Conseil Présidentiel de Transition et Alix Didier Fils-Aimé, un échec en construction !

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Le conseiller présidentiel Leslie Voltaire

Depuis le 11 novembre 2024, Alix Didier Fils-Aimé a été investi Premier ministre pour succéder à Garry Conille qui avait été limogé par le Conseil Présidentiel de Transition après seulement cinq mois au pouvoir. Membre du Secteur des affaires, il est le troisième Premier ministre nommé en trois ans, après Ariel Henry et Garry Conille. A son arrivée, il s’était engagé à travailler sans relâche pour rétablir la sécurité et la cohésion politique dans un pays en proie à la violence sur fond d’une crise politique profonde suite à l’assassinat de Jovenel Moïse il y a plus de quatre ans. De Garry Conille à Didier Fils-Aimé, la Transition tâtonne pour ne pas dire qu’elle est à la case départ sur tout. Pire, ce Premier ministre est coincé entre un Conseil Présidentiel de Transition (CPT) dont la politique repose uniquement sur des promesses depuis sa création et son installation en mai 2024 et les signataires de l’Accord du 3 avril qui ne le soutiennent absolument pas.

Celui qui a été désigné à l’unanimité pour conduire le pays vers des élections sombre, lui aussi, dans les conjectures. De plus, le CPT est critiqué pour son manque de transparence et son incapacité à respecter les Accords politiques signés, notamment l’Accord du 3 avril 2024. Cet Accord, signé par des représentants de neuf secteurs de la vie nationale, appelé « Parties prenantes » établissait un calendrier politique et électoral pour la Transition. Cependant, le CPT n’a pas respecté plusieurs de ses engagements, ce qui exacerbe la crise politique. Par ailleurs, ce dernier est confronté à plusieurs défis, dont celui de 3 membres du CPT sur 9, Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire et Louis Gérard Gilles qui sont accusés de corruption, ce qui a conduit à des appels à leur démission. Ils sont impliqués dans le scandale de la Banque Nationale de Crédit (BNC), où ils auraient réclamé des pots-de-vin pour maintenir son Président, Raoul Pierre Louis, à son poste. Cette affaire de corruption au sein du CPT est un problème grave, cela mine la confiance de la population et des partenaires de la Communauté internationale.

Les accusations de corruption contre ces Conseillers-Présidentiels ont conduit à une perte de crédibilité de la présidence collégiale. Tandis que l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC), suite à son Rapport accablant, a recommandé des poursuites contre les 3 Conseillers impliqués. Mais ces derniers, avant même la décision le mercredi 19 février 2025 de la Cour d’Appel de Port-au-Prince signifiant qu’ils ne peuvent être poursuivis devant un tribunal ordinaire et qui qualifie d’inconstitutionnelle la décision du juge d’instruction, Benjamin Félismé, de lancer des mandats de comparution à l’encontre des mis en cause, avaient décidé de rester en poste. Une posture qui alimente la colère de la population et d’une partie des signataires de l’Accord du 3 avril. En fin de compte, tout le monde se demande où va ce pays et personne ne sait vraiment quelle direction veut prendre le gouvernement et le CPT qui préparent l’arrivée de Fritz Alphonse Jean comme nouveau Président de cette instance collégiale en succession à Leslie Voltaire dont le mandat arrive à échéance le 7 mars prochain si l’on respecte le principe de la présidence tournante.

Certes le représentant du Parti Lavalas a été un Président plutôt mouvant au cours de ses six mois de sa présidence comparativement à son prédécesseur, Edgard Leblanc-Fils qui n’a pour seul bilan qu’un beau discours à l’Assemblée générale des Nations-Unies. Cela dit, Leslie Voltaire, à part ses voyages à l’étranger, notamment en Colombie, au Vatican, en France et ses rencontres avec des dirigeants internationaux entre autres, Gustavo Petro, Pape François et Emmanuel Macron, le moins que l’on puisse dire, il n’a à son actif que très peu de résultats sinon pas grand-chose en termes de réalisation. Leslie Voltaire, malgré sa revanche sur l’ancien Premier ministre Garry Conille qu’il avait juré et s’était employé à « couper la tête » pour l’avoir humilié à New-York, n’a pu faire mieux.

Alix Didier Fils-Aimé investi Premier ministre le 11 novembre 2024

Il laissera le pays au point qu’il l’avait trouvé, c’est-à-dire, en plein chaos politique et institutionnel avec en plus l’aggravation de la crise sécuritaire et sociale de la population. Face au blocage de la situation, les signataires de l’Accord du 3 avril sont une nouvelle fois retournés récemment vers le Groupe des Éminentes Personnalités (GEP) de la CARICOM pour faciliter le dialogue entre les différentes Parties prenantes et le Conseil Présidentiel de Transition. Composées d’anciens Premiers ministres de la Caraïbe, ces personnalités avaient pu et su favoriser la création du Conseil Présidentiel de Transition en avril 2024 après la chute du Premier ministre Ariel Henry. Elles ont pour mission de trouver une entente entre tous les protagonistes de la Transition pour organiser les élections et transférer le pouvoir à des élus légitimes au plus tôt. Les Parties prenantes dont plusieurs, notamment l’Accord de Montana, ont boudé la rencontre, avaient exprimé leur frustration face à l’absence de progrès concrets et à l’incapacité du CPT à répondre aux besoins urgents d’une population désemparée.

Lors de cette rencontre tenue le 6 février 2025 par vidéoconférence, les Éminentes Personnalités ont souligné l’importance de respecter les principes de l’Accord du 3 avril 2024 qui prévoit l’installation le 7 février 2026 d’un Président élu et la restauration de l’ensemble des institutions dysfonctionnelles. Cependant, leurs efforts sont entravés par le manque de coopération des acteurs politiques et par la persistance du CPT de ne pas vouloir forcer les 3 accusés dans le dossier de la BNC à démissionner. Même avec les efforts de la CARICOM, les tensions politiques persistent et la fin de la Transition post-Jovenel, pour le moment, demeure incertaine. Aucune avancée concrète n’est observée. En dépit de la mise en place dans des conditions laborieuses d’un Conseil Electoral Provisoire (CEP) et de la date pour des hypothétiques scrutins au cours de cette année, les observateurs politiques et même les acteurs de cette Transition qui perdure demeurent sceptiques et peu convaincus.

En effet, le Conseil Électoral Provisoire (CEP) de Jovenel Moïse, dissous dès septembre 2021 par le Premier ministre Ariel Henry, histoire de donner des garanties à ses nouveaux alliés, Fusion, SDP et les autres, attend toujours de voir s’il était possible de faire mieux sans un consensus entre tous les protagonistes de la crise et de la Transition. Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) est un organe clé pour l’organisation des élections en Haïti. Or, il est toujours au cœur de la même problématique. Les acteurs politiques et une partie de la Société civile contestent sa légitimité et sa composition, arguant que le processus de sélection de ses membres n’a pas été transparent. Cette contestation a conduit à des blocages dans le lancement du processus du référendum et des élections. Certes, l’organisme a démontré qu’il voulait s’engager dans la voie de la mission qui lui a été confiée par le Conseil Présidentiel de Transition et le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé en lançant, à travers le pays et dans la diaspora, diverses activités relatives au référendum et à la nouvelle Constitution en cours d’élaboration par le Comité de pilotage de la Conférence nationale.

N’empêche, les opposants à ce CEP et au CPT veulent rester droits dans leurs bottes. Ils continuent à s’opposer à l’idée même d’organiser des élections dans cette conjoncture. La donne, selon eux, n’a point changé. Par conséquent, il est impossible qu’il y ait des scrutins en 2025 malgré l’optimisme du Président sortant du CPT, Leslie Voltaire. Par ailleurs, ce nouvel organisme électoral créé en septembre 2024 dans la douleur reste confronté aux mêmes problèmes de fond que sont les aspects logistiques, financiers, et sécuritaires, sans parler de la confiance. Il doit faire face à des défis énormes pour garantir des élections crédibles et transparentes dans un contexte de violence généralisée, ce qui est loin d’être une évidence avec l’insécurité qui a atteint des niveaux alarmants ces dernières semaines, avec une augmentation significative des violences et des attaques des groupes armés. La prise de la commune de Kenscoff, autrefois un havre de paix non loin de la capitale et d’autres endroits stratégiques autour de Pétion-Ville doit servir de baromètre pour les autorités politiques et électorales dans leurs prises de décisions dans ce processus qu’elles entendent mordicus entamer alors même que c’est tout le département de l’Ouest qui fait l’objet d’encerclement par les gangs armés. La liste des localités, communes et territoires tombés dans les escarcelles des bandits est longue. Une stratégie qui devrait compliquer certainement le processus sauf si, d’ici-là, les autorités arrivent à prendre le dessus sur les groupes armés ou si elles veulent reproduire ou rééditer le coup de la ruelle Vaillant de 1987. Triste mémoire ! Naturellement, les forces de l’ordre, notamment la Police Nationale d’Haïti (PNH), jouent un rôle crucial dans la lutte contre l’insécurité. Cependant, elles sont confrontées à de nombreux problèmes y compris un manque criant de ressources, de formation et de personnel. La PNH et les FADH ont lancé plusieurs opérations pour reprendre le contrôle des zones contrôlées par les gangs. Mais, ces efforts sont souvent entravés par la supériorité numérique des groupes armés et le manque de coordination des responsables politiques et policières.

Pour l’heure, la nomination de l’ancien chef de la PNH, Mario Andrésol, à la tête de la Secrétairerie d’État à la Sécurité Publique, pourtant applaudie et encouragée par l’ensemble de la classe politique, n’a pas pour l’instant apporté les fruits attendus. Longtemps restée sans titulaire, la Sécurité Publique dispose désormais d’un nom et d’un visage connus du grand public, ce qui fait une responsabilité de plus sur les épaules de cet ancien capitaine de l’ancienne Force Armée d’Haïti, avant son intégration dans la police nationale après sa dissolution en 1995. Mario Andrésol est attendu au tournant. Homme politique depuis, il sait qu’il n’a pas droit à l’échec sinon ce sera la fin de sa carrière politique.

On le sait aussi, sans soutien des autorités gouvernementales (Primature) et ayant des moyens limités avec des policiers peu formés n’ayant pas assez de temps pour s’entrainer ni se perfectionner au maniement des armes et la stratégie, il y a peu d’espoir de gagner face à des groupes suréquipés semblant exécuter un plan millimétré, voire ayant des motivations politiques et sociales. Bien sûr, il y a la présence des policiers et soldats kenyans et du reste du monde de la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS) déployés en Haïti depuis le mois de juin 2024. Sauf qu’aujourd’hui, personne à commencer par leur Commandant en chef, le kenyan Godfrey Otunge, ne peut soutenir que la présence de ces milliers de femmes et d’hommes déployés sur le terrain en soutien à la Police nationale d’Haïti (PNH) a vraiment fait la différence ou apporté une quelconque amélioration sur le plan sécuritaire dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, la capitale, et la région de la Petite-Rivière de l’Artibonite.

Les affrontements entre les groupes armés et les forces de sécurité ont causé des centaines de morts et de blessés de part et d’autre des forces en présence, ce qui n’a point bouleversé la hiérarchie entre les gangs armés et les forces de sécurité officielle. Les gangs continuent de gagner du terrain sur le gouvernement en reprenant des quartiers comme Carrefour-Feuilles, Delmas 40b, et la population civile reste la principale victime de cette violence orchestrée. La crise humanitaire s’est aggravée avec plus d’un million de personnes déplacées ou ayant trouvé refuge dans des infrastructures scolaires qui, elles-mêmes, sont débordées privant ainsi des milliers d’écoliers de leurs bancs de classe. Cette situation désolante et désarmante devait conduire, le jeudi 20 février 2025, les réfugiés de différents bidonvilles et ghettos de la région de Port-au-Prince à manifester et exprimer leur désolation et surtout leur colère devant l’indifférence du gouvernement et du Conseil Présidentiel de Transition.

En effet, tout le centre-ville de la capitale, en tout cas ce qui en reste, sans oublier les zones de Delmas 43, Bourdon, Christ-Roi, Solino, Lalue s’étaient réveillés ce jour-là sous les flammes de pneus usés et de barricades afin d’attirer l’attention des autorités de la Transition sur leur sort. Cette première grande manifestation anti-gouvernementale depuis l’exil forcé d’Ariel Henry il y aura bientôt une année, marque l’échec de ses successeurs à mener à bien la barque de la Transition. Or, il semble que la seule inquiétude des neuf membres Conseil Présidentiel et le Premier ministre Fils-Aimé reste l’arrivée à la Maison Blanche d’un nouvel « Empereur Romain » dénommé Donald Trump qui, a tout instant, peut défaire leurs plans et prévision politiques pour la suite de la Transition.

Si depuis son installation à Washington, Haïti apparaît ou est considérée comme une quantité négligeable dans sa croisade et pour la politique extérieure des Etats-Unis, alors qu’il bouleverse le reste du monde, c’est peut-être qu’il sait que les dirigeants haïtiens n’attendent qu’un signal pour lui livrer les clés de Port-au-Prince. Imprévisible, expansionniste et ayant des visées colonialistes, le nouveau Président américain, Donald Trump, demeura durant les quatre années de son Administration, la seule inconnue de l’équation de la politique haïtienne.

 

C.C

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