Monsieur le Président Luis Abinader Corona :
À l’heure actuelle, les communautés dans lesquelles résident des immigrants haïtiens en République Dominicaine, principalement des ouvriers du bâtiment concentrés dans les régions d’Uvero Alto, Bávaro, Cap Cana, Verón et Punta Cana, sont systématiquement harcelées, harcelées et extorquées par les agents d’immigration, la police et les militaires.
Le gouvernement prétend que les travailleurs haïtiens constituent un fardeau économique pour la République dominicaine et une menace pour la sécurité et la souveraineté, mais ce n’est pas vrai. Il suffit de regarder les hôtels construits par les travailleurs haïtiens dans le pôle touristique de l’Est pour comprendre que la main d’œuvre immigrée a énormément contribué au développement économique du pays, même si elle reçoit généralement des salaires très bas et subit des violations de ses droits du travail. On peut en dire autant de la contribution des immigrants à l’agriculture et au secteur des services, ainsi qu’à la société en général. Nous vous appelons à cesser les discours stigmatisant qui incitent à la haine raciale contre les travailleurs et les communautés immigrés haïtiens.
La politique d’expulsions collectives, explicitement définie dans le quota hebdomadaire de dix mille expulsions défini par votre gouvernement, a eu des conséquences très graves en termes de droits de l’homme et a abouti à la violation de la loi sur la migration 285-04 elle-même, avec la détention de garçons et de filles non accompagnés de membres de leur famille, de femmes enceintes et de personnes âgées. Dans le secteur de la construction, la pratique bien connue consistant à retenir pendant des mois les salaires de milliers de travailleurs s’est intensifiée, accompagnée de pressions migratoires et de répression policière, pour annuler, reporter, diviser ou simplement éluder les paiements correspondants. Le vol des salaires des ouvriers du bâtiment expulsés est de plus en plus courant.
Parce que les employeurs du secteur du bâtiment maintiennent les travailleurs du bâtiment immigrés haïtiens dans une extrême précarité, la pratique consistant à verser des salaires informels en espèces aux maîtres d’œuvre afin qu’ils puissent effectuer des paiements individualisés à chaque travailleur est récurrente. Avec la complicité des grands employeurs du BTP, ces maîtres d’œuvre volent les salaires des ouvriers. Cette pratique fréquente a déclenché la protestation exigeant le paiement des salaires au cours de laquelle l’employé Héctor Ramírez Pérez a assassiné le travailleur haïtien Pierre Presnor et en a blessé un autre par balle dans le secteur d’Uvero Alto le 22 mars de cette année.

Le gouvernement, en particulier le ministère du Travail, est coresponsable du développement de cette situation de violation des droits de l’homme et du travail qui a eu des conséquences fatales. Nous mettons en garde contre l’injustice de maintenir en prison six ouvriers victimes de l’attaque armée de Ramírez Pérez et nous exigeons leur libération immédiate, ainsi que l’indemnisation de la famille de Pierre Presnor et que Ramírez Pérez et son complice, le maître d’œuvre Guillermo Filpo Sotos, actuellement en fuite, soient jugés et condamnés de manière exemplaire.
Dans ce contexte, il est très inquiétant que depuis le 21 mars, précisément Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, une mobilisation raciste ait été annoncée contre la communauté de Hoyo de Friusa, où vivent des centaines d’ouvriers du bâtiment, qui aura lieu le 30 mars. Il s’agit d’une grave provocation de la part de l’organisation paramilitaire et terroriste se faisant appeler l’Ancien Ordre Dominicain et des dirigeants du Parti de Libération Dominicain (PLD).
Bien qu’il s’agisse d’une marche illégale, puisque plusieurs de ses organisateurs appellent à y assister avec des armes à feu, parmi lesquels l’influenceur Esmerlin Santiago Matías, alias Alofoke, le ministère de l’Intérieur et de la Police a émis une résolution de non-objection à la tenue de la marche. Cette provocation de la part d’une organisation paramilitaire a des précédents dans de nombreuses attaques violentes contre des défenseurs des droits humains. Il est documenté que l’Ancien Ordre Dominicain kidnappe des Haïtiens et les livre aux autorités, et que les membres de cette organisation impliqués dans ces activités illégales ont été cooptés dans les rangs de la Police Nationale. Nous appelons votre gouvernement à ne pas continuer à encourager les activités illégales de cette organisation.
Nous comprenons que la marche du 30 mars pourrait devenir une tragédie aux dimensions énormes et qu’il est de votre devoir de la prévenir ou d’assumer la responsabilité de ses conséquences sur le territoire national et de ses répercussions internationales.
Les Organisations qui ont signé cette déclaration:
Colectivo #HaitianosRD
Movimiento Reconocido
Movimiento Socialista Trabajadoras y Trabajadores de la República Dominicana (MST)
Movimiento Mujeres Domínico-Haitianas (MUDHA)
Foro Feminista Magaly Pineda (FFMP)
Comité por la Unidad y los Derechos de la Mujer (CUDEM)
Movimiento Socio-Cultural de Trabajo Humanitario y Ambiental (MOSCTHA)
Movimiento Mujeres Sociopolíticas Mamá Tingó
Colectivo Migración y Derechos Humanos
Coordinadora Popular Nacional (CPN)
Articulación Nacional Campesina (ANC)
Aquelarre RD
Liga Haitiana Internacional (LIHAITI)
Asociaciones Solidarias de Obreros Migrantes Línea Noroeste (ASOMILIN)
Union Democrática de Mujeres (UDEMU)
Centro de Investigación para la Acción Femenina (CIPAF)
Núcleo de Apoyo a la Mujer (NAM)
Coalición por la Vida y los Derechos de las Mujeres
Diversidad Dominicana
Católicas por el Derecho a Decidir
Alianza Cristiana Dominicana
Grupo de Jóvenes del Batey Los Jovillos
Mouvement socialiste des travailleurs de la République dominicaine 28 mars 2025