Pleins feux sur : Raoul “Tira” Denis Jr.

« Co- initiateur de la nouvelle vague » (P-au-P ?, 1958)

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Tira a émergé dans la musique avec le « DP Express »

Tira lui a évidemment grandi dans un climat musical, sans équivoque. Sa mère étant la célèbre virtuose Micheline Laudun Denis. Cette illustre pianiste classique qui a tant fait la renommée du pays sous d’autres cieux. Alors que son père Raoul Sr., a quand même fait don au pays de la ‘’boite à musique’’, le premier vrai magasin musical du terroir natal. C’est donc dans une ambiance familiale infatuée de musique que Raoul jr. a évolué. Dans la rigueur académique de la musique conventionnelle, sur les pas de maman, jetant son dévolu sur les claviers et le violon. En plus des multiples sonorités natives et exotiques qui ont constitué son univers sonore. Cependant, lorsque le temps est venu de se lancer dans le bain, c’est sur les traces de son frère ainé Philippe, percussionniste des « Difficiles » et « DP Express » de Pétion-Ville, qu’il s’est propulsé dans l’arène de la musique ambiante.

De ce fait, Tira a émergé dans la musique avec le « DP Express », dans le bénévolat,  en tandem avec Claudy Frémont, dans un genre allegretto ; se contentant de napper le tout. Pendant que Claudy lui, s’adonne aux extravagances polyphoniques. Chemin faisant, il prend par la suite part à l’élaboration d’un style avant-gardiste avec le « Zeklè », en duo avec l’ingénieux Mushi Widmaïer. Diffusant cette fois-ci un style libre qui emprunte bien de détours, et faisant montre de ses ressources et capacité de claviériste suffisant, au gré d’un toucher abondant qui s’accommode  de toutes les dérivées. Prenant de la bouteille, il se campe en 1985, en messager du changement politico-social ‘’pré-dechoukaj » qui prévaut au pays, comme co-pionnier  de la ‘’nouvelle génération’’ ; (en compagnie de Claude Marcelin, qui lui a frappé conjointement avec l’album : « Lakol »).

Tira lui a évidemment grandi dans un climat musical

Alors que Tira a gratifié de l’œuvre ’’Mizikasyon’’, nanti des tubes : Sukaina , siromyèl,  tigason fè respè w ; lesquels furent parmi les sonorités qui vont codifier les marques d’avant-gardiste d’une nouvelle vague musicale, précédemment au crépuscule du « Zeklè ». Entretemps, son ascendance de claviériste d’attrait orchestral s’amplifie, et dans ce contexte, il se baigne à toutes les sauces collectives. Donnant son aval à la production « Shap 2 » ; gravant : Nou tout se mizisyen (en tandem vocal avec Emelyne), et Chak fwa mwen sonje w (Sandra Jean). Faisant de plus en plus l’objet de sollicitation de la part des : Carole Démesmin, Daniel Larivière, Master Djs, Lyonel Benjamin, Mushi et Joel Widmaier, Wycleft, Yole et Ansy Dérose et autres, qui prennent avantage de ses arrangements précieux et expertise musicale.

En faisant encore preuve de sa maestria de chef d’orchestre lors de la soirée pré-inaugurale de Février 1991 au Stade Silvio Cator ; co dirigeant avec Ansy, l’orchestre animant la soirée, en marge de l’installation du premier président élu démocratiquement au pays, J.B. Aristide. Laquelle a vu défiler les : Marta Jean Claude, Yole et Ansy, Farah, Fédia, Emelyne etc. qui se sont bien régalés sous les directives de Junior. Les dénouements qui s’en suivent le retrouvent d’arrache-pied ; continuant à produire des morceaux qui font mouche sur les ondes avec l’œuvre : Kòrèkteman, agrémenté de : se lè week-end, feeling ap monte, loko, karese, sad angel, pa janm bliye, dont le tour de force le capitule comme animateur de l’émission enfantine télévisée, ‘’ Ribambelle’’ sur Télé Max. Et vent en poupe, il s’active dans les méandres tumultueux des décennies 1990’s, à dessein des sonorités périphériques qui occupent le biotope sonore.

Autant de détours qui le campent en devancier. A ce carrefour, c’est la sortie de son album collection : ‘’Raoul Denis jr & Friends : Best of Tira’’, orné de ses meilleures compositions, et s’affirmant comme le bilan d’une époque. Entre diverses initiatives comme la direction de l’entreprise familiale, il y profite pour faire étalage de sa diversité en se muant dans la musique folklorique ; en prenant part à une version créole de ‘’Starmania’’. Pour s’impliquer davantage dans d’autres collaborations et de projets personnels  qui débouchent sur les œuvres : ‘’ Caribbean escape’’, ‘’Relaxation Vol. 1’’ etc. Pourvoyant sans relâche ses efforts pour sortir le milieu du ramage conceptuel de sa léthargie. C’est dans cet engouement qu’il fut victime du banditisme social qui chavire la vie haïtienne depuis des décennies ; entretenu par le consortium colonial et des indigènes de service.

Toute fois  Tira a eu la veine d’être évacué en hélicoptère via la Floride, où il a reçu les soins nécessaire qui ont pu le sauver de cette agression criminelle. Après cette déconvenue, et la longue convalescence qui s’en est survie, Junior est revenu lentement au galop de ses fresques musicales, qu’elles soient : générique de film, classique, latin, afro -caraïbe, fusion, konpa qu’il s’emploie à divulguer sans retenue. Jusqu’à s’installer comme coordonnateur général à l’Institut National de Musique d’Haïti (INAMUH) et d’autres responsabilités d’envergure. Et dans son itinéraire d’artiste, la diaspora est restée cette étape obligée à l’évolution artistique, comme ça a toujours été au cours de ces  60 dernières années. Et spécialement aujourd’hui, plus que jamais ; la nation se lève pour conspuer un état délinquant qui fait du ‘’banditisme légal’’ sa politique.

C’est donc au state , spécialement dans le Connecticut que Tira s’est installé, loin d’un dangereux et invivable Haïti ; s’appliquant plus que jamais à mettre en valeur autant de tonalités engrangées au cours d’une trajectoire qui l’a autorisé à maitriser ses multiples sujets musicaux. En plus d’être détenteur d’une marque interprétative le permettant de s’immiscer à tous les débats. Ce dont ont pu profiter les mélomanes de : New-Jersey, Boston, Connecticut, Canada, NY : Long Island, Queens, Brooklyn lorsque sous l’initiative du batteur Garry Sylvain et de son Eclectic Crew, Tira s’associe à des as  comme Claude Marcelin, Ralph Condé, Jean Chardavoine,  Belo, Emelyne, Makarios, etc. pour émerveiller les communautés environnantes d’une musique digestive et cérébrale, dans une atmosphère conviviale. Fort d’un cheminement qui le tient encore au cœur de nouvelles explorations.

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