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Les manifestations ouvrières sont une excellente chose. Elles témoignent, non seulement de l’éveil de notre classe ouvrière opprimée, exploitée et méprisée, mais aussi du travail prolongé et héroïque des militants ouvriers (February 17, 2022. REUTERS/Ralph Tedy Erol)

Les manifestations ouvrières de Port-au-Prince, de Caracol et de Ouanaminthe (Wana pour ceux qui connaissent et aiment) sont une excellente chose. Elles témoignent, non seulement de l’éveil de notre classe ouvrière opprimée, exploitée et méprisée, mais aussi du travail prolongé et héroïque des militants ouvriers, qui est au-dessus de tout éloge.

En effet, le mouvement ouvrier s’attaque directement aux racines de l’oligarchie parasite dominante dans notre pays: l’exploitation économique par l’extraction du profit, et la domination politique qui en est la condition nécessaire, quoique non suffisante. Ce par les réclamations d’augmentations de salaire et la disruption du processus de travail. Et aussi par la contestation de “l’ordre social” qui est l’une des conditions préalables du bon fonctionnement de l’exploitation du travail et de la domination politique oligarchique, qui n’est en fin de compte qu’une forme locale de la domination du capital sur le travail, donc une simple branche du Pouvoir Pâle.

Cependant, la lutte Haïtienne n’est pas seulement celle d’une classe (le prolétariat) contre une autre (l’oligarchie). Elle est aussi, et à mon avis surtout, une lutte de libération nationale à laquelle participent plusieurs classes, les classes opprimées, contre un ennemi commun, l’oligarchie parasite, patripoche, et ses commanditaires étrangers. Et pour mener cette lutte, il faut une union nationale englobant toutes les victimes de l’oppression et de l’exploitation, mais excluant les oppresseurs, leurs alliés, et leurs esclaves volontaires. Pas l’union bouyi vide des Accords-trahison, mais l’Accord de tous les opprimés.

Cette lutte est aussi culturelle. Il faut combattre à tout prix le wete nanm que véhiculent les médias impériaux et oligarchiques, et notamment celui qui consiste à arracher de notre peuple son Histoire et celle de sa race, pour les remplacer par des exemples tirés, hors de leur contexte historique, de certaines parties (celles qu’on veut) de la Bible. Il est renversant de constater que bien des jeunes connaissent de nos jours mieux certains versets d’une certaine traduction de la Bible que leur propre histoire de peuple. Et, bien sûr, ils ignorent tout de la véritable Histoire du Moyen-Orient antique, car on ne leur a “enseigné” qu’un peu de ce qu’en dit la Bible – donc absolument rien de scientifique : des mythes datant d’avant l’invention de la science historique, qui peuvent avoir des racines réelles, mais sont vus et exprimés de manière pré-logique, magique…

la lutte Haïtienne est aussi une lutte de libération nationale à laquelle participent plusieurs classes

Je suis proprement renversé d’entendre des adultes confondre le Concordat de Damiens (1791) entre les affranchis et les colons, et celui de 1860 entre le gouvernement de Geffrard et le Vatican, Christophe Colomb et Henri Christophe, ou placer des faits qui ont eu lieu dans les années 1800 au XXe siècle, donc dans les années 1900. Et d’entendre des analyses politiques qui ne remontent qu’à 1990 ou 1995, alors que notre pays est victime d’un processus d’isolement et d’agression au moins bicentenaire, dont l’avant-dernière étape date, pour moi, du 28 août 1915, et la dernière, la plus désastreuse, du 22 septembre 1957…

“Ceux qui ne connaissent pas l’histoire sont condamnés à la revivre” a dit un philosophe. Les jeunes ont toujours tendance à croire que l’Univers est apparu le jour de leur naissance. Seule la connaissance de l’Histoire peut les détromper, et leur faire comprendre qu’elle est un processus, pas une photo. Lorsque l’on sait ce que l’on a fait à notre peuple dès son arrachement à l’Afrique, et continue de lui faire, l’on se rend compte que nous sommes les produits d’une sélection artificielle impitoyable, par le fer, par le feu, par les maladies importées, et par la faim. Et si nous persistons à exister en tant que peuple, c’est parce que seuls ont survécu ceux (et celles!) qui pouvaient survivre à tout, et dont on ne pouvait se débarrasser qu’en les assassinant.

Si nous jetons nos regards sur le passé, sur ce qu’il a fallu entreprendre pour nous porter à notre situation présente, nous nous enorgueillirons du titre d’Haïtiens, nous trouverons en nous-mêmes de nouvelles forces pour le soutenir, et nous pourrons avancer sans crainte, que pour avoir opéré ce que nous avons fait, nous ne pourrions être des hommes ordinaires.

(Alexandre Sabès, dit Pétion, Président d’Haïti de 1807 à 1818)

Laissons les assassins, les voleurs, les violeurs, les sousoucrates, les lâches et les sacs à dollars verts blablater de leurs bouches folles. Parce que notre existence, à elle toute seule, tient du miracle, nous sommes parmi ce que l’Humanité a engendré de meilleur, et nous en porterons une nouvelle fois témoignage, que les oppresseurs et les exploiteurs du pauvre monde le veuillent ou non.

P.S.  Les héros meurent rarement dans leur lit. Mais “Les peuples sont des arbres, ils fleurissent à la belle saison,” (Jacques Stéphen Alexis, romancier torturé et assassiné, descendant de Jean-Jacques Dessalines). IN MEMORIAM…

 

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