Le pouvoir ne se donne pas, il se prend!

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La situation est grave. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Cette politique sournoise des petits pas de l’opposition ne peut pas réussir, même en sachant que la fin du mandat de Michel Joseph Martelly au pouvoir est accueillie avec joie et satisfaction, grâce à la mobilisation d’un peuple ayant tiré de ces cinq dernières années de souffrances et de malheurs, de nouvelles raisons de lutter et les enseignements qui s’imposent !
On peut espérer que l’opposition plurielle a réalisé que le moment est venu d’essayer d’améliorer son image ternie par une politique de gâchis, de faux calculs, de gaffes, de petites guerres pour satisfaire ses intérêts propres sinon de clans dans le but évident de faciliter et consolider l’emprise américaine. On ose espérer qu’elle rejettera tout compromis, toute compromission et profiter de l’occasion pour investir une fois pour toutes dans une mobilisation à grande échelle de façon à créer le chemin qui mène à une véritable lutte de libération nationale.
Il est facile de proposer des moyens de résoudre la crise à l’amiable, à travers des solutions de rechange, des «propositions de sortie de crise», évitant d’aller au fond vers un chambardement populaire. Que les dirigeants politiques n’utilisent pas le peuple comme menace, pour se livrer à des marchandages ! Nous l’avouons sans ambages parce que leurs pratiques ne témoignent d’aucune réelle volonté d’aller jusqu’au bout des revendications populaires. Si l’opposition avait un réel désir d’avancer et d’accompagner les masses à oser confronter l’ennemi, pendant qu’elles occupent le macadam, elle le ferait, sans cette réserve aisément perceptible. Mais elle s’abstient de le faire, sans doute de peur qu’elle ne soit elle-même également victime du volcan populaire.
En fait, elle ne vise pas à prendre le pouvoir avec le peuple. Non. En un sens, elle préfère collaborer avec l’ennemi, tergiverser, au lieu d’utiliser les grands moyens d’actions populaires. L’opposition ne fait que proposer, elle le fait assurément sans la volonté réelle de prendre le pouvoir par ses propres forces, parce que ne voulant pas assumer une responsabilité qu’elle considère à risque. Elle prend son temps, à tourner autour du pot de la vraie solution, tout en assurant plutôt Washington qu’elle n’est pas tout à fait pour un changement fondamental.
Ainsi, les forces occupantes ont eu le temps nécessaire, après le 22 janvier, de dramatiser délibérément la situation. Elles ont profité de l’atmosphère de distraction créée par les politiciens pour conseiller à Martelly de recourir à l’OEA pour pouvoir mieux orienter l’évolution de la crise vers l’objectif qu’il s’est proposé d’atteindre. Alors, que va-t-il se passer ? Très probablement, le véritable instigateur du complot en cours, le cerveau de l’opération de détournement de la dynamique populaire a fait appel à l’OEA tout simplement pour être l’arbitre entre son complice Martelly et le peuple. Ce monde n’ira pas par quatre chemins. Par son cynisme total, l’OEA finira sans doute par exécuter sa sale besogne celle de précipiter l’élimination du peuple de la scène politique. Elle n’éprouvera aucun scrupule à réorienter l’évolution de la crise. Déjà, elle prend soin d’amadouer les naïfs en déclarant à la presse qu’elle est là pour ne rien influencer.
A travers cette stratégie, c’est un défi que l’occident nous a carrément lancé. Constat classique. Alors, la question à se poser maintenant est: que faire ?
Quoi qu’il advienne, il existe quand même une solution viable à cette crise. C’est par la confrontation calculée et non par le repli sur soi, la régression ou la fuite en avant, que les forces vives, y compris l’opposition, pourront jeter les bases d’un combat libérateur. Mais ce qui se passe à l’heure actuelle au niveau du Parlement et au sein du G8 est de toute autre nature. Le jour de la délivrance n’est aucunement proche, quand l’opposition reste timorée, angoissée, apeurée, frileuse, caponne, pusillanime, veut bien mobiliser les masses populaires, mais c’est pour après les neutraliser afin de mieux faire passer sa stratégie de trahison.
Toutes «propositions» et démarches tendent à paralyser la nation au lieu que d’empêcher l’emprise impériale qui s’accélère et s’affirme davantage.
Jusque là, rien d’inhabituel, de particulier ou de nouveau dans les agissements de l’opposition faits seulement, par exemple, de caprice à ne pas rencontrer les membres de l’OEA. Or, il nous incombe la responsabilité révolutionnaire de ne pas céder le pas à ces forces réactionnaires et conservatrices dont le seul et principal souci est de détenir le pouvoir.
Mais le peuple l’a bel et bien exprimé au cours de ses mobilisations: il exige une solution permanente, celle qui assurerait la paix, la justice et la souveraineté.
Rien n’est figé, tout est en constante évolution. Alors donc, il nous faut contribuer à l’affermissement de notre lutte de libération, vu que jamais aucun pouvoir ne se donne en cadeau par l’ennemi, sauf qu’on le prend soi-même de ses propres forces.

Berthony Dupont    Volume: 9 • No. 30 • Du 3 au 9 Février 2016

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