La Fondation « Zanmi Timoun » plaide pour l’élimination de la domesticité en Haïti !

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Iqbal Masih, un enfant pakistanais chrétien de 12 ans, tué le 16 avril 1995 par les mafias du textile de son pays parce qu’il avait dénoncé les conditions de travail des enfants

À l’occasion de la Journée mondiale contre l’esclavage des enfants ce 16 avril 2017, la Fondation « Zanmi Timoun » dénonce encore une fois l’existence d’enfants vivant en situation proche de l’esclavage en Haïti et partout dans le monde. Cette journée a été instituée suite à l’assassinat d’Iqbal Masih, un enfant pakistanais chrétien de 12 ans, tué le 16 avril 1995 par les mafias du textile de son pays parce qu’il avait dénoncé les conditions de travail des enfants. Iqbal avait travaillé comme esclave dans l’industrie textile à partir de l’âge de 4 ans et lorsqu’il avait 10 ans, il était parvenu à s’enfuir, devenant ainsi le témoin de cette expérience, arrivant à parler même devant des parlements et dans les universités des Etats-Unis et de l’Union européenne. Malgré les années de lutte, la législation internationale, les plaintes et les programmes de soutien en faveur des enfants en situation précaire, l’esclavage continue à être bien présent. Depuis lors, le 16 avril est devenu l’occasion de se pencher sur le sort des quelques 8.5 millions d’enfants esclaves et des 215 millions d’enfants qui travaillent dans le monde.

Un petit restavec en Haiti

La Fondation « Zanmi Timoun » étant une institution haïtienne œuvrant dans le domaine de la protection et la défense des  droits de l’Enfant veut rappeler que cette date marque une tournure importante dans la lutte pour le respect des droits de l’Enfant en Haïti. Cependant, malgré les efforts consentis par l’Etat haïtien et les organismes de droits humains, bon nombre d’enfants sont sujets à des formes d’abus, de maltraitance, de viols, de stigmatisation et de discrimination dans la société haïtienne. Tandis que, l’article 19 de la Convention des Nations Unies relative aux Droits de l’Enfant stipule : les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l’enfant contre toute forme de violence, d’atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu’il est sous la garde de ses parents ou de l’un d’eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié. La Fondation « Zanmi Timoun » constate que les droits de cette catégorie d’enfants ne sont pas protégés et garantis par l’Etat Haïtien.

Une fillette en domesticité en Haïti

Toutefois, la Fondation « Zanmi Timoun » croit qu’il est important en commémorant cette journée ce 16 avril que l’Etat haïtien devrait appliquer à travers l’administration MOISE/LAFONTANT des politiques publiques visant à éradiquer la pratique des enfants travailleurs/en domesticité en Haïti. Plus de 207 000 enfants de moins de 15 ans en domesticité en Haïti sont en situation difficile et méritent une intervention de l’Etat haïtien. Ces enfants sont généralement ceux et celles issus des familles déshéritées. Ces dernières sont dépourvues de moyens économiques pouvant répondre adéquatement aux besoins fondamentaux de leurs enfants.

L’Article 32 de la Convention des Nations Unies relative aux Droits de l’Enfant signée et  ratifiée par Haïti en 1994 sans aucune réserve prévoit que l’enfant doit être protégé contre l’exploitation économique et de n’être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptible de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à son développement physique, mental, spirituel, moral ou social.

En outre, Haïti a ratifié le 19 juillet 2007, la Convention N°182 de l’OIT sur les pires formes de travail des enfants, cette convention définit explicitement  en son article 3 les pires formes de travail des enfants incluant toutes les formes d’esclavage  dont « la traite des enfants, la servitude pour dettes et le servage ainsi que le travail forcé ou obligatoire et les travaux qui, par leur nature ou les conditions dans lesquelles ils s’exercent, sont susceptibles de nuire à la santé, à la sécurité ou à la moralité de l’enfant ».

La Fondation « Zanmi Timoun » demande à l’Etat haïtien de mettre des mécanismes à travers des institutions et des organismes déconcentrés de l’Etat pour la vulgarisation de la Convention 138 de l’OIT sur l’âge minimum pour le travail des enfants et de la Convention 182 sur l’élimination de pires formes de travail des enfants ratifiées par l’Etat haïtien. Suite à la signature de ces deux Conventions, Haïti a confirmé son engagement essentiellement à la protection des enfants contre l’esclavage de toutes formes. Elle encourage le Gouvernement LAFONTANT à rendre fonctionnel le Comité National de Lutte Contre la Traite des Personnes (CNLTP).

Ainsi, pour enrayer systématiquement le phénomène des enfants « restavèk » en Haïti, il reste à l’Etat haïtien de définir des postulats clairs à travers une vision axée sur le choix d’une politique sociale bien établie du Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST) par une campagne de sensibilisation dans tout le pays.

Fait à Port-au-Prince, le 12 Avril 2017

 

Litan DORIVAL

Responsable de Programme

 

 

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