Dernier soupir

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Le visage hébété de madame Hillary flanquée de son mari Bill, sonné, triste, flétri, presque en pleurs, et du candidat à la vice-présidence Tim Kaine (à droite) au visage sidéré, abasourdi, l’air d’un egare se demandant nan ki sa m pran la a?

Que ce titre ne cause aucune émotion, aucune inquiétude, aucun affolement, aucune angoisse, aucun saisissement, aucun… soupir parmi les lecteurs. Pour autant, ne croyez pas que  je me suis mis en tête de faire un compte-rendu du roman Dernier soupir de l’écrivain américaine Lisa Jackson. Je peux tout de même vous en donner une petite lossière. Selena Alvarez et Regan Pescoli, deux inspectrices de police, enquêtent sur la mort d’une juge survenue peu avant une tentative d’assassinat sur la personne du shérif de la localité. Il pourrait y avoir un lien entre les deux affaires. Alors, il s’agit de capturer le tueur avant qu’il n’arrache son «dernier soupir» à sa prochaine victime.

Le titre de ce texte ne fait pas non plus allusion au roman biographique familial pas mal tourmenté, complexe, de l’écrivain indo-britanique Salman Rushdie Le dernier soupir du maure paru après l’affaire des Versets Sataniques. Le livre tire son nom de El Suspiro del Moro, un col situé à douze kilomètres au sud de Grenade, là où le 2 janvier 1492, Boabdil, dernier sultan de Grenade, capitula devant les armées des Rois Catholiques. Sur le chemin de l’exil, au lieu-dit : «le dernier soupir du maure», le capitulard se retourna vers la capitale de son royaume perdu et pleura. Sa mère lui lança alors: «Pleure comme une femme ce que tu n’as pas su défendre comme un homme». En passant, l’anecdote est bien relaté par Chateaubriand dans sa nouvelle Les Aventures du dernier Abencérage, nom d’une tribu arabe maure du royaume de Grenade au XVe siècle.  Passons.

C’est en classe de troisième que j’ai fait connaissance avec Les Horace et les Curiace, deux familles intimement liées, des cités voisines Rome et Albe, et personnages centraux de la pièce Horace de Corneille. Rencontre qui remonte, considérant mon âge, presque aux temps benmbo. Pourtant, malgré certains aléas biologiques, je me souviens encore de la fureur imprécatoire de Camille contre Rome, considérée comme responsable de son terrible destin, la mort de son fiancé Curiace: «Rome, l’unique objet de mon ressentiment!… Puissé-je de mes vœux… Voir ses maisons en cendre …. Voir le dernier Romain à son ‘‘dernier soupir’’». Un soupir qui me poursuit quelque soixante-quatre ans plus tard  dans la rédaction d’un Twa fèy. Quel poursuivant soupir!

Dans cette présente rubrique, j’utilise l’expression «dernier soupir» à titre de métaphore politique. Je n’ai pas pu résister à cette tendance métaphorique à laquelle j’ai toutefois mis un bémol, un adoucissement voudrais-je dire, en ce sens que dans mon esprit j’ai enlevé à ce «dernier soupir» son air funèbre, annonciateur de mort, d’autant qu’en l’utilisant il n’y a en moi aucune malice, encore moins aucune méchanceté.

Le couple Clinton, illustre bien l’image du «dernier soupir» politique. Voilà plus de vingt-cinq ans que ce duo malfaisant occupe une place prépondérante dans l’arène politique américaine au point même où certains parlent de «clintonisme». Mais Hillary, certainement conseillée par son mari, a mal joué. Candidate du confort à défaut du changement, elle n’aura pas réussi à incarner une idée qui la dépasse. Sûre d’elle-même et des sondages, elle aura été l’amie des chiffres à défaut d’être l’amie du peuple.

Elle aura trop misé sur les bonnes vieilles méthodes à la Bill des années 90 et qui consistent à penser que la politique est une science exacte déterminée par les sondages. Hillary Clinton traita Bernie Sanders avec la même condescendance qu’elle le fit avec Obama dont elle avait dit, du haut de sa superbe: «Il sera un jour, j’en suis convaincue, un membre important de notre parti». Rien que ça? Lors du caucus de l’Iowa en janvier 2008, Hillary Clinton chuta du haut de ses certitudes: Obama l’emporta avec 38%.

Sanders incarnait un idéal, celui d’une plus grande égalité entre les jeunes alors que la dette étudiante menace d’exploser. Se revendiquant de la jeunesse, il basait sa campagne sur la gratuité des frais d’universités publiques. Pour sa part, Hillary se contentait de mettre en avant le manque d’expérience de son adversaire. Il était le marginal, elle était la madan Adòlf de la troupe démocrate, la «patriarche» rompue aux coulisses du pouvoir, mais madame n’incarnait pas de message. Le soir du 20 novembre, Hillary, par sa seule faute, est tombée de son piédestal de madan Masèl et elle a rendu son «dernier soupir» politique. Paix à ses gaucheries, ses ganacheries, ses lourderies et ses bévues (la moitié des partisans de Trump: un «panier de gens pitoyables»).

Faisons un saut en Haïti pour retrouver l’insaisissable Jocelerme Privert. Après avoir joué et gagné une partie de poker avec Martelly et les parlementaires, Privert a détourné le flot des élections de 2015 de son lit boueux, il a mis sur pied malkoubyen un CEP apparemment plus présentable que celui de Pierre Louis Opont, il a tuipé Washington qui refusait de casquer pour payer le coût des élections de 2016, et rarement un être humain, à lui seul, a pu contenir les retombées et conséquences désastreuses d’une force de la nature nommée Matthew.

Malgré vents et tempêtes dans le ciel d’un groupuscule de parlementaires vicieux, crapuleux, croupionneux, morveux, morpionneux opposés à la prorogation du mandat de Jocelerme Privert au-delà de ces 120 jours qui devaient prendre fin le 14 juin 2006, la force d’inertie du président provisoire a eu fini par neutraliser les excessives mufleries de dix sénateurs, gredins, coquins et requins de leur état. Le président Privert ne semble avoir levé le petit doigt pour aucun des candidats. Ces jours-ci, il observe avec détachement et sérénité les exercices de trapèze et de funambule des trois candidats présumés perdants. Il attend de passer l’écharpe présidentielle autour du cou du prochain «élu». Le 7 février 2017, si les dieux tutélaires ne se fâchent pas, Privert aura rendu son «dernier soupir» de président provisoire, bel acrobate politique devant  l’Éternel.

Revenons aux États-Unis dont une partie de la population, «panier de pitoyables», soupire après le 20 janvier lorsque «leur pays», le pays, cessera d’être dirigé par celui qu’ils pensent être responsable des malheurs du Commonwealth, Barack Obama. En voilà un qui après avoir traîné sa bosse pendant huit années est arrivé au bout de sa carrière politicienne avec des succès enregistrés cette dernière année sur des dossiers emblématiques : le nucléaire iranien, le libre-échange en Asie-Pacifique (TPP) ou encore le réchauffement climatique (l’accord de Paris en décembre), et puis le chômage au plus bas depuis sept ans, soit 5%. Des réalisations économiques et sociales importantes sont à signaler dans un contexte de crise. Sans oublier un plus grand rapprochement, bienvenu, en ce qui concerne les relations avec Cuba.

Toutefois, sur le front de la lutte contre l’organisation État islamique, sondage après sondage, les Américains jugent dans leur grande majorité que leur président n’est pas convaincant.  La promesse de fermer Guantanamo n’a pas été tenue. L’électorat aura été déçu par une rhétorique conciliante et des positions centristes du président. De multiples interventions de déstabilisation de la gouvernance des États nationaux, une guerre meurtrière contre la Libye, le déploiement d’un armement considérable en Europe de l’Est, huit années de guerre ou de préparation à la guerre, c’est trop pour un président gagnant d’un Prix Nobel de la Paix. Obama rendra son «dernier soupir» politique le 20 janvier prochain quand l’imprévisible Trump deviendra le commander in chief   exhalant ses ‘‘premiers soupirs’’ qui pourront s’avérer à la fois «pitoyables» et impitoyables.

Ne nous éloignons pas trop d’Haïti. Pleins feux sur les trois candidats contestataires: Maryse Narcisse, Moïse Jean Charles et Jude Célestin. Leur contestatade menace de finir en reculade, en calbindade, en débandade et, finalement, en débâcle électoro-protestataire. Car du train où ça va au BCEN et au CEP, il semble que le trio protestant, face aux manœuvres peu catholiques des institutions Bcénales et Cépales, devra, à son corps défendant, kraze un kite sa, la queue entre les jambes, handicapé par une sortie de scène clopine-clopante. Qu’on le veuille ou non, Maryse, Jude et Moïse sont à la veille de rendre leur «dernir soupir» de candidat.

Mais j’en connais aussi du monde politichien qui ne rendront pas de sitôt leur «dernier soupir». Roulibeurs, resquilleurs, agripa, aganman, transfuges, dasomann, ce sont aussi des faufileurs consommés, maîtres dans l’art de se faufiler dans n’importe quel gouvernement, ouvertement ou dans les coulisses, car ils sont tous de droite, s’abreuvant gauchement à la source de l’impérialisme. Aussi je ne crains rien pour les Rudy Hériveaux, Guyler Delva, Himmler Rébu, Mario Dupuis, Marie Carmelle Jean Marie (Manman Tounen), Rudolf ‘‘Pharval’’ Boulos, Apaid Junior et toute la clique des gros bourgeois de la most repugant elite. S’il y a quelque chose qu’ils savent faire avec art, c’est bien tirer leurs marrons du feu.

Pour conclure, disons que le titre de cet article a pu causer quelque frousse. Que les lecteurs soient rassurés. Je continue, heureusement, ma « lente marche » twafeuillante, mettant les points sur les i des bakoulou et les barres sur les t des souflantyou. Je ne sais ce que me réservent les heures à venir, mais au moment de terminer cet article, je ne suis pas encore sur le point de rendre mon « dernier soupir »…

31 décembre 2016

 

 

 

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