Pleins Feux Sur : Jean Chardavoine

« Un guitariste d’élite » | (P-au-P - ?)

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Jean Chardavoine

C’est dans le giron d’un fameux père de musicien qu’il a grandi. Cependant, aux yeux d’une mère réticente, le milieu de la musique n’était nullement une option ; à cause des impondérables qui y sont associés. Pourtant lorsque toute la famille doit se mettre à couvert dû à la persécution macoute, Chardavoine est encore un gamin fraichement établi au ‘’state’’, avec de vagues souvenirs du sax de papa. C’est à NY où il a grandi, qu’est réapparu fortuitement son intérêt pour la musique. Lorsqu’après avoir effectué des travaux de nettoyage pour une dame habitant son immeuble. Et qu’en guise de rémunération, Jean n’a eu qu’une guitare de la part de cette messagère impromptue. Depuis lors, il n’a plus quitté sa guitare qu’il a gardée exclusivement dans sa chambre de peur de la perdre.

Devenant son ultime compagne avec laquelle il s’est employé en autodidacte à prospecter les dessous. Déjà en ‘’high school’’, il est en mesure de ronronner textuellement Hendrix. Jusqu’au niveau universitaire, alors disciple d’Esculape, pour réaliser à la sortie d’un concert, qu’au lieu de l’anatomie, il n’avait d’étoffe que pour les cordes. Sans réfléchir, il change de discipline pour étudier l’orchestration et la composition au lieu de la médecine. Entre temps, il peaufine son talent aux avatars des résonances globales, du rock, du jazz et de ses émanations. Sous l’impact de ses modèles Wes Montgomery et Georges Benson entre autres, il se concocte un jeu ciselé, éloquemment aspergé de multiples références, incorporées dans les thématiques des blues, funk, pop, swing, bossa-nova, rock, samba et flaveur latine de vibrations jazzistiques. Sans renoncer aux palpitations du terroir natal.

C’est surtout un guitariste qui se veut au-dessus des barrières.

Telles sont les chasses gardées d’un musicien qui ne tient pas à se cantonner dans des classifications réductrices. C’est surtout un guitariste qui se veut au-dessus des barrières. Avec des objectifs qui le propulsent dans une catégorie particulière, celle d’un guitariste d’élite. En s’impliquant dans des explorations ardues qui l’ont installé en conquérant des cordes pincées. Des auréoles lui ayant permis d’être repéré par les cercles de mélomanes, ainsi que des pairs du même acabit des milieux établis du jazz, qui l’adoptent pour des randonnées en sortilèges. Son premier opus ‘’ Fifth  Season’’, un aperçu  de son empreinte émergeante et, à travers laquelle, il a fait ressortir une musique  cérébrale de facture stellaire. Et qui lui a ouvert les voies des ondes radiophoniques anglaise et états-unienne.

Au faîte de la première décennie de ce millénaire, il regroupe une brochette de musiciens de jazz, haïtiens et étrangers pour produire le spectacle :’’ Haïtian-jazz on Broadway’’ qui a fait du chemin jusqu’à l’année subséquente. Laquelle a marqué le terrible évènement du tremblement de terre de 2010. Quelques mois plus tard, il sort :’’ The tribute’’ qui est un hommage aux victimes de ce désastre. Une œuvre qui vient confirmer l’ascendance d’un guitariste hardi et dont la marque propulse une obsession pour les exécutions élaborées et l’improvisation. Tout en entretenant habilement les grilles harmoniques ; distillant des progressions entre les intervalles. Dans une approche conceptuelle des rythmes du terroir insérés de vibrations exotiques ; entre le jazz, la bossa-nova, le swing, le funk, la samba et l’arôme latin qui constituent ses repères musicaux.

Dès, la tonitruance et la ferveur de ses coups de griffes ayant atteint les doctes au bercail. Et en 2015, une invitation pour le ‘’Festival International de Jazz de Port-au-Prince’’ (PAP-Jazz). Une  occasion inouïe pour Chardavoine de retrouver la terre natale, quarante ans après l’avoir laissée ; à cause de l’injustice macoute envers sa famille. Depuis, il est devenu une tête d’affiche de ce festival qu’il a conquis en de multiples occasions. Fier et heureux d’avoir trouvé un auditoire compatible avec ses inspirations, qui l’a acclamé profusément. Puis, entre les diverses sollicitations qui le catapultent sur les routes du monde ; distillant sa marque de fabrique de ‘’gumbo-jazz’’, pour gloser son propre terme. Jean nous gratifie de : ‘’Deep Within ‘’, qui demeure une mosaïque de vibrations polyphoniques, émaillées de nappes jazzées.

Avec son groupe « The Evolution », il s’applique à gravir des échelons supplémentaires dans les aléas d’une approche qui se veut universelle et concoctée pour l’audition planétaire. Simplement d’excitants et intelligents florilèges, pour les amants de la qualité. Des pièces reflétant des pas de : samba-jazz, du funk édulcoré latin, des pointes de bossa-nova. Sans négliger ses origines natives qu’il prend plaisir à amalgamer dans des vibratos africains. Alors que tout coule sous l’effet de la contagion d’un jazz aux allures ‘’up tempo’’ ; qui donne à cette œuvre un air de célébrations de rythmes et de couleurs. En plus, des arrangements et compositions d’un guitariste qui sait bien comment s’y prendre dans des solos qui s’allient bien au concept approfondi, pour en faire un musicien d’anthologie au gré d’une sonorité distincte.

C’est donc paré de tant de ressources que Jean Chardavoine sillonne le monde. Persiste et signe dans les allées tonitruantes, en apôtre d’une musique aux connotations majeures, libérée et sans frontières. Entretemps, c’est toujours un privilège de l’avoir chez moi, en deux ou trois occasions, comme invité de marque. Durant les célébrations annuelles de ‘’labor day ‘’, où en compagnie de ‘’Alegba and friends’’, il distille des subtilités ingénieuses de son doigté inventif. Sous l’attention d’un auditoire avisé qui n’en revient pas des envolées d’un docteur compétent en la matière.

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