Comme un jeu de Ping-pong. Après la réponse du Premier ministre à Pierre Espérance sur la sécurité et le budget, ce sont les Conseillers électoraux qui entrent en lice et répondent du tac au tac au locataire de la Primature en apportant, semble-t-il, quelques précisions pour les deux parties. Le mardi 12 mai 2026, un membre du CEP répondant aux questions du journal Le Nouvelliste à propos de l’interview du chef de la Transition accordée depuis Rome, en Italie où il avait avancé le mois de décembre pour le premier tour des élections, ce Conseiller semblait dire « Banco » à Alix Didier Fils-Aimé. D’ailleurs, il va encore plus loin. Au lieu de décembre, il avait même avancé le mois de novembre si les autorités répondent aux exigences sécuritaires et budgétaires de l’institution électorale. En effet, d’après le CEP, tant que le gouvernement n’a pas encore décidé sur le budget, le décret électoral et le tout publier au journal officiel Le Moniteur, rien ne serait possible.
« Cela est techniquement possible pour le CEP d’organiser ces élections dès le mois de novembre prochain, à condition toutefois que la sécurité soit rétablie et que les fonds nécessaires soient disponibles. Dans la mesure où nous avons le rétablissement de la sécurité dans le pays, c’est techniquement possible d’organiser les élections dans le pays en novembre prochain. Et, actuellement nous travaillons au CEP sur cette possibilité. Nous avions aussi soumis les noms de deux cadres de l’institution, le Directeur exécutif et le Directeur de la planification, pour travailler avec le gouvernement sur le document. Depuis, nous n’avions eu aucun retour. Jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas encore pris le temps pour discuter avec nous au CEP ni sur le projet de décret ni sur la proposition du budget électoral. Nous attendons la décision de l’Exécutif sur ces deux documents officiels, sans quoi nous ne pourrons pas avancer avec le processus électoral. Depuis le 7 février, date à laquelle le Premier ministre a pris les rênes du pouvoir, il n’a rencontré le CEP que deux fois » affirmait ce Conseiller électoral.
Finalement, c’était par voie de presse interposée que les deux institutions se communiquent sur ce dossier. Toujours dans la fameuse interview après sa rencontre avec le chef de l’église catholique, le Pape Léon XIV, au Vatican, Alix Didier Fils-Aimé révélait que tout sera fait dès son retour à Port-au-Prince à propos du décret électoral et la publication du document dans Le Moniteur. Affirmant que ce décret annonce le renouvellement de la classe politique, le Premier ministre disait n’avoir aucun problème avec le texte soumis par le Conseil électoral. Le retard pour faire adopter le document serait dû aux consultations entreprises par la primature auprès des partis politiques. Mais, pour lui, tout est conforme. « La semaine prochaine, nous voterons sur le décret en Conseil des ministres. Il n’y aura aucun problème. Le décret électoral n’a aucun problème. Nous l’avons vu. Nous faisons des consultations avec les partis politiques. Le décret électoral va guider les élections.
Je pense que c’est une chose que l’on ne peut pas faire dans l’empressement. Nous lisons tout pour nous assurer, qu’une fois voté, que cela soit un bon décret qui peut permettre d’avoir des élections correctes qui donnent au pays ce qu’il attend : le renouvellement de la classe politique, un Président, des sénateurs, des députés, tous, élus dans de bonnes conditions pour satisfaire les revendications de la population » avait expliqué le chef de la Transition au quotidien Le Nouvelliste le samedi 9 mai 2026. Le jeudi 14 mais 2026, le jour de la fête de l’Ascension, a eu lieu une séance de formation au profit des corps judiciaires et de la police nationale pour trois juridictions du département de l’Ouest à l’hôtel Montana dans la cadre du processus électoral. C’est le Ministère de la justice et de la Sécurité Publique qui en était à l’initiative. Les Commissaires du Gouvernement (Procureurs), des substituts, plusieurs juges de Paix et un nombre conséquent de policiers de Port-au-Prince, de la Croix-des-Bouquets et de Petit-Goâve ont pris part à cette nouvelle séquence de formation.
Malgré que ce soit une activité du ministère de la Justice, c’est le locataire de la Primature qui a eu le privilège d’ouvrir la séance. D’entrée de jeu, il s’est félicité de cette initiative qui, en fait, est nationale dans la mesure où ce sont toutes les juridictions du pays, soit une vingtaine, qui bénéficient de cette formation liée aux élections. « Nous n’avons pas de doute que ce sont des élections que nous allons organiser dans le pays. L’argent est là, l’appareil sécuritaire et l’appareil judiciaire sont à pied d’œuvre. Sans sécurité, aucune élection n’est crédible, et sans justice, aucune démocratie n’est durable. Je salue cette formation lancée pour vingt juridictions dans le pays afin de renforcer la mission et le rôle de l’appareil judiciaire et sécuritaire dans la tenue des élections. 3 milliards de gourdes sont débloqués pour des partis politiques. De 2021 à nos jours, l’État a mobilisé 50 millions de dollars américains pour soutenir les opérations électorales » déclarait Alix Didier Fils-Aimé devant une assistance conquise.
D’autre part, c’est le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Patrick Pélissier, qui devait confirmer les propos du Premier ministre sur cette même thématique électorale et sécuritaire. Il annonce qu’il a passé des instructions à toute la chaîne judiciaire afin que les juges et les policiers se mettent à l’écoute du Conseil Électoral Provisoire (CEP) et accompagnent tout le processus. D’où cette formation qui est appelée à se répéter sur tout le territoire et dont cette première dans la capitale est le point de départ. Selon le ministre de la justice, cela fait trop longtemps que le pays est privé d’élections. Il annonce la création de deux tribunaux spéciaux dans le cadre de ces élections afin, disait-il, d’empêcher que l’argent sale s’infiltre dans la campagne. « C’est une étape essentielle pour renouveler le paysage institutionnel, mais surtout redonner au peuple toute sa place dans la conduite de son destin.
Dix ans sans élections, c’est laisser le peuple, qui est le maître du jeu, en dehors de toutes décisions politiques du pays. Cette formation, organisée d’abord dans les juridictions de Port-au-Prince, Petit-Goâve et Croix-des-Bouquets, sera reproduite à travers plusieurs autres juridictions du pays. Des mesures sont prises pour assainir l’environnement électoral, notamment avec la mise en place de deux tribunaux spéciaux, des pôles judiciaires spécialisés, dotés d’une compétence pour juger les crimes des gangs et les actes de complicité, ainsi qu’une mission visant à juger les crimes financiers et empêcher l’argent du kidnapping et de la corruption de financer les campagnes électorales » avançait Patrick Pelissier. Enfin, le Président du Conseil électoral, Jacques Desrosiers, invité par les organisateurs à prendre la parole devant les magistrats et les policiers présents, n’a pas caché ses craintes devant la violence qui sévit dans le pays, tandis que le processus électoral se poursuit bon gré mal gré.
Il n’oublie point de mettre ces acteurs – magistrats et policiers – au cœur du dispositif du processus. Selon Desrosiers, ils sont la clé de la réussite des élections, en clair, sur qui tout l’appareil électoral compte pour délivrer un scrutin presque sans faute. « Pour que le bulletin de vote soit plus fort que la violence, pour que le verdict des urnes soit respecté, il faut créer une véritable synergie entre acteurs et actrices judiciaires et acteurs et actrices de la police nationale. Celui qui a 25 ans aujourd’hui avait 15 ans lors des dernières élections en 2016. Dix ans sans élection. L’espérance est presque détruite. Il est urgent de redonner confiance à une jeunesse qui n’a jamais voté.
Vous, magistrats et policiers présents ici, êtes, à travers vos engagements, les gardiens de l’espoir » concluait le Président du CEP lors de cette séance de formation le 14 mai 2026. Toujours dans la perspective de ces élections qui se faisaient attendre comme une alésienne, des membres du Conseil Électoral Provisoire ont rencontré le ministre de l’Éducation Nationale, Mijonnet Déméo, lors d’une séance de travail organisée par les deux institutions le mercredi 20 mai 2026 dont l’objectif était de trouver un accord sur l’utilisation des infrastructures appartenant au Ministère pour les élections. Selon ce qui a été rapporté par les deux parties, il y a eu la signature d’un protocole d’accord engageant le CEP et le Ministère de l’Éducation Nationale à collaborer durant tout le processus électoral.

Il consiste à ce que ledit ministère met à la disposition ou autorise l’organisme électoral à utiliser l’ensemble de ses infrastructures scolaires publiques sur le territoire pour diverses opérations relatives aux élections. D’après les deux institutions, les discussions portaient précisément sur : « L’utilisation des infrastructures scolaires publiques, notamment les écoles nationales et les lycées. Dans cette perspective, plusieurs établissements scolaires seront mobilisés et mis à la disposition du CEP tant pour les opérations d’inscription des électeurs que pour des bureaux de vote lors des prochaines élections générales. Cette démarche devra garantir une meilleure accessibilité des citoyens à l’exercice du droit de vote à travers le pays. » Dans sa marche forcée, l’institution électorale ne chôme pas. Du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation Professionnelle, on la retrouve un peu plus loin au PNUD-Haïti, toujours dans son pèlerinage à la recherche de fonds et de soutien dans sa tentative de réussir une opération électorale poussive et laborieuse.
Ainsi, le vendredi 22 mai 2026, en partenariat avec le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) qui, en Haïti, sans savoir pourquoi, est l’organisme qui gère tous les fonds mis à la disposition du Conseil Électoral Provisoire (CEP), les Conseillers électoraux ont organisé ce qu’ils appellent un atelier de renforcement des capacités et intégration pour les cadres appartenant au CEP. Le Président du CEP, Jacques Desrossiers, comme à chacune de ses interventions, a mis en avant l’aspiration du peuple haïtien de sortir de cette crise multidimensionnelle qui tue le pays depuis des années. Là encore, l’ancien journaliste n’a pas oublié de souligner que la tenue d’élections transparentes et crédibles dépendait en grande partie d’une bonne harmonisation entre son institution et le PNUD qui, comme nous le disons plus haut, a la main sur la gestion financière de toutes opérations électorales dans le pays.
Répondant aux propos allant droit au cœur de cet organisme de l’ONU, le Représentant résident en Haïti du PNUD, Xavier Michon, de son côté est revenu sur l’importance de la Communication comme un outil essentiel au renforcement des relations entre le Conseil électoral et ses partenaires techniques et financiers de la Communauté internationale. Enfin, selon les deux co-organisateurs, cette activité avait un double objectif dans la mesure où elle consistait d’une part à : Harmoniser les connaissances sur les principaux aspects opérationnels du Projet d’Appui au Processus Électoral en Haïti (PAPEH), entre autres, la gouvernance du projet, les procédures de passation des marchés, les modalités de paiement, les mécanismes de partenariat, ainsi que la reddition de comptes. Et d’autre part à : Renforcer la collaboration et la cohésion entre les équipes techniques du CEP.
Le lundi 25 mai 2026, c’est au tour du ministère de l’Économie et des Finances d’entamer un nouveau round de discussions avec les autorités électorales sur le fameux budget, sorte de pomme de discorde, avec le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. En effet, cela faisait des semaines que l’organisme électoral attendait un signe de la part du gouvernement sur plusieurs dossiers notamment sur son décret électoral et le budget alors même que ce qui n’était plus qu’une rumeur faisait débat dans les salons de la « République de Port-au-Prince » soulignant que l’Exécutif entendait présenter son propre décret électoral ou, dans une moindre mesure, modifier celui proposé par le CEP. Un membre du Conseil électoral rapportait dans la presse les péripéties de la relation de l’institution avec le Pouvoir.
Dans le quotidien Le Nouvelliste notamment, il était revenu sur la question du budget et le décret électoral dont le CEP attendait le dénouement. « Nous avions officiellement transmis le projet de décret électoral au gouvernement il y a un mois. Depuis, nous n’avions eu aucun retour sur le document. Si l’exécutif a des objections ou des modifications à apporter dans le projet de décret, il le fera officiellement aussi. Mais jusqu’ici, le CEP n’a eu aucun échange avec le gouvernement en ce sens, or, sans ce cadre légal, le CEP ne peut pas finaliser le calendrier électoral. Cependant, il y a des avancées sur la proposition de budget électoral. Ce lundi 25 mai 2026, nous avons eu une rencontre avec le ministère de l’Économie et des Finances sur le budget. Nous allons voir les prévisions de toutes les rubriques.
On a eu une rencontre sur plusieurs points dont le budget des opérations électorales. On s’est entendus pour continuer les échanges. Il est prévu la formation d’une Commission composée des membres du ministère de l’Économie et des Finances et du CEP pour travailler sur le budget » confiait au journal le 25 mai 2026. De toute évidence, l’écho ou les gémissements des membres du CEP étaient arrivés jusqu’à la Primature, voire aux oreilles du locataire de la Villa d’Accueil puisque, un mois après la transmission du projet de décret électoral et une journée après les doléances des membres du Conseil Électoral Provisoire dans les médias, le gouvernement a volontairement laissé circuler un document auprès de la presse sous la forme d’un draft dans lequel le Conseil des ministres, sous l’autorité du premier d’entre eux, donc Alix Didier Fils-Aimé, a profondément remanié le texte originel que le CEP lui avait soumis. Dans la copie mise en circulation qui n’était pourtant pas encore officielle, le gouvernement voulait monter de plusieurs crans le seuil de 30 000 membres que le CEP entendait imposer aux partis politiques pour pouvoir candidater selon l’article 130. Alix Didier Fils-Aimé, lui, voulait le fixer à 100 000 adhérents, membres ou sympathisants. Mais, ce qui est encore plus parlant, c’est le rôle de subalterne que le Pouvoir décidait de faire jouer aux Conseillers électoraux eux-mêmes face à Uder Antoine qu’il a nommé Directeur général en lieu et place d’un Directeur exécutif que le Président du CEP avait déjà nommé en la personne de …Uder Antoine. Vous avez dit fourberie ! Machiavélique ! (A suivre).
C.C









