Massacre des policiers à Village de Dieu, la PNH au bord de l’implosion !

(2e partie)

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Léon Charles est le premier responsable de cette dérive, mais il est toujours présent à la tête de la PNH

Le mois de mars 2021 peut être considéré comme une période noire pour l’institution policière en Haïti. Des actes de vandalisme ont été commis dans toute la zone métropolitaine de Port-au-Prince dont l’incendie d’un grand nombre de véhicules et l’attaque de la Concession de véhicules Universal Motors sur la Route de l’aéroport laquelle appartient à l’homme d’affaire et politique Dr Réginald Boulos. 

Cette entreprise a été pillée et incendiée par les manifestants et certains membres de « Fantom 509 » qui se firent surprendre par le gang dit Simon/Pelé venu au secours de cette entreprise commerciale. On a dénombré plusieurs victimes. Durant ces mêmes semaines, plusieurs policiers incarcérés dans divers Commissariats et prisons de la région métropolitaine de Port-au-Prince et même en province ont recouvré leur liberté grâce aux actions spectaculaires des policiers du groupe « Fantom 509 » qui demandent, dans la foulée, la tête du Directeur général de la PNH, Léon Charles. Signalons que depuis, les membres de « Fantom 509 » sont sous le coup de plusieurs plaintes, d’avis de recherche et d’autres mesures de rétorsion venant du haut commandement qui les traite de « terroristes », « bandits » et « assassins ».

 Rappelons que les policiers masqués de « Fantom 509 » ne sont pas les seuls dans les collimateurs des autorités policières suite à ces semaines de folie. Le Syndicat de la Police Nationale d’Haïti (SPNH-17), le premier dans l’histoire de la police haïtienne, est associé au groupe « Fantom 509 » par le Directeur général de la PNH, Léon Charles et qui les rend responsables de cette guerre fratricide qui se livre au sein de la police. Du coup, plusieurs dirigeants, anciens responsables et membres de ce syndicat : Yanick Joseph, Jean Elder Lundi, Alexandre Pascal, Jeudi Antoni San, Abelson Gros Nègre, Louis Ludner, Antoine Dario, Jules James Josué, Geffrard Guerby, Saintores Carlo, Nazaire John, Saint Hilaire Rodzel et Lamarre Ygens, font l’objet d’avis de recherche et de décisions de mise à pied de la part des autorités policières qui les soupçonnent d’être aussi membres de « Fantom 509 ». En réalité, depuis au moins deux ans, l’institution est au bord de l’implosion. Cet énième échec de la PNH de réduire la bande à « Izo 5 » est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Justement, depuis cette triste affaire du lynchage des policiers à Village de Dieu, le Directeur général, Léon Charles, est lui-même sur la sellette. 

On l’accuse d’être celui qui a délibérément envoyé les blindés dans un piège pour avoir mal interprété les images des drones placés sous sa responsabilité.

 En effet, au sein même du haut commandement de la police nationale d’Haïti, on vit une sorte de « Règlements de comptes à O. K. Corral » tant la perte d’un coup de cinq policiers dans une opération menée par des unités d’élite de la police suscite émoi, critique et incompréhension dans la hiérarchie de la police et du pouvoir politique. Pour commencer, l’ex-Premier ministre, Joseph Jouthe, chef du CSPN, depuis l’échec de l’opération semblait s’effacer du dossier. On ne l’entendait presque plus parler de cette affaire laissant seul le Directeur général de la PNH face à la tourmente et la fronde de ses camarades qui se passent l’un après l’autre la responsabilité de cette déconvenue. Chacun des Commandants ayant participé de près ou de loin à cette opération rejette la responsabilité sur l’autre avec tout de même un point commun : Léon Charles est le premier responsable. 

 C’est lui le patron. En clair, il doit assumer ses responsabilités devant un tel échec. Pour calmer les esprits et sans doute trouver un coupable idéal, à la demande de Léon Charles, l’Inspection Générale de la Police Nationale d’Haïti (IGPNH) a été saisie et ouvre une enquête sur l’un des responsables de l’opération qui a foiré le 12 mars. Il s’agit de l’Inspecteur général et Directeur des Renseignements généraux de la police, Carl Henry Boucher. On l’accuse d’être celui qui a délibérément envoyé les blindés dans un piège pour avoir mal interprété les images des drones placés sous sa responsabilité. Les images indiquaient clairement que la zone était truffée de tranchées. 


L’Inspecteur général et Directeur des Renseignements généraux de la police, Carl Henry Boucher a été la seule victime de cet énième échec de la PNH à Village de Dieu

« Le Directeur des renseignements généraux a pour mission de vérifier toutes les informations pour informer le Directeur général et le DCPA à temps. Donc, je n’ai pas la mission de coordonner des opérations » rétorque Carl Henry Boucher. Depuis, il clame son innocence alors qu’il se trouve au centre de ce dossier et fait l’objet d’une enquête et était placé en isolement à l’IGPNH, « Police des polices ». Il veut savoir de quoi on l’accuse : « J’étais là pour voir comment se déroulait l’opération, mais pas pour rester de façon permanente sur le théâtre de l’opération. Suivant le plan des opérations, il n’y avait pas de mission pour les blindés de laisser leur périmètre. D’ailleurs, pour le Directeur général de la police, l’intervention devrait être faite à pied, pas en véhicules blindés. Je veux savoir quelle est ma responsabilité dans tout cela. Je ne suis pas le coordonnateur des opérations, j’étais là pour clarifier certaines informations, par exemple, quand le blindé a été immobilisé, j’ai dû appeler mon directeur général pour savoir quelles sont les dispositions à prendre ».

  Pendant que Carl Henry Boucher était en isolement, un des syndicats de la police, le SYNAPOHA (Syndicat National des Policiers Haïtiens) l’accuse formellement d’être à l’origine de ce fiasco. « Selon les informations dont nous disposons de sources fiables, cette opération a été bien planifiée. Toutes les équipes ont été mises en place pour la réussir. Il y avait même un drone qui retransmettait les informations. Mais il y a quelqu’un, un Inspecteur général, membre du haut commandement de la PNH, qui a saboté l’opération. Nous disposons de preuves corroborant cette affirmation. L’opération a été sabotée. Il a donné des contre-ordres aux agents de terrain », a avancé Lionel Lazarre, le Coordonnateur du SYNAPOHA sur Télé 20 le 16 mars 2021. Tandis que le groupe « Fantom 509 », de son côté, réclame sa libération. On est en plein dans une sorte de guerre des polices. 

Paul Ménard, l’un des Coordonnateurs principaux de l’opération à Village de Dieu a été « exilé » transféré à la Direction départementale de la Grand’Anse.

 Selon le Directeur des Renseignements : « Lorsque je suis arrivé, les blindés étaient déjà à l’intérieur du Village de Dieu. Je suis le Directeur des renseignements généraux, je n’ai aucun droit sur les blindés » avance-t-il. Selon lui, s’il y a des coupables, il faudra les rechercher parmi ceux qui coordonnaient directement l’intervention policière en citant : Paul Ménard, Directeur départemental de l’Ouest ; le Commissaire de la Brigade d’Opération et d’Intervention départementale (BOID) et le Directeur central de la police administrative (DCPA). Lui son rôle se résumait à fournir les informations recueillies sur le terrain par drones et informateurs. Dans sa tentative de sauver sa tête demandée par presque tout le monde, Léon Charles, en accord avec le CSPN, a initié une série de changements dans la chaine de commandement de la police. Ainsi, le Directeur départemental de l’Ouest (DDO), Paul Ménard, l’un des Coordonnateurs principaux de l’opération à Village de Dieu a été « exilé » transféré à la Direction départementale de la Grand’Anse. 

Il est remplacé à la tête du Département par le Commissaire Joël Casséus. Le Commissaire Lavaud Bélisaire a été promu Commissaire principal de Port-au-Prince ; quant au Commissaire principal de Port-au-Prince, Xavier Séide, il est le nouveau patron de BIM (Brigade d’Intervention Motorisée). Dans le même coup de balai, le Commissaire Jean René Casséus a remplacé à la tête du Commissariat de Croix-des-Bouquets Joël Casséus ; l’Inspecteur général Joseph Jean Marie Wagnac a hérité de la Direction des renseignements généraux à la place de Carl Henry Boucher accusé numéro 1 de l’hécatombe du Village de Dieu. Libéré le 1e avril 2021 de son isolement à l’IGPNH, Boucher reste néanmoins à la disposition de l’Inspection générale de la police pour la suite de l’enquête selon son avocat Me David Lafortune. A la Direction Centrale de la Police Administrative (DCPA), on trouve l’Inspecteur général Monès Augustin qui était auparavant le patron de la DCPR (Direction Centrale de la Police Routière). C’est le Commissaire divisionnaire Jean Prévil Castro qui lui a succédé à la tête de la DCPR. Dans ce chassé croisé post-défaite à Village de Dieu, le Commissaire divisionnaire, Max Hilaire retrouve la Direction du personnel tandis que l’Inspecteur général, Marc Justin, se trouve à la Direction de l’Ecole Nationale de la Police à la place de Bernard Elie qu’on retrouve finalement à la Direction générale. 

 Par ailleurs, le Commissaire divisionnaire, Frantz Lerebourg, garde la confiance du Directeur général, Léon Charles. L’ancien porte-parole de la PNH est confirmé en tant que Directeur de cabinet du Commandant en chef de la police nationale. Enfin, l’Inspecteur général, Jean Marc Wilkens prend la tête de la Direction administrative et des services généraux. Pendant que la police règle ses comptes entre elle, les autorités politiques, embarrassées, cherchent une porte de sortie et se lancent dans des décisions toutes symboliques, histoire de rassurer l’opinion nationale et locale. Alors que selon, Evans Paul (KP), ancien chef de gouvernement sous l’Administration de Michel Martelly, qui a répondu aux questions de Télé 20 le lundi 5 avril 2021, il y a une certaine défaillance dans le comportement des responsables politiques. « Ce qui m’a le plus dérangé dans cette affaire, c’est qu’il n’y a ni démission ni réparation. Il devait y avoir l’une ou l’autre. Les bandits ne doivent pas rester impunis. Il fallait avoir une opération pour récupérer les cadavres réclamés par les familles des victimes » a déclaré KP. Entre-temps, suite à des désaccords survenus entre le Président de la République et son chef de gouvernement, Joseph Jouthe, sur divers dossiers chauds, principalement celui du référendum constitutionnel prévu pour le 27 juin prochain, celui-ci a présenté la démission de son gouvernement le mardi 13 avril 2021 en fin de soirée. Une démission acceptée par le Président Jovenel Moïse et immédiatement remplacé à la tête de la Primature par son ministre des Affaires Etrangères, Claude Joseph. (À suivre

 

C.C

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