« Pleins Feux Sur »: Raymond Gaspard (République Dominicaine, 1916 – P-au-P, 2000) « Le titulaire de la guitare électrique haïtienne »

0
203
Raymond Gaspard « Le titulaire de la guitare électrique haïtienne »

Raymond prit son envol dans l’arène du show-biz local, sorti de nulle part à la manière d’une comète pour imposer les données qui allaient définir les cordes mélodiques et les riffs harmoniques des sonorités urbaines. Ayant préalablement été exposé à tous les genres musicaux qui ont caractérisé les mouvements indigénistes et, de la ‘’belle époque’’. Instrumentiste d’avant-garde, il majora la guitare à une époque durant laquelle les multiples adeptes en avaient fait un instrument accompagnateur .Après ses premiers aperçus de musicien créatif, il se façonna discrètement un style des plus singuliers avec un flair discret, implémenté de bonds mélodiques; tapant Nemours à l’œil, qui en fit son chaperon musical. Pionnier de la guitare électrique, Raymond s’est imposé à un moment où l’on ne dansait qu’aux sons d’instruments acoustiques. L’accordéon étant alors l’instrument de prédilection de l’harmonisation et de l’accompagnement. L’amplification n’étant pas encore de mise dans les milieux locaux. Avec l’intégration de la guitare électrique, la texture de la musique urbaine connut une mutation météorique.

Raymond offrit un modèle alternatif: sons nouveaux, solos épatants, phrasé spontané dignes d’un subtil harmoniciste. Avec Nemours Jean-Baptiste et Richard Duroseau, Raymond Gaspard fut l’un des élaborateurs du konpa dirèk. Il fit partie des “Trois dangers”, cette trilogie désignant les galvanisateurs du konpa: Nemours, chef d’orchestre, compositeur, instrumentiste touche-à-tout; Richard Duroseau, soliste à l’accordéon; Raymond, au lyrisme raffiné, pourvoyeur d’une technique mélodique inédite. Fort d’une telle combinaison, le konpa devint, dès la fin des années 1950, le rythme le plus ascendant, le plus original et le plus populaire du pays. Et Raymond Gaspard, devenu un modèle pour les générations successives, y était pour sûr, quelque chose. Illuminant dans l’allégresse l’inventivité de la guitare. Vers la fin des années 1960, lorsque le konpa fut pris par les assauts de la génération mini, il prit du recul tout en continuant à inspirer la musique ambiante de son sens de l’improvisation et de la finesse au gré de quelques associations précaires, jusqu’à sombrer dans l’anonymat.

Il réapparut brièvement au début des années 1980, en compagnie des légendaires maestros, Nemours et Sicot, le temps d’une ultime révérence, à travers l’œuvre: “L’Union”, un disque historique. L’année 2000 a marqué son passage dans la discrétion. La façon dont il aurait souhaité lui même. Mais, il a laissé jusqu’ici les paramètres qui continuent de faire marcher le konpa, grâce à sa virtuosité créative. Et ses élaborations dirèk, comme il avait lui-même ajouté cette appellation en acquiesçant à la justesse de tempo du tambourineur Kreutzer Duroseau. Il s’est surtout imposé en apôtre des paramètres qui ont défini les cordes électro-urbaines des groupes périphériques, et reste encore le modèle à suivre, jusqu’à nos jours.

 

  • ‘’Ce texte est tiré de l’ouvrage: ‘Les 100 plus influents musiciens Haïtiens…’’

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY