a rien à attendre d’eux. Ce régime tente de pêcher en eau trouble, ce qui le conduit à naviguer de contradiction en contradiction. Des dirigeants n’ayant même pas la capacité ou qui, tout simplement, ne jugent pas nécessaire de poursuivre les projets gouvernementaux entamés par ses prédécesseurs, le pays n’a rien à attendre d’eux. C’est ainsi que l’on retrouve, aux quatre coins du pays, des infrastructures et des équipements destinés au développement qui sont à l’abandon et en train de se détériorer. L’exemple du barrage hydroélectrique de Marion, dans le Nord-est restant à l’abandon illustre parfaitement cette politique de sabotage de l’État. Tous les gouvernements de transition ont saboté les travaux d’irrigation du canal KPK, sur la rivière Massacre, ainsi que tous les projets régionaux de construction de réseau électrique.
L’État auquel nous avons affaire ne défend pas les intérêts du peuple ; il n’a jamais porté cette cause et n’a, par ailleurs, jamais cherché à favoriser l’unité au sein de la nation. C’est pourquoi, malgré tout ce qui se dit au sujet d’un « dialogue national », un tel projet n’a jamais été à l’ordre du jour ; parce que tout simplement il ne correspond pas à la volonté des puissances dominantes. Après tout, leur force repose sur la division de la population afin de brouiller les cartes. Or, le pays ne saurait être condamné à un tel avenir marqué par la pauvreté, le dénuement, l’exploitation, l’oppression et une guerre impérialiste déclenchée contre les quartiers défavorisés, sous prétexte de rétablir la paix. La devise du pays est : « L’union fait la force. » Pourtant, on refuse obstinément de la mettre en pratique, car elle ne figure pas dans les plans des puissances postcoloniales. En réalité, l’État haïtien n’existe plus et ceux qui soi-disant dirigent le pays, n’agissent que sur ordre de nos ennemis historiques.
Il est inacceptable de laisser proliférer la délinquance, ignorer les jeunes et abandonner des familles entières privées de tout recours social, pour ensuite se retourner contre eux sous couvert de banditisme. On laisse entrer des armes de toutes sortes en provenance des États-Unis en transitant par la République dominicaine qui affluent dans le pays, notamment dans les quartiers pauvres de la capitale, pour ensuite se plaindre de la présence de groupes armés à Port-au-Prince, dans l’Artibonite et dans le Plateau central. Pourquoi ne se demande-t-on jamais ce qui a été fait ou ce qu’il conviendrait d’entreprendre pour empêcher ces armes de pénétrer dans les quartiers populaires ? D’ailleurs, puisque la source du problème est connue, pourquoi le gouvernement ne cherche-t-il pas à apporter une vraie solution à cette problématique ?
Si nous ne parvenons pas à trouver la solution adéquate, c’est précisément ce sont les mêmes individus qui viennent, par la suite, nous vendre des services de sécurité. Nous sommes dans un cercle vicieux. Une véritable arnaque en réalité ! Ne sommes-nous pas en pleine farce, digne des personnages de Bouqui et Malice ? C’est là un problème majeur pour le pays : on prétend combattre un phénomène tout en refusant de s’attaquer à sa source, à ses racines. La raison est simple : nous savons pertinemment qu’en remontant à la base, on retrouve l’État lui-même, ainsi que l’impérialisme. Être révolutionnaire, ce n’est ni s’allier à la bourgeoisie, ni participer à des élections qui ne sont que des sinécures. Ce n’est point non plus se rendre complice des grandes puissances impérialistes exploitantes cherchant à conserver leur Pré-carré. Il s’agit, au contraire, de s’organiser pour renverser la politique bourgeoise rétrograde et contrer les intérêts et les ingérences des États impérialistes, notamment ce triumvirat composé de la France, du Canada et des États-Unis.
Honte à tous ceux, qu’ils soient de la diaspora ou de l’intérieur du pays, qui ont soutenu et approuvé la politique du Conseil présidentiel de transition (CPT), et feignent aujourd’hui de ne pas s’aligner sur le régime actuel du Premier ministre de facto, Alix Didier Fils-Aimé, lequel n’est que le prolongement de la mascarade du Conseil présidentiel. Il est bien plus efficace d’organiser une lutte agissante ou de mouvements de contestation comme en France, Italie, Belgique, etc…que de voter pour un candidat qu’il soit de droite ou de gauche qui ne changera rien, si ce n’est sa propre situation personnelle. La seule vraie alternative à ce système moyenâgeux et égoïste qui ne fonctionne pas est de s’en débarrasser.
À Haïti Liberté, nous ne nous lassons pas de le répéter : nous ne sommes pas là pour formuler des suggestions, ce qui reviendrait à collaborer avec la classe politique traditionnelle et les gouvernements qui la représentent.
Notre objectif, pour ceux qui l’ignorent ou semblent ne pas le comprendre est de renverser ce système, avec toutes les catastrophes qu’il inflige au pays et à la population. Nous ne soutenons aucun processus électoral qui viserait simplement à renouveler les structures d’un système corrompu, dirigé par un gouvernement qui ne se soucie pas de l’avenir de la population ni du devenir du pays. Nous luttons pour un avenir meilleur pour le peuple, et non pour un simple changement de façade ou de visage. Nous ne voulons pas d’un avenir fait de misère et d’incertitude ! Ce système de destruction sociale n’a rien d’autre à offrir que la violence, la misère et l’exploitation. Nous militons pour un gouvernement populaire qui tourne le dos à l’impérialisme et qui proclame la fraternité et la solidarité mutuelle du peuple haïtien. Nous défendons une cause : celle du peuple. Son droit à l’existence, à l’autodétermination et à l’indépendance effective sur sa terre. Nous défendons cette cause et nous continuerons à le faire par tous les moyens, car l’État haïtien en tant qu’entité juridique et politique n’existe quasiment plus. Aujourd’hui, cette entité n’a, en réalité, qu’une existence symbolique. L’État d’Haïti ou la République doit être recréé, car une autre Haïti, une et indivisible, libérée de toute ingérence et de toute domination étrangère demeure possible.






