La mémoire au service des luttes : Martin Luther King Jr.

0
216
Le 11 mai une bombe explose dans l’hôtel où il séjourne et une autre dans la maison de son frère. 

Il y a 53 ans, le 4 avril 1968, Martin Luther King Jr. est assassiné. Pasteur baptiste afro-américain, militant non-violent pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis, pour la paix et contre la pauvreté, il fut l’une des principales figures de la résistance noire. 

Il date lui-même sa première expérience de la ségrégation de ses six ans quand deux camarades de jeux blancs lui disent qu’ils ne sont plus autorisés à jouer avec lui. Entré à l’âge de 15 ans à Morehouse College, une université réservée aux garçons noirs, il obtient le diplôme de Bachelor of Arts en sociologie. Il poursuit ensuite des études de théologie. 

Devenu pasteur en 1953, King s’engage dans la lutte contre la ségrégation. Le 1er décembre 1955, lorsque Rosa Parks, une femme noire, est arrêtée pour avoir violé les lois ségrégationnistes de la ville de Montgomery en refusant de céder sa place à un Blanc dans un bus, il mène le boycott des bus avec l’aide du pasteur Ralph Abernathy et d’Edgar Nixon, directeur local du National Association for the Advancement of Colored People. 

Le boycott dure 382 jours et se termine par une victoire éclatante : la Cour suprême des États-Unis décide le 21 décembre 1956 que la ségrégation est illégale dans les autobus, restaurants, écoles et autres lieux publics. Au cours de cette campagne, il fait face à des menaces de mort et sa maison est incendiée par une bombe le matin du 30 janvier 1956. 

Le 11 mai une bombe explose dans l’hôtel où il séjourne et une autre dans la maison de son frère.

Le 20 septembre 1958, il est poignardé lors du lancement de son livre : « la marche vers la liberté ». Il échappe de peu à la mort. Ses camarades et lui multiplient les protestations non-violentes contre le système de ségrégation du sud connu sous le nom des lois Jim Crow : des sit-in dans les restaurants et bibliothèques, agenouillement de personnes noires dans les églises réservées aux Blancs, marches de protestation pacifique, le tout réalisé pour provoquer des arrestations. Il décrit sa stratégie comme suit : « L’objectif de […] l’action directe est de créer une situation qui provoque un tel nombre de crises qu’elle ouvre inévitablement la porte à des négociations. »

Le 2 mai 1963 commence la « croisade des enfants » sous sa direction : des centaines d’étudiants, lycéens et écoliers sont préparés et entraînés à participer pacifiquement aux manifestations. Ils sont arrêtés de manière violente par la police qui utilise des chiens, mais aussi des jets d’eau à haute pression. Les scènes de violences policières largement relayées par les médias causent de nombreuses réactions internationales. Le 11 mai une bombe explose dans l’hôtel où il séjourne et une autre dans la maison de son frère. 

Le 28 août 1963 fut organisée la marche sur Washington pour exiger : la fin de la ségrégation raciale dans les écoles publiques ; une législation significative sur les droits civiques (incluant une loi interdisant la discrimination raciale dans le monde du travail) ; une protection des militants des droits civiques contre la violence policière ; un salaire minimum de 2 $ de l’heure, pour tous les travailleurs sans distinction. 

Elle regroupe plus de 250 000 personnes et eut un énorme succès. C’est à l’occasion de cette marche que fut prononcé son célèbre discours « I have a dream ». Le 2 juillet 1964 fut promulgué le Civil Rights Act qui interdit les différentes formes de discrimination.

Malgré cette loi, les États du Sud refusent de laisser voter les Noirs. Pour contrecarrer ces mesures illégales, King participe à l’organisation de la marche Selma à Montgomery. Le dimanche 7 mars 1965, 600 défenseurs des droits civiques quittent Selma pour tenter de rejoindre Montgomery, la capitale de l’État, pour présenter leurs doléances au moyen d’une marche pacifique. Ils sont arrêtés au bout de quelques kilomètres au pont Edmund Pettus par la police et une foule hostile qui les repoussent violemment à coup de matraques et de gaz lacrymogène. 

Il traverse alors le pays pour organiser une marche vers le capitole afin de contraindre le congrès de signer une déclaration des droits de l’homme pauvre.

Ce jour sera connu sous le nom de Bloody Sunday et marqua un tournant dans la lutte pour les droits civiques. Martin Luther King jr mène une marche symbolique jusqu’au pont où les manifestants ont été agressés. 3 200 marcheurs partent de Selma le dimanche 21 mars 1965, parcourant 20 km par jour et dormant dans les champs. Le jeudi 25 mars, le nombre de manifestants s’élève à 25 000. C’est pendant ce trajet que Willie Ricks élabora le terme « Black Power ». Moins de cinq mois plus tard, le président Johnson signe le Voting Rights Act accordant le droit de vote sans restriction.

Le 4 avril 1967 il dénonce la guerre du Vietnam et considère le gouvernement états-unien comme « le plus grand pourvoyeur de violence dans le monde ». Il déclare son soutien aux « peuples pieds-nus et sans chemise » du tiers-monde. 

En novembre 1967 il participe à la « campagne des pauvres » qu’il qualifie de « seconde phase dans le mouvement des droits civiques ». Il appelle à l’unité de lutte « des Noirs, des Amérindiens, des Porto ricains, des Mexicains, et même les Blancs pauvres. » pour la justice sociale. Il traverse alors le pays pour organiser une marche vers le capitole afin de contraindre le congrès de signer une déclaration des droits de l’homme pauvre. C’est dans le cadre de la préparation à cette campagne qu’il se rend fin mars à Memphis pour soutenir les éboueurs noirs locaux qui sont en grève depuis le 12 mars afin d’obtenir un meilleur salaire et de meilleures conditions de travail. Le 4 avril, il est assassiné sur le balcon de son hôtel. Ce crime odieux provoque une vague d’émeutes raciales dans 60 villes des États-Unis (125 au total) qui fait de nombreux morts et nécessite l’intervention de la garde nationale. 

300 000 personnes assistent à ses funérailles. 
Repose en paix frère et camarade.

 

Texte : FUIQP et Alain Saint-Victor

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY