Encore un peu d’effort, monsieur le président

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Cette photo exprime très clairement la vraie attitude du président face au corona virus. Il a l’air de dire : « sa w vle m fè ? »

Il ne faut pas totalement désespérer des gens, de certaines gens dont on voudrait croire qu’elles n’ont jamais eu d’humanité, et peut-être qu’elles n’en auront jamais.  Mais voilà qu’un miracle s’est opéré sous nos yeux, et en vérité Manno Charlemagne avait raison : « Mirak konn fèt gwo lajounen ». Eh bien oui, Jovenel, « notre » président, dans un grand élan d’humanité, a eu la lumineuse idée de former un Groupe de travail (Task Force, pour faire english et à la page) pour endiguer, en Haïti, le mal du siècle, le mal coronal, le mal viral, le mal bossal, parfois fatal, connu sous le nom abbréviatif de COVID-19.

Assurément, même avec la mauvaise foi « la plus pire », comme dirait un loustic de mes connaissances, on ne peut qu’applaudir à cette taskante initiative, cette heureuse idéance du premier mandataire de la nation, encore que l’on ne puisse absolument écarter la possibilité que l’idée de former une Task Force ne lui ait été dictée, nuitamment, par une certaine ambassade aux cinquante étoiles conseillères. Ne dit-on pas que ‘‘le mal existe’’ ?

Mais, il y a encore un peu d’effort à faire monsieur le président, un très grand effort devrais-je dire, encore que personne n’aimerait vous voir succomber sous le poids d’un trop lourd fardeau à porter par votre frêle constitution physique, vous qui avez l’air, en effet, d’un chèchkobanza. Allez-y, lentement, mais sûrement. Chi va piano va sano, dit la sagesse italienne. Pianotez, mais gardez-vous bien de trompetter. Gardez-vous de vos habituelles tambour-battances. Allez-y donc piano, et encore une fois pas de trompettes, fussent-elles même pareilles à celles de Jéricho, d’autant que la malfaisance covidée est une muraille invisible.

Monsieur le président, on est à se demander combien de taskistes feront partie de ce groupe de travail. Certains craignent que vous ne pensiez à une tâche qui soit herculéenne susceptible d’embaucher une vingtaine de personnes. Grands dieux ! Ça en ferait des mecs et des becs à satisfaire, des écuelles à remplir. Imaginez ! Voitures, chauffeurs, gazoline, bons pour magasins de luxe, bons pour bonbons étrangères (merci, Maurice Sixto), avantages barbe et moustache, bref, une ambiance de semi-oisifs qui « travailleront » de 10 à 3 san anyen pa janm regle.

Ce monde devra assurément avoir un gras salaire. C’est le moins que vous puissiez leur offrir. J’en vois déjà qui se trémoussent à l’idée que cette maladie covidieuse pourrait bien durer quelque dix-neuf semaines, environ cinq mois. Ça fera un joli magot. Et comme c’est vous, monsieur le président, le concepteur, le grand penseur, l’accoucheur de la formidable idée d’une Task, en toute honnêteté, en toute justice, chaque taskiste devrait se sacrifier et consentir à partager son salaire avec vous à hauteur, disons, de 10% pour être juste. En vérité, j’adore l’idée que j’ai empruntée à Youri Latortue, un spécialiste des « sacrifices et partages » volontaires, l’homme du 30%.

Monsieur le président, on s’inquiète de savoir comment seront choisies ces « compétences » devant former votre fameuse Force de travail. Auront-elles seulement le visage hideux de ces PHTKistes au long groin,  avides de pateaugeance dans les caisses du pays, « vides » depuis Martelly ? Allez-vous diversifier les couleurs, politiques j’entends ? Y aura-t-il beaucoup d’aganman de l’opposition dite modérée à être appelés mais qu’il y aura peu d’élus ? Soyez équitables, ne vous livrez pas en pâture aux médias d’opposition, ils vous déchireront pakanpak pour partialité, cécité et surdité. Soyez grand, aussi haut qu’un pye palmis.

Monsieur le président, vous n’avez manifestement jamais connu les affres de l’inquiétude. Autrement, vous auriez été à l’écoute de la population inquiète de savoir quel suivi a été fait avec toutes ces personnes arrivées récemment au pays, quel travail méthodique, scientifique de dépistage a été entrepris pour déterminer quels contacts elles ont pu avoir, où se trouvent-elles à présent, sont-elles en confinement, bref, on est inquiets. Ne dit-on pas que enkyetid fè moun chèch nan tèt ? La chèchté de votre propre crâne devrait être bonne conseillère et vous inciter à demander aux taskistes que ce soit là leur première tâche : dépister et trouver. Car, en vérité, je vous le dis, 77 fwa et 7 fwa, la population se sent bafouée, flouée, trahie, d’autant que l’on vous connaît comme le loup blanc du mensonge.

Alors que la population vit à l’indicatif présent d’incertitudes et de relative panique, vous conjuguez vos verbes au futur du mensonge : « Les médecins de l’armée, les médecins de la police nationale, les étudiants finissants en médecine, les médecins retraités, les épidémiologistes, les infectiologues, les pneumologues, les pharmaciens…seront mobilisés…, il y aura tous les jours une émission avec des autorités et des spécialistes pour informer la population du coronavirus… Des programmes de sensibilisation seront mis en place dans les établissements scolaires à travers les professeurs et dans les marchés publics ». Ou tande bèf

Toutefois, je dois avouer, et c’est à votre honneur (le peu qui vous en reste), vous avez été moins imprudent que votre écervelée de ministre de la Santé publique, Marie Gréta Roy Clément. Tout de go, l’inexpérimentée dans le bluff à tout va, a parlé de la disponibilité de 200 lits à travers le pays pour admettre les éventuels contaminés. Comme vous savez qu’il n’y en a que très peu, le vyewe que vous êtes a préféré dire qu’il y a beaucoup de lits disponibles (sic) et des espaces (resic) de mise en quarantaine disponibles dans le pays. Combien ? Où ? Secret de toubib ? Secret d’« ingénieur » ?  On n’a même plus droit aux polichinelleries habituelles…

            En ce qui a trait au confinement, confinez-vous, vous et l’équipe taskiste, au strict nécessaire, à ce qui est vraiment utile. De grâce, ne vous embarquez pas dans le granpanpan, dans le grandizè, dans le grandiseurisme, une forme de stupide amateurisme. Car, même en France, un pays censé bien organisé, la gérance du confinement s’est révélée être un problème majeur, une covidarde emmerdance, un casse-tête, pas précisément chinois, mais bien une tracasserie d’une déroutante hexagonalitude. Encore un peu d’effort, monsieur le président, pour mener à bien le combat contre ce virus anraje. Bonne chance à votre équipe taskiste dans sa tâche confinante !

Un analyste politique dont le nom m’échappe et qu’on ne saurait caractériser d’extrémiste a récemment opiné à propos des démarches et initiatives de la présidence relatives à la coviderie en cours. A son avis, ce n’est que du ‘‘copiage’’ de ce que font les autres. Il n’y voit aucune originalité, aucune adaptation à la réalité du pays. Vous, monsieur le président, vous seriez alors comme un mal adapté, un sous-adapté, un mal ajusté à une urgence qui réclame une bonne dose d’haïtienne adaptation au mal covidien qui répand la terreur.

Parlant de terreur, il vous faut faire encore un peu d’effort, monsieur le président, car la population vit toujours à l’ombre menaçante de meutes kidnappantes, rançonnantes, parfois homicidantes. Des rumeurs, vraies ou fausses, mais persistantes, veulent que même si vous n’avez pas  les mains trempées dans la kidnapperie, vous avez au moins un doigt, un index qui indiquerait (notez le conditionnel) la route à suivre pour arriver droit au but, au bout de la démarche kidnappante. Vous devez faire cesser la rumeur, qui verrait (notez encore le conditionnel) en vous un soutireur de malveillanceries. Un homicide envoie certes ad patres, mais un digicide est douloureux, et peut entraîner une hémorragie qui vous mette à deux doigts de la mort. Une affaire assurément toute digitale.

Et pour terminer, monsieur le président, il ne faudrait pas que le virus covidé vous conduise à vider la question pétrocaribéenne de sa substance essentielle : le jugement des coupables de corruption criminelle. Dans cette perspective vous devrez vous mettre en quarantaine politique, vous et tous les autres pétroïdes épinglés par le rapport de la Cour supérieure des comptes. Encore un peu d’effort à attendre ce que vous réserve une justice équitable et responsable. Nous ne la voudrions sûrement pas expéditive.

Nous souhaitons bonne chance à votre ‘‘Task Force’’. Faites un peu d’effort pour que ses membres ne fassent pas trop durer le plaisir de leur sinécure, parce que se sa l pra l ye. L’os que vous allez leur donner à sucer s’annonce moelleux. Rares sont ceux qui n’abuseraient pas de la moelleuse manne tombée de vos mains charitables…

Et telefòn, ne lâchez pas. A la revoyure.

22 mars 2020

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