Pleins Feux Sur Leyla McCalla

« Une missionnaire musicale, tous azimuts » | Brooklyn, NY- 1985

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Leyla Mc Calla

Leyla demeure aussi une denrée des moissons de la diaspora. Sa mère, Régine “Gigi” Dupuy, et son père, Johnny McCalla, se sont illustrés très jeunes dans les activités de la communauté  d’outre-mer, spécialement aux temps combattifs de la lutte commune anti-duvaliériste, en pratiquant leur activisme à Brooklyn, leur homestead.

Cette virtuelle capitale haïtienne et grenier d’une multitude de sonorités ethniques ; où Leyla a pris naissance. En  s’accommodant enfant aux allures cosmopolites de New-York, pour après connaître la résidence à NJ. Cependant, lorsque ses parents ont muté pour le Ghana dans le cadre de leurs activités professionnelles, elle doit aussi abandonner son univers pour se retrouver à Accra dans l’ablution de ses pulsations ancestrales et la perquisition des variations d’origine et de leur implication dans la clameur globale.

En tout cas, c’est avec la tête pleine de perspectives que Leyla a retrouvé son bercail new-yorkais. En s’empressant d’entamer des études musicales de violoncelle, guitare et voix ; en plus d’une spécialité dans la Musique de Chambre. Tout en s’activant en autodidacte à agencer différents genres confluents. Ainsi que dans la fertilisation de ses dons d’instrumentiste diverse, en plus d’un timbre vocal inductible qui se veut la manifestation de tant de détours, d’afflux et d’épilogue. Auquel elle se charge d’imprimer à dessein un phrasé infus de modulations fusionnées à l’instar d’un appendice sonore. Pour en faire jaillir un jive aux dictions feutrées. Après ses études musicales et l’expérience d’une culture vaste et diversifiée dans la prospection des : jazz, pop, classique, folk, cajun blues, aux rythmes afro-caribéens, en passant par les rythmes traditionnels et urbains haïtiens.

Leyla est allé s’établir à la Nouvelle Orléans. Une autre phase de sa trajectoire qui l’a remise à la croisée des chemins en pleine affinité sur les pas de quelques précurseurs d’envergure. La Louisianne si loin mais si proche ! Lieu de cet Haïtien d’origine, Ferdinand Lamothe dit Jelly Roll Morton connu pour être le novateur du jazz. C’est là que Leyla a choisi pour lancer sa carrière musicale. Dans le vacarme des “brass-bands”, des groupes pédestres, des mardis gras, du jazz et du ragtime, de ces maisons parées de balcons (comme le centre-ville de Port-au Prince d’autre fois), des mambos et de leur gris-gris qui rappellent bien le panorama vécu par ses ascendants. En se ressourçant dans l’ambiance de la musique hybride aux structures orchestrales les plus complexes incorporées aux styles les plus syncopés.

C’est avec son violoncelle qu’elle prend d’assaut les Quartiers Français de New Orleans. Dans ce style pluriel qui dépeint autant cet amalgame de vibrations tonales dont elle veut être l’avatar pour successivement rallier dans la foulée le groupe afro “strings” : « The Carolina Chocolate Drops », détenteur d’un Grammy, la plus fameuse distinction musicale états-unienne. Auquel, elle a apporté sa sonorité distinguée et allégorique. Avant de filer à l’anglaise, en vue de se lancer dans une carrière solitaire. Parée d’autant de filons majeurs, en s’affirmant en instrumentiste divers : violoncelliste, banjoiste, guitariste, compositrice et certainement vocaliste aux fibres outrecuidantes ; incorporant son plurilinguisme : anglais, français, ayisyen (kreyòl) pour en faire des instantanés artistiques. Et interprète inédit, dans la concoction d’une approche musicale caractérisée par l’alchimie des règles conventionnelles à la liberté d’expression.

Dans ce dynamique aller-retour qui la hante incessamment. En plus des prépondérances acquises qui l’impulsent en vedette à part entière. D’où la révérence de son opus introductif :‘’Vari-Colored Songs : A Tribute to Langston Hughes’’, lequel est en exergue d’une œuvre dont elle a voulu en faire l’identité verbale et vocale à dessein de ses prouesses poétiques, tout en alliant cette complexité culturelle qui fait tant ressortir la beauté humaine. Une production qui obtient le prix de : “Album de l’année 2013″ par le “Sunday Times” de Londres et “Songlines“. Une création aussi bien qu’acclamée, pour son métissage clairvoyant des rythmes et expressions. Charrié par un “pitch” en plus bouleversant ; s’arc-boutant en guide solennel. Dans la reconduction des “die-hard hits” tels que : Mèsi bondye et Latibonit. Tout en s’acharnant à miroiter et faire écho des sillons d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

elle se charge d’imprimer à dessein un phrasé infus de modulations fusionnées à l’instar d’un appendice sonore.

Sur cette lancée, elle sort en 2016 son deuxième album solo : “A day for the hunter. A day for the prey”, dans lequel elle fait table rase des données engrangées, comme si elle s’est mise dans une quête infinie de tout éditer musicalement. Avec un comble de collaborateurs en compagnie desquels elle a voulu rééditer certains morceaux folkloriques. Et qui affuble cette œuvre d’une marque toute collective. Tout en dérobant Leyla d’une facture personnelle. En 2019, elle présente son 3e solo : “The Capitalist blues”, tout en renouant avec ses modules apparents dans la prospection des paramètres dévolus. Dans l’entrecroisement des rythmes du vodou ayisyen aux  tempos du zydeco et du cajun, parmi d’autres. Tout en s’apitoyant avec des lyriques engagés sur le sort d’un monde conflictuel. Dont elle veut se faire l’apôtre en brisant les barrières dans l’unification artistique, dans sa perception d’une diaspora afro-caribbéenne.

Sans toutefois se faire aucune illusion sur le “système”. Insatiable, elle prend part au projet “Songs of our native daughters”. En compagnie de Rhiannon Giddens, Ammysthyst,  Allison Russell etc, pour le compte du “Smithsonian Folkways” qui a surtout mis en compte les atrocités de l’esclavage, du racisme, de la misogynie et autres fléaux qui ont encore leur impact dans la société moderne. Ses récentes initiatives comptent “Breaking the thermometer to hide the fever”. Une autre évocation de la saga ayant entouré le meurtre du directeur de la station Radio Haïti-Inter, Jean Dominique. Une réadaptation de “Fort Dimanche”, des titres comme : “The Special Man” et “Tiny Island”. Pour retrouver comme à l’accoutumée l’atmosphère “Live” de ses excursions louisiannaises, sa base, où elle est sans cesse en demande, en attendant d’autres incursions extérieures, comme missionnaire musicale, tous azimuts.

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