Le bateau de Tabarre s’écroule !

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Le bateau de Tabarre au sol

Par Katiana Antoine*

 

Le monument, peint en rose saumon, situé sur l’artère du Boulevard du 15 octobre, et servant en même temps de séparateur, « Bato a », une œuvre d’art datée de 1994 est tombée en ruine. Pièces métalliques servant de décoration abimées, murs fissurés, ancre brisée et recouverte de rouille, le bateau perd ses éclats artistiques. Les lampadaires qui servaient à le mettre en valeur ne fonctionnent plus.

Pourquoi un bateau au milieu de la route ? « Il y avait un puits au milieu de la route, raconte Garry, un vieillard chenu qui habite la commune depuis des décennies. Lorsque le président Jean Bertrand Aristide voulait lancer les travaux du Boulevard 15 Octobre, il fallait trouver un moyen pour ne pas éliminer le puits ; alors on a décidé de construire le bateau. »

Le monument situé sur l’artère du Boulevard du 15 octobre

Pour certains, le monument n’a pas été seulement construit à des fins esthétiques. Ceux-là croyaient et croient encore que le bateau à une grande valeur mystique. « Lorsqu’un chauffeur passe près du bateau sans ralentir, quelque chose de mal lui arrive après quelques jours », raconte Garry avec sérieux.

En dehors de la protection du puits, la construction du bateau visait initialement à honorer la mémoire de nos compatriotes qui périssaient en mer en fuyant le pays pendant la période du coup d’Etat de 1991. « Ochan pou zetwal ki file nan lanmò lanmè / Hommage aux diplomates de la mer».

Situé à Tabarre 23, à seulement quelques mètres de l’hôtel de ville, non loin de la résidence privée de l’ex-président Jean-Bertrand ARISTIDE et à proximité de sa fondation, le bateau fut érigé après le retour d’exil du président en 1994. Les travaux ont été exécutés par le ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC). Il a été inauguré le 7 avril 1995 par l’ex chef d’Etat haïtien, à l’occasion de la 192ème année de commémoration de la mort en déportation de l’un des pères fondateurs de la nation haïtienne, Toussaint Louverture.

La population de Tabarre considère le bateau comme un bien commun. James, étudiant en Tourisme le décrit comme un véritable point de repère dans la communauté. D’ailleurs, n’était-ce la vigilance de la population, le bateau aurait été déjà terrassé. «L’administration Martelly-Paul avait envoyé des bulldozers pour le démolir sous prétexte de vouloir agrandir la route », raconte-t-il. « L’état de délabrement du monument montre à quel point nous faisons fi des objets de mémoire collective », enchaîne Stanley, étudiant à l’UEH. Laissé à l’abandon, seules les nombreuses photos de candidats affichées dessus, attirent encore l’attention des passants.

Edner THONY, coordonnateur de terrain à la Mairie de Tabarre est conscient que le bateau est dans un état déplorable. La mairie, dit-il, n’a pas les moyens de le réparer. Un argument contesté par Magdala, une infirmière qui habite non loin du monument. Pour elle, le bateau est à l’abandon parce qu’on l’identifie à Aristide.

 

 

 

 

*Étudiante finissante en communication sociale à la faculté des sciences humaines de l’UEH

 

 

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