Une pédagogie innovante pour écosystèmes asservis

Il m’est apparu l’idée provocante que l’innovation pouvait être rien qu’un désir ardent, permanent et intranquille de désenfumer les territoires de la médiocrité conquis par l’indigence pour régénérer l’intelligence dans la flamme bleue de l’insolence assumée.

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Les segments de failles de l'errance © Erno Renoncourt

Ceux qui lisent régulièrement et intelligemment mes tribunes savent combien le combat contre le déficit de l’apprentissage et l’indigence de la gouvernance judiciaire, dans l’écosystème haïtien, est au cœur de ma problématique TIPÉDANTE. ET pour cause ! Car l’éducation et la justice sont les deux chaînes spiralées qui forment le génome de la réussite dans un pays. C’est ce génome qui sublime la conscience collective d’un peuple par l’apprentissage, et oriente son évolution dans le temps, en garantissant une transmission intergénérationnelle par l’entretien du flambeau éclairant de la justice pour sanctionner et transformer les comportements déviants et permettre l’innovation.

Or, depuis l’indépendance, le leadership national haïtien, constitué des élites économiques, académiques et politiques, en charge de la gouvernance stratégique du pays, ne s’est jamais donné les moyens de dimensionner ces deux chaînes en se munissant d’un repère éthique dont les axes seraient orientés vers des finalités collectives et des processus organisationnels cohérents et transparents. Un tel repère aurait pourtant eu la vertu de faire résonner la conscience des acteurs métiers pour qu’ils s’engagent responsablement, dignement à devenir des gradients du champ éthico-anthropologique qui sublime partout la mémoire collective d’un peuple en structurant une certaine forme d’intelligence collective. Et, comme on le sait, sans mémoire collective, pas d’intelligence collective.

C’est d’ailleurs pourquoi j’insiste à dire que s’il y avait une intelligence au niveau des structures décisionnelles, managériales et universitaires de ce pays, il y a longtemps que la dimension pédagogique de ma démarche intranquille aurait été perçue comme un signal faible, comme un frémissement d’anticipation, un attracteur TIPÉDANT qui vivre pour éclairer les ombres du radar enfumé de la gouvernance du pays. Et même si ma démarche dérange par son insolence, elle n’est qu’une impertinence constructive, car documentée et raisonnée. Car, au-delà de l’inconfort que ma démarche génère, notamment pour ceux qui aiment la tranquillité et les certitudes qu’apportent les conforts médiocres, elle ne fait, au vrai, qu’alerter sur ce bug paradoxal qui donne à la performance défaillante l’éclat d’un succès minimal insignifiant confortable (SMIC). Lequel éclat participe du décor invariant qui entretient le cauchemar dans certains écosystèmes shitholiques, comme Haïti, où le changement reste improbable par déficit d’apprentissage du collectif.

C’est fort du constat de cette incapacité à témoigner de la solidarité envers la pensée critique et de cette indisponibilité pour l’apprentissage que je postule que les lieux où règne la splendeur du SMIC ne sont pourvus que de raclures anoblies, de crapules accréditées et de couillons assumés qui, en parfaits automates influents, mais insignifiants, n’ont besoin que d’un savoir futile et approximatif pour leur management d’allégeance et d’improvisation, en se contentant de fidéliser leur réseau d’accointances. Quand un management se détourne des signaux anticipatifs qui visent à lui apporter l’agilité, la dextérité et l’intelligibilité pour crédibiliser sa gouvernance, c’est parce qu’au fond ce management n’a pas d’autres objectifs humains que de fructifier ses rentes, structurer ses zones de confort et pérenniser son business de corruption et de criminalité pour faire régner la paupérisation et la déshumanisation comme sources séculaires de richesse et de fortune indigente.

Tout management, incapable de se projeter contextuellement sur les axes d’un repère éthique, est :

  • Soit, un management d’improvisation, taillé pour l’urgence, l’escroquerie et la corruption (Crapulerie accréditée) ;
  • Soit, un management d’insignifiance, taillé pour l’incompétence, les redevances et les allégeances (Couillonnerie assumée).

Le diagnostic silencieux des segments de failles de l’errance

C’est ce climat humainement défaillant et précaire, entretenu par les fumiers que constituent les élites économiques, académiques et politiques, qui structure la boucle erratique et rythme le cycle invariant de la déshumanisation de l’écosystème haïtien. Un rythme fossilisant qui tue la vie, puisque maintenant la population en sursis entre agonie et survie, sur fond de terreur, d’urgence, d’errance et de résilience (TUER). Le drame haïtien est que ceux qui ont le savoir ne font que répéter les injonctions codifiées dans les boucles de dépendance qui entretiennent leur rayonnement. Formatés par un processus d’anoblissement académique et culturel fondé sur les allégeances et les redevances, qui n’est en réalité qu’un processus d’abrutissement et de conditionnement, ils n’ont pas l’autonomie intellectuelle pour déterminer les limites du savoir qu’ils ont reçus. Donc, ils ne peuvent pas contextualiser leur savoir et remettre en question les stratégies qu’ils implémentent pour découvrir qu’ils ne sont que des pions sur un échiquier qui tourne et tourne comme une boucle invariante réglée sur un même cycle de déshumanisation. Et comme l’atteste la théorie des systèmes, l’intelligence se trouve dans les boucles.

C’est donc sur la trajectoire des boucles de rétroactions des acteurs stratégiques et des élites académiques du pays que je me suis laissé glisser pour cartographier quelques-unes des postures médiocres de cette humaine défaillance qui pilote l’errance haïtienne. C’est le résultat de cette recherche empirique que je cherche à partager au travers de ce modèle de données contextuelles que j’appelle l’axiomatique de l’indigence. Toute une démarche originale TIPÉDANTE que j’assume être une pédagogie de la provocation par diagnostic silencieux. Sans fausse pédanterie, je crois que cette méthodologie est une vraie innovation pour les écosystèmes asservis comme Haïti, dans lesquels les processus stratégiques sont floutés par des prismes d’enfumage qui protègent la boucle structurante de la défaillance séculaire, en mettant en avant des contre feux qui ne sont que des mirages.

La vertu de cette démarche est double :

  • Elle permet de détecter rigoureusement et objectivement les frémissements et les signaux faibles qui peuvent, dans une société, s’installer comme des bugs d’une routine confortable.
  • Ce faisant, elle capte les postures réelles des acteurs métiers en situation de responsabilité, confrontés à des signaux d’inconfort. Ce qui offre loisir pour analyser les comportements qu’ils adoptent dans le traitement des flux qui les sollicitent et les importunent.

Cette démarche se veut un complément indispensable des diagnostics officiels, car ceux-ci, et davantage dans les écosystèmes asservis et floutés, reflètent rarement les rides et les fissures que l’on veut détecter pour colmater l’érosion qui évide la cohésion et la reliance d’un collectif pour mieux entretenir son errance. Ce qui est d’ailleurs logique, car ces rides et ces fissures sont les portes dérobées des défaillances où sont drainées l’énergie d’activation et les ressources de perduration qui assurent la performance de l’invariance que l’on veut innover. En effet, sachant qu’ils sont observés, les acteurs métiers et décisionnels en charge de la performance de la défaillance restituent toujours, pour la netteté du jeu, les gestes qu’on attend d’eux. Les fissures et les rides sont toujours rafistolées et enjolivées pour dissimuler les failles qu’elles structurent. Dès lors, les postures cartographiées sont toujours des impostures.

Voilà comment des diagnostics, conduits en toute conformité des règles de l’art de la logique classique, induisent en erreur et faussent les évaluations. D’où l’échec des stratégies de réforme, d’où les invariances, les stagnations, les régressions, malgré des énoncés stratégiques imposants et des objectifs pertinents. L’erreur vient du fait que l’on oublie toujours que dans un écosystème fragmenté et stratifié pour l’errance, les processus sont toujours dimensionnés en boites noires pour enjoliver les médiocrités. Ainsi, tout est toujours flouté, emmuré, enfumé et verrouillé dans des postures qui sont des impostures, derrière des silences angoissants qui cachent de lourdes médiocrités humaines et d’insoutenables complicités avec le crime. La criminalité ne serait pas aussi toute puissante, si elle n’était pas certaine de bénéficier des adjuvants que lui apportent l’impunité qui rime, ô combien éloquemment, avec complicité, opacité, cécité et surdité.

Dès lors, l’évaluateur analytiquement compétent et systémiquement intelligent ne peut que suivre les recommandations de la théorie des systèmes pour substituer à la logique classique les règles de la logique floue. L’évaluateur systémique doit toujours se dissimuler dans l’écosystème qu’il veut diagnostiquer, en diffusant une cacophonie bruyante pour mieux écouter les silences qui protègent les frontières des avants postes des zones de confort. Ainsi, il devient possible de cartographier les déformations réelles qui rendent compte des fissures dans les postures des acteurs métiers et des décideurs en situation de responsabilité.

L’objectif de la démarche est tout en paradoxe : diffuser le bruit pour mieux observer les silences qui figent les postures en impostures. C’est une démarche empirique qui m’est venue de mes années dans l’enseignement. Pour mieux identifier dans mes classes les élèves intelligents parmi ceux qui étaient turbulents afin de mettre en place un processus de remédiation scolaire, je donnais des travaux alternés :

  • parfois non encadrés sans règles fixées ;
  • parfois encadrés avec des règles fixées ;

Et je m’éloignais par moments, pendant quelques instants, pour revenir en toute précipitation de manière bruyante ou lentement de manière silencieuse. Et je comparais les écarts dans les comportements. Toujours, j’obtenais de informations qui me permettaient de mieux gérer mes classes : ainsi, j’en déduisais, avec un risque d’erreur calculé et assumé, que ceux dont les écarts étaient faibles, dans les deux observations, pouvaient s’autogérer et n’avaient besoin que de consignes structurées pour progresser ; au contraire des autres, qui présentaient des écarts, et sur lesquels il fallait se concentrer pour guider la progression.

C’est dans mon contexte et mes retours d’expérience que je puise les fondements de ma démarche TIPÉDANTE, d’où son originalité. L’enseignement que j’ai tiré de 17 années d’expérience professionnelle et de collaboration comme analyste de données d’activités de projets stratégiques, touchant les domaines comme la justice, l’éducation, la santé, la sécurité publique, la sécurité sociale, les technologies, est une richesse analytique. Je peux affirmer, toutes choses étant par ailleurs égales, dans les limites de la validité de ma démarche, que les deux plus grandes lacunes des ressources humaines haïtiennes sont :

  • Leur déficit d’autonomie intellectuelle : absence de pensée critique, incapacité de problématiser et de modéliser, incapacité de s’affranchir des injonctions, incapacité de contextualiser ;
  • Et leur indisponibilité pour tout engagement authentique : incapacité d’assumer des valeurs, déficit de probité, absence d’intégrité.

Une double déficience qui leur enlève toute originalité professionnelle et les éloigne de toute probabilité de faire preuve de talent et d’agir avec intelligence pour conduire l’innovation. De fait, le lettré haïtien, étant, en majorité, humainement précaire, est prisonnier de sa peur de transparence. Parce qu’il a peur de la transparence, il refuse de se découvrir. Dès lors, il s’interdit de prendre des risques pour interpréter un ordre de mission, en se référant à des contraintes et en priorisant des valeurs, pour trouver la posture en conformité avec le contexte selon le niveau de responsabilité qu’il assume. Parce qu’il a besoin de sécuriser des zones de confort pour accéder aux ressources rares et précaires de son écosystème, il déforme ses postures en impostures, évide sa conscience, érode sa dignité, hypothèque son humanité en l’incitant à rejouer invariablement les codes d’un marronnage hybride, aliénant et déshumanisant. Tout le pousse vers la servitude volontaire, et cela se ressent dans les fléchissements et les courbures de son corps qui sont toujours des résonances de sa conscience effondrée. Je postule que sans assumation de valeurs, la conscience d’un sujet suit les lois de la pesanteur des précarités du milieu où se trouve le sujet. Celui-ci, pour sécuriser ses zones de confort et d’accès aux ressources, a besoin de donner des gages de sa servitude volontaire et de faire preuve de sa disponibilité pour tout type d’allégeances.

C’est cette indignité dans les pratiques professionnelles que j’ai modélisée et que je cherche à partager avec les acteurs de la prise de décision au cœur des processus éducatifs et de la gouvernance du pays. Hélas, j’ai été très vite confronté à leur mépris, leurs impostures, leurs hostilités et leur indifférence, autant de postures témoins de leurs médiocrités humaines. Or, l’originalité et le talent ne naissent que du refus de la médiocrité. Et c’est ce refus de la médiocrité qui m’a poussé à aller au corps à corps avec ces insignifiants en mettant en place une démarche originale qui est une esthétique de la provocation. J’ai donc adopté une posture faussement arrogante, pleine de pédagogie, qui génère de l’inconfort pour mesurer comment ceux qui président aux destinées du pays et qui émergent au sommet du leadership réagissent face à ce qui les perturbent.

Cette démarche est d’autant plus efficace pour dimensionner les postures intelligentes qu’elle repose sur les derniers travaux des chercheurs en psychologie cognitive, lesquels définissent ‘‘la cognition comme l’ensemble des activités mentales impliquées dans nos relations avec l’environnement et incluent la perception des signaux faibles, leur mémorisation, leur traitement décider, agir et résoudre des problèmes’’ (Guillaume Gronier, Recherche et applications en psychologie cognitive) ;  (Jean-François Richard, Les activités mentales) ; (Claudette Fortin, Robert Rousseau, Une approche du traitement de l’information).

Ce que j’ai appris de mes observations, en mode diagnostic silencieux, des postures socio-professionnelles soumises aux flux perturbateurs et provocateurs d’un environnement précaire, m’a permis de fonder toute une axiomatique TIPÉDANTE. Je la porte comme une géométrie de données contextuelles pour la prise de décision afin d’innover les écosystèmes asservis et invariants par l’apprentissage et la transmission intergénérationnelle. Grâce à elle je peux mieux expliciter les causes de l’errance haïtienne, et de tout autre écosystème humain présentant les mêmes caractéristiques de l’invariance séculaire, les mêmes routines de l’improvisation confortable, les mêmes échecs de la prise de décision. Point besoin de se référer au niveau d’études de ceux qui sont en situation de responsabilité ou ont un pouvoir décisionnel pour mesurer leur intelligence, exposez-les à la beauté, à la vérité, à l’intégrité et à la justice, et observez leur réaction. L’intelligence n’est pas une affaire de titres et de diplômes, c’est la mesure de la résonance entre la conscience de l’humain et les turbulences de son environnement.

Une résonance qui peut être forte et donc sensible aux détails de l’environnement. Elle se manifeste par l’intranquille agitation d’un sujet qui, possédant des capteurs hypersensibles, perçoit les frémissements les plus imperceptibles de son environnement et cherchent à alerter les décideurs en générant de l’inconfort. Une résonance qui peut être faible et donc insensible aux signaux faibles de son environnement. Elle se manifeste chez les sujets qui, plongés dans le confort de leur réussite, de leurs certitudes, se montrent insouciants, insignifiants, indifférents et inconscients vis-à-vis des signaux d’inconfort qui dérangent leur confort. Ces sujets inconscients et dépourvus de capteurs sensibles, qui les rendent inaptes à détecter les frémissements porteurs des agitations et des innovations de leur environnement, ressemblent à s’y méprendre

Voilà ce qui anime mon intranquille engagement pour la provocation : je mesure les frémissements de l’insignifiance des acteurs décisionnels et des influenceurs du pays, et pour leur montrer la dimension pédagogique de ma démarche, tout en les provoquant sur leur insignifiance, je leur propose un cadre de formation basé sur une méthode innovante dite géométrie de données contextuelles pour la prise de décision. Mais comme, ils sont incompétents, ils ne peuvent pas dissocier ce qui est provocation de ce qui est sollicitation pour l’apprentissage et la cognition. Donc ils restent verrouillés sur le confort de leur anoblissement oubliant que la vraie compétence se laisse traverser par des inconforts pour se remettre en cause et pouvoir toujours innover.

Le désintérêt, le mépris, l’indifférence, le silence, l’insouciance, l’inconscience vis-à-vis de ce qui dérange et perturbe sont des signes de médiocrités humaines. Qu’on se garde de croire qu’il y a de l’arrogance dans ma réflexion. Il est admis que c’est l’attention qu’on prête aux signaux faibles qui dicte sa disponibilité et sa capacité à traiter les signaux forts. C’est du reste pourquoi l’on affirme que le diable se cache dans les détails. Le sage Ben Sira n’a-t-il pas écrit que « celui qui néglige les petites choses tombera peu à peu » ? Car c’est l’attention qu’on accorde aux petites choses qui prouve l’intérêt qu’on pourra accorder aux grandes.

Voilà qui permet de comprendre pourquoi Humbert Lesca insiste sur le fait que l’intelligence d’un management réside dans la Veille Anticipative Stratégique qu’il met en place pour promouvoir l’Intelligence Collective. En effet, les décideurs compétents et intelligents sont ceux qui pratiquent la Veille Anticipative Stratégique pour promouvoir l’Intelligence Collective dans leur organisation et dans leur société. Et pour ce faire, ils mettent en place « un processus proactif et continu par lequel des acteurs organisationnels (sociaux) traquent, en permanence, les signaux faibles porteurs des frémissements et des défaillances de leurs organisation ou de leur écosystème. Le but étant de pouvoir se situer dans l’anticipation pour éviter les surprises stratégiques désagréables, réduire les risques et l’incertitude en général afin de pouvoir innover » (Humbert Lesca, Nicolas Lesca, Les signaux faibles et la veille anticipative pour les décideurs, 2011).

On peut donc admettre, sans que ce soit forcément de l’arrogance, qu’un être coupé de son environnement est un insignifiant qui devient sourd aux vibrations et signifiances émises. Il reste sourd à la musique des sphères transcendantes qui irradie les vibrations éthiques, comme les abeilles en mutation et métamorphose écologique indigentes resteraient insensibles aux senteurs et parfum des fleurs pour suivre les mouches qi s’agglutinent vers les eaux puantes. Ces êtres insignifiants sont toujours incapables de relier les événements apparemment fortuits de leur environnement à leurs causes réelles et restent incapables d’agir sur leurs défaillances. À ce titre, l’insignifiance est une variable significativement reliante pour expliquer l’errance haïtienne. Car, comme le dit Daniel Kahneman dans son livre Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée, une résonance faible du niveau de la conscience (vis-à-vis de l’inconfort), est toujours une mesure de la faiblesse du niveau d’intelligence.

Faut-il encore ajouter autre chose pour postuler que cette géométrie TIPÉDANTE, dans la solitude de son frémissement intranquille, dans l’aigreur pédagogique de sa provocation turbulente, est le climat de l’intelligence éthique dont Haïti a besoin pour se régénérer dans la dignité qui doit pousser son collectif à s’orienter vers une innovation anthropologique qui concilie apprentissage, transmission et finalités collectives. L’errance haïtienne est structurée par la conjonction de trois segments de faille qui sont toutes des tares héritées d’un marronnage indigent, dissimulateur (nous y reviendrons) qui s’est autorouté vers la malice en récusant l’intelligence.  D’où cet écosystème dans lequel la culture de la prise de décision se fait sans données contextuelles de qualité, l’évaluation est une mise en scène sans outils de mesure, sans sanctions contre les mauvais arrangements et la criminalité et la réussite est perçue comme une stratégie à somme nulle qui doit broyer et déshumaniser les autres.

Les vertus de la pédagogie de la provocation

Voilà le bug malicieux que nous nous proposons d’expliciter par la pédagogie de la provocation pour crever la bulle d’enfumage qui structure l’errance haïtienne en détectant les segments de failles qui sont endormis dans la conscience collective, et qui l’empêche de s’éveiller et de s’élever pour se sublimer et entrer en résonance avec son environnement.

Ce constat appelle à un profond besoin d’innovation pour bousculer la routine sur laquelle se greffent les succès précaires qui verrouillent le collectif sur face médiocre, corrompue et criminelle. Mais, l’innovation ne peut se faire que dans un écosystème ayant un management et un leadership suffisamment compétent pour assumer la turbulence de la rupture permanente, et cela encore plus dans un écosystème où les principaux quantificateurs de la réussite sont la malice, la fourberie, l’indignité, la crapulerie et la couillonnerie. En Haïti, ce sont les principaux quantificateurs d’indigence qui forment le QI des professionnels, des lettrés et des universitaires haïtiens. Comme l’explique le complexe du scarabée, ce profil humain de professionnels médiocres et précaires, crapules et couillons, humainement incompétents, a triomphé en Haïti parce qu’il s’adapte bien au profil du management et du leadership qui est lui-même humainement médiocre et stratégiquement incompétent. Le succès de ce binôme indigent, leadership stratégiquement insignifiant et cadres professionnels humainement incompétents, vient du fait que les médiocrités qu’ils assument sont floutées par des impostures qui reflètent l’héritage assumé d’un marronnage hybride et déviant.

De ce constat découle la pédagogie de la provocation comme perspective d’innovation pour les écosystèmes asservis et invariablement défaillants : dans un écosystème où l’errance est copilotée par jeu de rôle indigent et déshumanisant entre le local et le global, l’intelligence doit se montrer arrogante et insolente envers la médiocrité. Puisque Bachelard a montré que la pensée scientifique était une pédagogie permanente, on peut inférer que l’innovation que permet la pensée scientifique n peut advenir par un désir ardent et permanent de provoquer la médiocrité.

Voilà qui nous permet de magnifier l’apprentissage turbulent pour harmoniser des engagements régénérateurs en mettant à contribution contextuellement l’heureuse formule ‘‘j‘apprends, donc je suis’’ d’Hélène Trocme Fabre. Le lecteur attentif notera combien le verbe contextualiser résonne dans ma réflexion. Je vis dans le sentiment, comme au temps d’Héraclite, où l’on ne pouvait guère se baigner deux fois dans le même fleuve, qu’on ne peut guère reprendre à l’identique un énoncé problématique formulé pour un contexte pour résoudre les problèmes d’un autre contexte. Et c’est d’ailleurs ce qui fait l’échec de l’assistance internationale, car n’ayant pas de vocation à résoudre les problèmes qui assurent sa performance, elle s’attarde à traiter les effets plutôt que de s’attaquer aux causes. Et, c’est pourquoi le savoir est si futile aux mains des universitaires haïtiens, car formatés pour restituer, rivés sur le spleen d’un minimum insignifiant confortable, fiers de cette dépendance vis-à-vis des ressources ils n’ont pas atteint la maturité éthique pour questionner, problématiser et remettre en question les dogmes de leur savoir afin de déverrouiller les invariants confortables pour faire émerger de nouveaux possibles humains.

Car, si apprendre, c’est assumer son existence, on n’existe que pour problématiser les défaillances de son écosystème et trouver les brèches informationnelles pour modéliser une possible innovation. Cela nécessite de provoquer le cogito souterrain des acteurs insignifiants et inconscients qui, s’ils osent accepter cette irruption incommodante comme lien déclencheur pour une communication authentique, assumeront que les divergences structurantes finissent toujours par s’harmoniser pour irradier le collectif. Donc nous postulons, en assumant notre insolente, mais authentique et constructive, pédanterie, que la médiocrité ne triomphe que là où la nature humaine a subi durablement de profondes métamorphoses cognitives et mutations anthropologiques qui empêchent de donner du sens aux signaux faibles de l’intelligence que les aigris de la dignité agitent intranquillement pour montrer la brèche d’une ligne de fuite hors de l’indigence.

Erno Renoncourt, 28/01/2023

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