Transition politique en perspective, confusion et division dans l’opposition ! (2e partie)

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Lyonel Trouillot de Rassemblement pour la dignité d’Haïti ou « Rasanbleman pou Diyite Ayiti (RADI) ».

En cette fin d’année 2020, nul n’est en sécurité sous la présidence de Jovenel Moïse qui, le moins que l’on puisse dire, même avec tous les pouvoirs concentrés entre ses mains, n’arrive pas à donner une lueur d’espoir à une population qui s’enfonce dans l’insécurité. Pourtant, le chef de l’État tente de tout contrôler vu qu’il évolue sans aucun contre-pouvoir avec l’absence du Parlement. Pour faire diversion, il veut s’attaquer à la Cour Supérieure des Comptes qu’il menace de reformer, histoire de se venger des différents Rapports sur l’utilisation du Fonds PetroCaribe de l’institution qu’il juge montés contre lui.

Devant des incertitudes, la peur et le temps qui jouent contre les acteurs et différents secteurs qui voient arriver la transition, la Société civile semble décidée à occuper le terrain laissé en friche par les partis politiques incapables de se mettre d’accord pour poser définitivement les bases de cette inéluctable transition politique dont tout le monde parle mais que personne ne semble vouloir préparer ou tout au moins se choisir un chef charismatique, préférant faire dilatoire dans des déclarations alarmantes. Ainsi, durant les vacances d’été 2020, les acteurs de la Société civile ont décidé de monter en première ligne quitte à semer davantage la confusion entre elle et les organisations politiques.  En effet, le 20 juillet 2020, un ensemble de partis et formations politiques en compagnie des dizaines de personnalités indépendantes et de la Société civile avaient signé un document comportant plusieurs points dans lequel ces gens issus de différents secteurs de la société avaient réclamé le départ du Président Jovenel Moïse du Palais national et souhaité la mise en place dans l’immédiat d’un gouvernement intérimaire avant l’organisation de toutes élections dans le pays.

Ce document dont on ignore s’il s’agit d’un accord entre organisations politiques et des Secteurs de la Société civile ou d’une initiative collective générale entre les acteurs sociopolitiques s’intitule : Déclaration d’engagement juillet 2020 ». Son but est de mettre la pression sur l’équipe au pouvoir pour abandonner le Palais national au cours de cette année 2020. Il a été signé par un nombre impressionnant de personnalités d’horizon divers et variés, ce qui fait sa force et sa faiblesse à la fois dans la mesure où cette « Déclaration d’Engagement Juillet 2020 » n’a pas non plus, comme pour tous les précédents Accords, Pactes et Propositions qui ont été signés, désigné ni identifié un leader, un chef unique devant parler au nom de ce collectif qui se veut au-dessus des organisations politiques. Mais, le vendredi 21 août 2020, soit un mois jour pour jour, c’est une autre initiative toujours menée par la Société civile qui nous a surpris. Cette fois, les concepteurs de cette énième initiative dans le cadre des préparatifs de la transition politique inévitable qui arrive se sont transportés dans les Jardins de la Radio Kiskeya servant de base logistique pour accueillir les signataires d’un nouvel accord appelé : Déclaration du 21 août.

Elle se donne pour ambition de concrétiser le souhait de tous les acteurs qui n’est autre que le départ du Président Jovenel Moïse et de préparer les modalités pour un gouvernement de transition. Toujours le même leitmotiv, qu’il s’agit des partis politiques ou d’initiatives qui proviennent des Secteurs de la Société civile, le constat est là : pas d’élections avec Jovenel Moïse au pouvoir. Le problème, ce sont les mêmes personnalités, responsables politiques, notables et leaders de la Société civile qui se sont précipités à la radio de Liliane Pierre-Paul pour parapher ce nouveau document. Ils étaient nombreux, en vérité, à payer de leur personne pour venir faire honneur à ce mouvement que les organisateurs appellent « citoyen ». L’originalité de ce collectif ou mouvement « citoyen », c’est qu’il a un nom et un chef de file ou celui faisant office de responsable. C’est un intellectuel et écrivain bien connu du pays. Il s’appelle Lyonel Trouillot. En effet, c’est celui-ci qui est à l’initiative et qui coordonne ce qu’il appelle : Rassemblement pour la dignité d’Haïti ou « Rasanbleman pou Diyite Ayiti (RADI) ».

Selon cet activiste littéraire et politique (ancien chef de cabinet d’un ministre) qui fait un pas de plus vers la mouvance politique, plusieurs centaines de personnalités, d’artistes, de responsables politiques, d’hommes d’affaires l’ont déjà rejoint dans cette initiative. D’après l’écrivain, il y a plus de trois cents organismes de toute sorte qui ont déjà signé l’appel de RADI dont l’objectif est de parvenir à la signature d’un accord politique avant le départ du Président Jovenel Moïse qui reste le premier objectif de ce mouvement. Constatant sans doute que les responsables de l’opposition tergiversent et refusent de faire le choix de l’un d’entre eux pour prendre la tête de l’opposition, Lyonel Trouillot, par cet engagement dit « Déclaration du 21 août » veut sans doute pousser les chefs de l’opposition à se positionner sur la question. En prenant la tête de RADI, il ne fait aucun doute que l’intellectuel cherche à peser sur les cours de l’histoire et veut accélérer la désignation de celle ou celui devant prendre la tête de la transition au moment du départ.

Selon cet ancien opposant farouche au pouvoir Lavalas, « Les élections ne sont pas possibles avec Jovenel Moïse au pouvoir. C’est la première condition indispensable pour que les élections aient lieu. Jovenel Moïse ne doit plus être au pouvoir. Toutes les institutions, associations qui signent cette résolution acceptent le principe de trouver au plus vite un accord politique pour établir les modalités du départ de Jovenel Moïse du pouvoir, ainsi que l’organisation et le fonctionnement d’un gouvernement de transition » dit-il. Cette résolution qui est la copie conforme de celle signée un mois plus tôt ne fait aucun mystère de sa position radicale vis-à-vis du pouvoir « Aujourd’hui, notre pays baigne dans l’injustice et dans l’indignité. Les institutions politiques ne fonctionnent plus. Nul ne veut travailler avec ce pouvoir. Le régime Jovenel Moïse/PHTK se tourne vers la dictature ; il foule aux pieds la liberté des citoyens ; il tolère, sinon encourage les massacres des citoyens dans diverses régions du pays ; il protège les gangs, les ravisseurs, ceux qui volent ou détournent les biens de l’État ; il utilise les problèmes sociaux sans chercher à les résoudre ; il entrave le combat anticorruption que réclame le pays ; il prend des mesures et des décisions économiques qui appauvrissent davantage le peuple; il utilise les biens de l’État pour satisfaire les intérêts personnels de ses membres et de ses partisans ;  il planifie des élections frauduleuses pour pouvoir, selon ce qu’il dit lui-même, rester au pays aussi longtemps que possible.

Tout ceci explique pourquoi le pays a perdu confiance dans ce pouvoir et dans l’État » peut-on lire dans la Résolution que la quasi-totalité des grands leaders et chefs de partis de l’opposition sont venus signer. C’est un succès incontestable pour le responsable de RADI qui appelle tous les signataires à « s’engager devant la nation et le monde entier à ne pas compromettre le processus et à accompagner la démarche jusqu’à la fin dans l’intérêt de la population ». Devant la réussite de cette journée où tous les opposants au régime semblaient se donner rendez-vous pour sceller la fin de la présidence de Jovenel Moïse et ouvrir les travaux de la mise en place du gouvernement de transition, on peut quand même s’interroger sur la finalité du but visé.

Vont-ils cette fois garder intacte la ligne prévue et surtout tenir jusqu’au bout ? Car, si même des plus radicaux à gauche de l’échiquier (Pitit Dessalines) de Jean-Charles Moïse jusqu’au plus à droite de la sphère de l’opposition politique  (Mouvement Troisième Voie) de l’homme d’affaires Réginald Boulos en passant par Ayiti An Aksyon (AAA) de l’ancien sénateur Youri Latortue et Fusion des Sociaux Démocrates (FUSION) de Edmonde Supplice Beauzile ou de l’ex-Président du Sénat Edgard Leblanc Fils de l’OPL ont cautionné l’appel du Rasanbleman pou Diyite Ayiti de Lyonel et Evelyne Trouillot, pour Magalie Comeau Denis, Pierre Buteau et Kesner Pharel sans oublier les indépendants comme Jean Robert Argant de la coquille vide « Collectif 4 décembre » ou des électrons libres à l’instar de l’ancien sénateur Steven Benoît, rien ne donne un avenir plus prometteur et plus long à cette nouvelle « Déclaration » que les précédentes qui avaient déjà tout prévu.

D’ailleurs, certains doutent même que RADI atteindra son but si le Président Jovenel Moïse arrive à passer le cap de la contestation qui s’amplifie dans le pays et arrive à tenir une fois de plus jusqu’à la fin de l’année ou au 7 février 2021 au Palais national. D’autres observateurs craignent que la « Déclaration du 21 août » ne soit qu’une déclaration de plus, un écho de plus, une tentative d’unité de plus dans la jungle des tentatives qui se font depuis plus de trois longues années afin de renverser le régime PHTK qui traverse depuis l’assassinat du Bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Monferrier Dorval et l’étudiant de l’Ecole Normale Supérieure (ENS), Grégory Saint-Hilaire, un sale moment.

En tout cas, le pays attend la suite de ce mouvement qui entend rassembler l’ensemble de l’opposition et tous les secteurs de la Société civile afin de constituer ce front du refus qui devrait finaliser l’agenda de la mise en place du gouvernement de transition au départ du Président Jovenel Moïse. Dans sa démarche, Lyonel Trouillot et ses amis ne souhaitent oublier personne, aucune organisation politique ou sociale, aucune entité du pays puisqu’ils ont même invité les organisations patronales, syndicales, universitaires, religieuses et toutes les Chambres de Commerce du pays de faire « acte d’engagement » en acceptant de rejoindre la « Déclaration  du 21 août » du Rassemblement pour la Dignité d’Haïti. Dans la perspective de 2021 ou 2022, la transition politique se précise en Haïti mais dans la déchirure pour l’opposition et avec beaucoup plus de confiance pour le Président Jovenel Moïse qui avance, quoi qu’il en coûte politiquement, avec son projet de nouvelle Constitution!                                                                                                                                                        (À suivre)

                                                                                             CC

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