Pleins Feux Sur : Hervé «Boulou » Bléus

« Un phrasé de ménestrel » | (Port-au-Prince- ?)

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Hervé Bléus au sein du DP Express en compagnie des : Porky, Wooley, Sensen, Almando, Denis, Dauphin et autres

Un autre artéfact du Bas-Peu-de-Chose, Hervé a commencé à se passionner pour la musique ; au cours d’une adolescence marquée par les sonorités des ‘’big-band’’, combos, quartets, trios etc. Avec le privilège de se délecter de ces dimanches en famille à écouter le « Jazz des Jeunes » sur les ondes de Radio Haïti. Groupe au sein duquel performait un certain Gérard Dupervil, qui fut sa première inspiration vocale. C’est aussi le temps où les aspirants vocalistes s’initialisent dans des cours de voix, des concours de chants et les sérénades. Tout en se cherchant une référence à travers les variétés : françaises, espagnoles, anglaises et haïtiennes. Ainsi que la génération mini-jazz qui l’avive davantage par les gosiers de ‘’Gwo bébé’’ Chérubin et de Ricot Mazarin.

C’est dans ce champ d’exploration que Boulou a commencé à manifester son orientation vocale, de référence locale tous-azimuts. Entre la sensibilité et l’émoi ; reflétant son phrasé de ménestrel. Lui permettant de s’orienter dans des excursions avant-gardistes ; d’où sa prospection dans un groupe de fusion, des paramètres d’outre-mer tels: bossa-nova, reggaie, samba brésilien, salsa etc. En compagnie des colosses comme Ignace ‘’Penm’’, Figaro, Yves Lafontant, George J. Gilles, Denis Emile, Cajuste parmi d’autres. Formation qui éventuellement va changer de nom pour devenir « Big One » ; et muter vers une musique d’une sensibilité plus locale. C’est dans ce contexte que cet ensemble s’est envolé pour la République Dominicanie. Où Hervé et compagnie ont pris part à diverses prestations dans les villes dominicaines

Boulou s’impose tout de suite, comme le chef de file d’une transition musicale urbaine plus ornée et complexe.

De retour au bercail, c’est le branle-bas dans le paysage musical local, avec l’invasion des groupes antillais comme : « Grammaks », « Exile One », « Aiglons » etc ; dotés de leur armada cuivrée, de leur modernité et de leur cadence-lypso pour bousculer la mouvance des mini-jazz dans son propre fief. C’est donc aussi, un moment de remise en question pour Boulou et le « Big One » qui doivent jeter l’éponge. Dans cette teneur de remue-ménage où tant de groupes se réinventent. C’est le tambourineur des « Shleu-Shleu », un copain du quartier Gérald Désir qui lui suggère d’aller auditionner pour un nouveau groupe en chantier sur les traces des glorieux « Difficiles de Pétion-Ville ». Dont le fondateur, maestro et chanteur Henry Célestin a décidé de mettre un terme à l’aventure.

C’est donc haut la main qu’Hervé Bléus est choisi durant l’audition parmi d’autres candidats. Pour repartir sur de nouvelles bases en compagnie des : Porky, Wooley, Sensen, Almando, Denis, Dauphin et autres, dans une formation qui a décidé de retenir le cigle de « Difficiles de Pétion-Ville » pour être rebaptisé « D.P Express ». Lequel a continué de jouer le répertoire du groupe défunt à ‘’Chez Michel’’ et Cabane Choucoune. Eventuellement, les arrivées du claviériste Claudy Frémont, du trompettiste Frantz Gilles et du guitariste Claude Marcelin à la place de Sensen parti pour rejoindre Martino vont marquer le démarrage du « DP Express ». Lequel fut le premier groupe de sa lignée à donner le coup d’envoi pour la période post-mini. Ensemble dont Boulo fut la voix originale, avec son registre aux reflets surets d’un rocker.

H.B s’impose tout de suite, comme le chef de file d’une transition musicale urbaine plus ornée et complexe. En s’illustrant avec ferveur dans l’œuvre introductive :’’M pa pran kontak’’, dont il est le messager improvisé, d’un air nouveau. Album contenant 5 titres emblématiques tels : m’pa pran kontak, sansib pa jwe, apran n pale, pran san w, souke kò w ; qui ont bouleversé l’échiquier tonal de la musique d’ambiance. Que Hervé a délivré, au gré d’un timbre résonant, aux intonations inextensibles ; mais infus en même temps d’émotion et de spleen. En outre, de cette posture contrastante de débonnaire et nonchalant qui l’affublent d’un air de troubadour. Encore, de cette impression qu’il somnole entre deux accords. Des tics qui n’ont pas entravé la marche de la locomotive « DP » dont Boulou va être le meneur.

Au sein d’un ensemble qui fait figure de pionnier et dont le chambardement entamé, est suivi par des groupes mini comme : « Tabou », « Skah-Shah », « Bossa-Combo », « Ambassadeurs » etc ; qui ont du incorporer un ‘’horn-section’’ pour éviter l’expiration. Ce qui est arrivé à bon nombre.  Une nouvelle donne qui propulse le « DP » de Boulo ainsi que son concurrent direct le « Scorpio » à l’avant-scène des concurrences extra-musicales et carnavalesques. Jamais engagées depuis l’époque des Nemours et Sicot. D’autre part, le « DP », c’est aussi le groupe oú l’on est assuré de se faire une petite amie. Et les festivals du week-end chez les mères de Bourdon, les Sœurs de Saint-Louis, au Petit Séminaire Saint-Martial et autres établissements scolaires, en étaient les preuves tangibles. Différemment du « Scorpio » qui était plutôt de tendance macho et populo.

Et, c’est autour d’un tel décor que Boulou a continué de s’imposer. Entre les albums : #2 avec «  pale pale w, verite, lamiral, kwa pam etc. et le #3 affichant : zafè w, gran van, dp disco, vi n danse, tripotaj, pikan bayawonn qui l’installent comme l’une des voix représentatives de la période post-mini. Laquelle a coïncidé à la montée d’un malaise socio-politique qui a causé l’intensification d’un exode qui a vu la classe moyenne défavorisée risquer sa vie en haute mer pour fuir le pays de ‘baby dòk’. Tandis que les plus lotis se contentaient de partir furtivement par voie de l’air. C’est dans ce contexte qu’Hervé a lui aussi décidé de prendre le large, pour retrouver sa femme vivant au state. Donc, par le temps du 4e disque comprenant: nou retounen, dp fever, n’anraje, min zen, voye m lakay mwen, reyalite, Otansia, il est déjà rejoint par la future légende ‘Ti-Manno’ qui était prêt pour la relève et le dépassement.

Arrivé à NY à la fin des années 1970, Boulou a connu les affres de l’anonymat et dû faire face tout de suite aux responsabilités familiales. Jusqu’à ce que son pote, notre Loubert Chancy national ait pensé à lui concocter quelques titres reflétant son état d’âme du moment. Ce qui est traduit dans l’œuvre acclamée ‘en solo’ du maestro : ‘Doudou’. Dans laquelle Boulo est donné pour faire épurer son cœur d’immigrant déraciné et d’artiste en cavale. A travers les hits : Doudou, youn ak lòt, nostalji qui lui ont permis de retrouver les feux de la rampe. De même que de faire montre de tournures plus allusives de son gosier de ménestrel. Approche qu’il adopte avec une ultime version des « Astros » de NY ; après le passage de « Ti-Manno’’. Dans le disque :’Up to date’, orné des morceaux : Ste Anise, Lina, rasanbleman etc, qui n’ont pas eu d’effet de boule de neige.

Suivis d’autres collaborations avec le « Mini All Stars » de Fred Paul dans : we gotta move on, Manoushka, konsa nou ye, vye frè, ainsi que de l’œuvre : ‘Kaskad konpa’ dans lesquelles il a encore fait preuve d’une conception vocale évolutive. Avant de retrouver définitivement la route de la discrétion et de l’oubli. Dans la tempête des nouvelles sonorités qui ont émergé ; suite à prépondérance de son « D.P Express », qui a contribué à la genèse musicale d’aujourd’hui. Pas étonnant que même après le passage de l’incomparable ‘’Ti-Manno’’ qui a vraiment jeté le pavé dans la mare et prendre ce groupe à une dimension supplémentaire. Seulement, il y a ceux qui (comme moi) restent nostalgiquement attachés à la version de ‘Boulou’. Au cours de ces années folles dont il était la voix-banderole.

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