Document pour l’histoire sur la célébration des 200 ans d’indépendance d’Haïti

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Magali Comeau-Denis

Déclaration de principe sur le Bicentenaire

Pétition rendue publique le 30 septembre par des intellectuels-elles, artistes et éducateurs -trices haitiens-ennes autour de la célébration des 200 ans d’indépendance d’Haïti.

L’année 2004 est proche et ramène le 200ème anniversaire de l’indépendance de la République d’Haïti. Nous, artistes, écrivains(nes), intellectuels-elles, éducateurs-trices, signataires de la présente déclaration, conscients de la portée de cet événement tant sur le plan national que sur le plan universel, tenons à exprimer notre vision et notre position par rapport aux manifestations qui auront lieu en la circonstance.

L’indépendance d’Haïti réalisée en 1804 est le résultat d’un ensemble de luttes entreprises à Saint-Domingue contre l’esclavage. Cet événement a entraîné toute la chaîne des abolitions au cours du XIXe siècle dans la région Caraïbe et latino-américaine et représente une date de première importance dans l’histoire universelle en tant que moment d’application concrète des principes d’égalité et de liberté.

Nos inquiétudes sont grandes devant l’orientation que le gouvernement haïtien actuel est en train de donner à la célébration officielle du Bicentenaire de notre indépendance. En effet, ce gouvernement travaille aujourd’hui à canaliser toute l’attention de la communauté internationale et des personnalités étrangères intéressées par le Bicentenaire vers une campagne de propagande aux fins de légitimation d’un pouvoir usurpé et reconnu aujourd’hui comme despotique et totalitaire, négateur des principes et des valeurs à la base de la révolution haïtienne.

A trois mois de la célébration du Bicentenaire de la République d’Haïti :

1) Les démarches de réparation et de restitution ne constituent aujourd’hui qu’une tentative désespérée du pouvoir pour faire diversion par rapport à ses propres responsabilités et trouver un bouc émissaire en couverture à son échec. Nous reconnaissons la nécessité d’une réflexion, d’un dialogue voire d’une action à venir à la mesure de la complexité de ces notions. De telles démarches ne peuvent être envisagées qu’entre partenaires responsables partageant les valeurs fondatrices de liberté, d’égalité et de respect de la personne humaine. La dérive totalitaire, l’incompétence et la corruption qui caractérisent l’actuel gouvernement le disqualifient en ce qui a trait à la conduite de cette procédure.

2) Les conditions d’existence révoltantes de huit millions d’haïtiens et d’haïtiennes ne font que se détériorer, face à l’incapacité et l’inaction d’un gouvernement qui dilapide, gaspille les fonds publics et détruit la structure administrative. De plus, ce gouvernement installe à dessein la société haïtienne dans l’insécurité aux seules fins de se perpétuer au pouvoir : les vols, les viols, les disparitions, les harcèlements et les assassinats sont en effet le lot quotidien de la population.

3) Tandis qu’une vingtaine de journalistes ont été contraints à l’exil, l’assassinat de deux d’entre eux est resté impuni alors que, dans l’un des cas, les meurtriers, partisans du gouvernement en place, ont publiquement revendiqué leur crime et continuent à fanfaronner sans avoir jamais été appréhendés. Ces mêmes partisans continuent de maintenir les journalistes et les organes de presse indépendants sous la menace constante de leurs violences.

4) Le pluralisme politique est systématiquement refusé par l’actuel gouvernement. En témoignent la mise à sac et l’incendie des locaux de la plupart des partis politiques de l’opposition et les arrestations arbitraires régulières et les disparitions de militants et de militantes politiques. Cela malgré les prescrits de la Constitution, malgré les protestations de tous les secteurs de la vie nationale répercutées dans la résolution 822 de l’Organisation des Etats Américains (OEA).

5) Enfin le droit à la libre circulation des hommes et des femmes n’est pas reconnu. Certaines portions du territoire sont officiellement interdites aux partis politiques de l’opposition et aux organisations de la société civile.

Face à cette dérive totalitaire, nous, artistes, écrivains(nes), intellectuels-elles, éducateurs-trices

* Déclarons refuser de nous associer à des célébrations officielles à travers lesquelles le gouvernement ne vise qu’à rechercher une impossible légitimité. Ne pas nous associer au gouvernement, ce n’est pas nous opposer à l’unité haïtienne, c’est au contraire la défendre.

* Invitons le peuple haïtien et les institutions et personnalités étrangères à ne pas se prêter aux manipulations et aux tentatives de séduction du pouvoir tyrannique établi actuellement en Haïti. Il serait dommage que ce pouvoir puisse à l’avenir se prévaloir de la passivité de ses victimes et/ou de l’appui de personnalités et d’institutions étrangères dont l’action, fondée sur une intention bienveillante, ne viendrait que le sortir de l’isolement auquel l’Histoire et le peuple haïtien qu’il martyrise entendent bien le condamner.

Fait à Port-au-Prince le 29 septembre 2003

Suivent les signatures.

Claude-Henry Accacia
Michel Accacia
Gesner Armand
Jean-Claude Bajeux
Anthony Barbier
Jessy Ewald Benoit
Pierre Buteau
Jean Casimir
Georges Castera
Suzy Castor
Syto Cavé
Amos Coulanges
Jean Coulanges
Magalie Comeau Denis
Patrice-Michel Derenoncourt
Max Dominique
Franck Etienne
Marie-André Etienne
Jude Charles Faustin
Jean-Claude Fignolé
Reynold Guerrier
Michel Hector
Reynold Henry
Laënnec Hurbon
André Lafontant Joseph
Frandley Denis Julien
Dany Laferière
Yves Lafortune
Yanick Lahens
Ricardo Lefèvre
Danièle Magloire
Jessy Manigat-Chancy
Daniel Marcelin
Gérard Mathieu Junior
Miriam Merlet
Jean Métélus
Marc-Ferl Morquette
Jean Michel
James Noel
Raoul Peck
Claude Pierre
Michèle Pierre-Louis
Vogly Pongnon
Emelie Prophète
Guy Régis Junior
Jacques Roche
Wooly Saint-Louis
Paul   Saint-Preux
Amilcar Similien (Simil)
Michel Soukar
Evelyne Trouillot
Michel Rolph Trouillot
Lionel Trouillot
Gary Victor
Alphonse Henri
Alphonse Mahé
Amazan Félix C. Antoine
Arthus Weln-Webert
Auguste Lody
Azor Jean Gérald
Baron Paul
Bloncourt Géraki
Bolivar Faubert
Bonicet Arthur Jovial
Bob Bovano
Brax Jean Pierre
Bruns Hans Christophe
Byron John Picard
Cassis Gérald Junior
Chéry Pierre Michel
Dalembert L. Philippe
Démord Marc
Danis Jean Craft
Day Tom M.
Dennis Jules
Descollines Abel
Désir Géralda
Docteur Carltz
Dominique Estive
Esper Genneviève
Estinvil Molière
Etienne F. Natacha
Etienne Gérard
Eustigène Eugène
Exile Philippe
Galegory Pierre
Jacob Frantz
Jacques Moise
Jean-Poix Hérold
Joseph Frantz Pierre
Joseph Jean Junior
Joseph Yvener Foshter
Killick Ray
Lafeur Lourdes
Laplanche Sheilla
Loiseau Gérald
Louis Marc Antoine
Louis Martinel
Ira Lowenthal 
Ludet-Paul Karolyn
Maritou Dupoux
Marcova Irina
Mengual Yolette
Méristil Jean Fritz
Merlet Noel Anaise
Métellus Magny
Mondé Frantz Robert
Monestime Carmelau
Numas Patrick
Olivier D.
Opont Pierre-Louis
Ouret Benoit
Paul Firmin H.
Péan Jean Marie
Perreira Roger
Philomé Rochert
Pierre Martine
Pierre Oldama Pierre
Pierre Wagner
Pierre Louis Serge
Poncha Françoise
Roy Gilberte
Sainvil A. Euguy
Sam Marlène
Sassine Georges Barau
Sassine Gilles
Saintilaire Camille D.
Smarth Luc
Stephensonn Roberto
Tardieu Patrick D.
Yacinthe Claude

Le Nouvelliste
1er octobre 2003



Note de presse du Collectif Non

NON, Collectif d’artistes et d’intellectuels pour la défense des libertés lance un appel urgent à la presse internationale pour qu’elle informe la population mondiale des massacres en cours dans la ville des Gonaïves. En effet, depuis plus d’un mois, les forces gouvernementales ont lancé une offensive féroce contre la population de la ville de Gonaïves et du quartier de Raboteau en particulier. La présence de forces étrangères renforce l’atmosphère de terreur. L’accès aux centres de santé est interdit aux blessés. La ville où s’est tenue la première célébration de l’indépendance de la première république noire le ler janvier 1804, se retrouve aujourd’hui assiégée avec l’aide de militaires étrangers à la veille de 2004.

Devant l’urgence de la situation, le Collectif NON exhorte la presse internationale à soutenir la cause de la liberté en aidant à dévoiler les massacres perpétrés contre la population des Gonaïves et de Raboteau, avec la complicité active, tacite ou indifférente de certains gouvernements étrangers.

L’opinion publique internationale doit être informée de ce qui se passe en Haïti et aux Gonaïves en particulier. En accord avec les organismes de défense des droits de l’homme et du citoyen et les organismes d’aide humanitaire, les membres du collectif sont prêts à témoigner de l’ampleur des tueries. Chaque jour, un nombre de personnes sont massacrées dans cette ville où le gouvernement actuel, entend contre la volonté d’un grande partie de la population, célébrer le bicentenaire de l’indépendance d’Haïti, après avoir foulé aux pieds tous les idéaux de l804. Nous demandons aux médias étrangers de nous aider à arrêter le massacre. N’attendons pas que le génocide soit accompli pour en faire le bilan.

Pour authentification

Syto Cavé
Magali Comeau-Denis

AlterPresse, 30 décembre 2003

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