La classe ouvrière résiste, exige mais négocie !

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Des ouvriers et ouvrières manifestant dans les rues de Port-au Prince

Alors que le secteur patronal fait le dos rond sur les revendications des travailleurs des usines de sous-traitance au sujet de l’augmentation du salaire minimum journalier à 800.00 gourdes comme le demandent les ouvriers qui actuellement reçoivent pour une journée de travail la pitance de 300.00 gourdes, la classe ouvrière résiste, exige mais négocie.

Ainsi pour la 3e semaine consécutive, des centaines d’ouvriers de différentes usines à Port-au-Prince, Carrefour et dans le Nord-Est flanqués de  leurs organisations syndicales en l’occurrence la Coordination nationale des ouvriers haïtiens (Cnoha), la Platfòm sendikal izin tekstil (Plasit) et le Groupement de syndicats des travailleurs pour la réimportation des assemblages (Grosttra) n’ont pas arrêté de revendiquer depuis le vendredi 19 mai, et ont manifesté les vendredi 26, lundi 29 et le mardi 30 mai pour continuer à mettre la pression sur les patrons et le gouvernement.

Des ouvriers et ouvrières manifestant dans les rues de Port-au Prince

Le lundi 29 mai, la manif avait débuté devant le parc industriel Sonapi pour se terminer jusqu’en face du ministère des Affaires sociales et du travail où les manifestants exigent que le ministre réponde à l’invitation du Sénat haïtien particulièrement celle, insistante, de la Commission des affaires sociales qui a à sa tête le sénateur de l’Ouest, Antonio Cheramy. Le sénateur a dans une conférence de presse annoncé que le ministre se présentera le mercredi 31 mai 2017, en prenant soin de souligner que « le ministre Bellevue ne trouvera pas un autre prétexte, pour bouder la rencontre avec la commission ».

« Notre rôle c’est de permettre que les différents groupes sociaux ouvriers et patrons soient satisfaits. L’État ne peut pas continuer à piétiner les revendications des ouvriers, en protégeant les patrons » ajouta t-il.

Cependant, pour contrecarrer la mobilisation ouvrière, le Ministère des affaires sociales et du travail (MAST), que dirige le ministre Roosevelt Bellevue aurait donné l’ordre à la Pnh de réprimer les manifestants. Des actes de représailles des patrons ont été amplement dénoncés par le coordonnateur de la centrale des travailleurs haïtiens Dominique St. Eloi qui n’a pas manqué de souligner que « plusieurs dirigeants de syndicats ont été révoqués » dans leur entreprise. Près de 50 travailleurs ont été révoqués pour avoir participé à cette mobilisation.

Les travailleurs continueront à occuper les rues le mercredi 31 mai et le jeudi 1er juin 2017 si aucune solution n’est trouvée…

Selon, le porte-parole de la Platfòm sendikal izin tekstil (PLASIT), Télémaque Pierre « Notre mot d’ordre c’était de regagner l’espace des usines, bras croisés, sans travailler », mais il semblerait que certains ouvriers ont repris leur boulot alors que la mobilisation et les revendications restent en vigueur. Bien que le nombre commence à se réduire, les travailleurs continueront à occuper les rues le mercredi 31 mai et le jeudi 1er juin 2017 si aucune solution n’est trouvée, ont fait savoir les protestateurs. Mais, il est certain que même une augmentation de 800 gourdes n’améliorera pas la situation des travailleurs voire le peuple en général. L’augmentation ne sera qu’un calmant, elle ne changera rien puisque la vie chère ne fait jamais marche arrière, elle ne fait qu’augmenter davantage.

Il est déjà bruit d’une proposition de salaire minimum à 350 ou 400 gourdes. Les ouvriers ne doivent en aucune circonstance accepter une telle mystification vue la cherté de la vie. Pourtant Georges Sassine, président de l’Association des Industrie d’Haïti (ADIH), affirme catégorique « qu’une augmentation de 100% ou plus serait totalement inacceptable pour les patrons ». Son collègue André Apaid, réactionnaire authentique, patenté, dirigeant de l’organisation anti-nationale, anti-peuple et pro-impérialiste dénommée « Groupe 184 » va dans le même sens en se montrant même plus agressif.

Des représentants de la Centrale Nationale des Ouvriers Haïtiens (CNOHA) appelle aux ouvriers à continuer d’observer l’arrêt de travail entamé en signe solidarité à ce mouvement visant à contraindre le Conseil Supérieur du Salaire (CSS) à procéder à l’ajustement exigé.

Selon les déclarations du syndicaliste Jean Bonald Fatal, Apaid l’a menacé « qu’il n’y aura pas d’augmentation cette année. Si nou gen grenn, n ap wè si n ap ka monte salè minimòm nan ». Même son de cloche de la part de l’Administration Moise-Lafontant quand le titulaire du Ministère des Affaires sociales Roosevelt Bellevue nous a dit (raconte Fatal) « qu’il ne doit pas y avoir d’augmentation cette année, car on veut créer 300 000 emplois. Sinon, il faut ajouter seulement 10 gourdes ». Proposition du ministre allant dans le même sens de l’autre membre du groupe 184, Clifford Apaid qui lui-même exalte : « Il faut certes améliorer les conditions de vie des travailleurs, mais il faut penser aussi aux chômeurs. Les travailleurs sont minoritaires. Nous voulons qu’ils soient majoritaires. Pour y arriver, il faut donner du travail aux chômeurs ». Aujourd’hui, hélas pour une fois, les bourgeois patripoches pensent aux chômeurs, mais dans la seule perspective de ne pas augmenter le salaire de misère et de honte.

Le Forum Economique du Secteur Privé exprime son inquiétude suite aux manifestations et exprime que « Le Secteur textile qui représente, plus de 80 % des exportations haïtiennes et assure plus de 40 mille emplois directs, est très sensible aux variations de coûts des facteurs de production. La survie des entreprises de ce secteur et le maintien des emplois qu’elles créent sont incompatibles avec la violence et passent par un dialogue social constructif aboutissant notamment à la fixation de salaires raisonnables et à l’aménagement de conditions de travail équitables »

Lévy Milot Félix, président de la Fédération nationale des Travailleurs de la Santé (Fenatras)

Tous les politiciens se disent supporteurs des revendications des ouvriers ; mais ils prennent la précaution de souhaiter que le gouvernement assume ses responsabilités en ouvrant des négociations autour de la question du salaire minimum. Alors que la classe politique demande des négociations entre les ouvriers et le patronat pour éviter que la situation ne dégénère. Une position qui rejoint celle du président Jovenel Moise qui au salon diplomatique de l’aéroport international n’a proposé pour toute solution que le « dialogue » afin de trouver une solution à la crise sur le salaire minimum. « Nous sommes un peuple nous devons œuvrer ensembles pour résoudre dans la concertation le problème » a-t-il souligné. En appelant qu’au Conseil Supérieur des Salaires (CSS) de prendre la décision qui convient à fixer le salaire minimum. Ce conseil de 9 membres composé de 3 membres du gouvernement, 3 du patronat et 3 des syndicalistes, est un conseil inactif puisque trois démissions ont été enregistrées au sein du cette entité. Le syndicaliste et avocat, Me Jean Bonald Golinsky Fatal, vient dans une lettre datée du lundi 29 mai 2017 d’adresser sa démission au ministre des Affaires sociales.

Le Secrétaire général de la Centrale autonome des travailleurs haïtiens (CATH) et Représentant du secteur syndical au sein du Conseil Supérieur des Salaires (CSS) Fignolé St-Cyr, a pour sa part indiqué que les négociations pour une sortie de crise entre le patronat et les syndicats pour une augmentation du salaire minimum de 300 à 800 Gourdes pour une journée de travail sont au « point mort ». Il profite de cette occasion pour annoncer entre autre que son organisation envisage de « porter plainte » contre le gouvernement à l’Organisation internationale du travail (OIT) pour violation de la liberté syndicale des ouvrières et ouvriers des entreprises de sous-traitance.

Ce ne sont pas les négociations qui vont résoudre quelque chose, vu que même quand les syndicats des professeurs ont négocié, pourtant et jusqu’à présent rien n’est résolu alors qu’on est déjà à la fin de l’année scolaire. Beaucoup de lycées restent sans aucun professeur puisque le gouvernement n’a pas respecté ses promesses. Par ailleurs, la Fédération nationale des Travailleurs de la Santé menace d’observer, à partir du 12 juin prochain, un arrêt de travail au niveau des hôpitaux publics du pays a annoncé Lévy Milot Félix, président de la Fenatras du fait que les autorités de l’État ne respectent pas leurs promesses.

Par ces négociations que la classe politique réclame, elle entend par là : que le calme revienne et que le peuple continue à accepter de vivre dans la crasse et dans la saleté.

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