Home Editorial De Franklin Delano Roosevelt à Donald Trump : Haïti résiste toujours !

De Franklin Delano Roosevelt à Donald Trump : Haïti résiste toujours !

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La résistance haïtienne, face au rôle pernicieux et réactionnaire joué par l’impérialisme américain, ne capitulera pas. Ce n’est pas aujourd’hui ni d’hier que les États-Unis cherchent à nous mettre à genoux, visant même à anéantir la première nation noire libre de l’hémisphère. Ils emploient tous les moyens pour nous entraver, par le fait d’avoir osé dire non à l’esclavage et à la colonisation. Ils ne cessent de nous accabler, nous empêchant de vivre en paix. S’agit-il de la dette que nous payons encore et toujours, à l’instar de celle qui nous fut imposée par le roi Charles X en 1825? Cette véritable rançon exigée par la France après que nous eûmes vaincu l’armée française de Napoléon Bonaparte et accédé au rang de deuxième nation indépendante et souveraine des Amériques. Les États-Unis n’ont jamais vu d’un bon œil notre sortie du système colonial occidental.

En effet, au moment de l’investiture du président esclavagiste Thomas Jefferson en 1801, le peuple haïtien menait déjà une révolution antiesclavagiste dans cette partie du monde. Est-il encore nécessaire, aujourd’hui, de s’interroger sur les intentions réelles des États-Unis vis-à-vis d’Haïti, alors qu’ils dominent la vie politique du pays ? Une domination qui maintient Haïti dans la pauvreté, la subordination et une instabilité permanente. Bien que les États-Unis aient reconnu l’indépendance d’Haïti tardivement, en 1862, l’abolitionniste Frederick Douglass, qui fut plus tard, ambassadeur des États-Unis en Haïti, faisait remarquer en 1893 : « Tant que l’esclavage a existé chez nous, l’exemple d’Haïti a été une épine douloureuse dans notre flanc. » Même après l’abolition de l’esclavage, les Américains ont continué à maltraiter Haïti, mus par la crainte que la liberté haïtienne ne devienne contagieuse. « En luttant pour leur propre liberté, ils luttaient pour la liberté de tous les Noirs à travers le monde », redoutait Jefferson.

Dès lors, l’objectif est devenu la destruction à petit feu, l’élimination si possible de cette nouvelle nation dont l’existence même constituait un symbole vivant d’une revendication jugée à la fois dangereuse et intolérable par Washington. C’est ce constat amer qui les a conduits, en 1914, à prendre le contrôle de la Banque nationale d’Haïti (Banque centrale) et à dérober la totalité de nos réserves d’or, pour les transférer à la Citibank, à Manhattan. Un an plus tard, ils envahirent le pays suivi d’une occupation militaire qui allait durer 19 ans. C’est dans ce contexte que Franklin Delano Roosevelt définit cette stratégie américaine à l’égard d’Haïti : « Il faut constamment dresser les va-nu-pieds, les dépossédés, contre ceux qui portent des chaussures, et les pousser à s’entre-déchirer ; c’est le seul moyen pour nous d’assurer notre domination sur cette nation noire qui a conquis son indépendance par la force des armes. Cela constitue un très mauvais exemple pour les 28 millions de Noirs vivant en Amérique. »

Cette déclaration ne devrait être jamais oubliée, elle ne saurait également être prise à la légère. Car, elle est la prémisse de ce qui allait se passer en Haïti au cours de ces deux siècles.  Cette guerre annoncée devrait servir de cri de ralliement pour renforcer notre détermination face à cet ennemi perfide et rusé. Surtout, les relations d’Haïti et les États-Unis sont marquées par une histoire jalonnée d’interventions politiques, d’occupations militaires et de coups d’État sanglants, visant à renverser des régimes qui ne leur conviennent pas. Les administrations américaines qu’elles soient démocrates ou républicaines, incluant celles de Bill Clinton, Barack Obama, Donald Trump ou Joe Biden, tout en exploitant à leur guise toutes nos ressources, ont constamment suivi la voie tracée par Franklin Delano Roosevelt dans leurs politiques d’ingérence et de déstabilisation d’Haïti.

Cela vaut tant pour leurs décisions économiques que pour les propositions controversées avancées durant leurs mandats respectifs. Il faut également mentionner les actions des présidences Bush (père et fils), marquées par deux coups d’État sanglants en 1991 et 2001 ainsi que la politique de Bill Clinton, qui a saboté la production rizicole haïtienne en contraignant Haïti à supprimer les droits de douane sur le riz. Il convient aussi de souligner le mépris dont Barack Obama a fait preuve à l’égard de la première nation noire indépendante. Obama, a été le premier président afro-américain de l’histoire des Etats-Unis. Il a fait deux mandats consécutifs à la Maison blanche. Pourtant, il n’a jamais jugé utile de se rendre en pèlerinage au pays qui, le premier, a redonné la dignité au peuple noir et où les Nègres se sont mis debout. Le symbole d’un Obama devant la statue de Toussaint Louverture sur la terre de Dessalines aurait été fort.

Quant à Joe Biden bien avant de devenir président, alors qu’il était sénateur, il déclarait en 1994, sans la moindre nuance que « si Haïti sombrait tranquillement dans les Caraïbes ou s’élevait de 300 pieds, cela n’aurait pas grande importance pour nos intérêts ». Plus récemment, Donald Trump, au-delà des propos insultants tenus à l’égard d’Haïti, a donné, le mardi 27 octobre 2026, « Carte blanche » au président salvadorien, Nayib Bukele, pour promouvoir le projet « Bouclier des Amériques » (Shield of the Americas), qui prévoit le déploiement de plus de 2 000 soldats en Haïti, traitant ainsi le pays comme une simple base opérationnelle à sa disposition.

Cela explique sans doute pourquoi, sur une carte des Amériques récemment présentée par Trump, Haïti apparaissait aux couleurs du drapeau américain. Le déploiement d’une force militaire en Haïti par Bukele agissant en tant que sous-traitant des États-Unis est salué par la bourgeoisie haïtienne, par des réactionnaires avérés comme André Michel, chef du parti politique « Secteur démocratique et populaire » (SDP), ainsi que par des ignorants ne maitrisant pas la réalité politique. Toute cette entreprise relève de l’extorsion et sonnera davantage le glas du pays. A l’instar d’un Abinader, Nayib Bukele n’est autre qu’un instrument docile, un second couteau opportuniste réalisant la stratégie laborieusement mise au point par Trump et Rubio pour éliminer tous ceux qui résistent à leurs diktats, tous ceux qui s’opposent à leurs desseins hégémoniques dans les Caraïbes et sur le continent.

C’est un moyen de massacrer la population au nom d’une guerre contre des groupes armés. Aujourd’hui, c’est Haïti ; demain, ce pourrait être Cuba, le Mexique, etc. L’on peut être contre les groupes armés et s’opposer à cette occupation d’Haïti par l’armée du Salvador. C’est une nouvelle gifle pour la classe politique et une nouvelle honte pour l’élite haïtienne au XXIe siècle. Le régime fantoche du Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé cherche à plaire aux ennemis du pays. Ce faisant, il s’assure que l’impérialisme américain continuera de le maintenir au pouvoir, en dépit de toute absence de légitimité, voire du bon sens. Par ailleurs, tout comme ce fut le cas à Punta Del Este, en Uruguay,  Haïti a omis de soutenir Cuba lors du récent vote aux Nations Unies concernant l’embargo américain. Une fois de plus, la classe dirigeante, fossoyeuse de la nation a démontré qu’elle ne défend ni les intérêts ni les aspirations du peuple. Toutes ses actions sont vouées aux poubelles de l’histoire, car elles n’aboutissent qu’à satisfaire les désidératas d’un État prédateur comme les États-Unis. Rien de positif ne peut venir de ce pays, ni même d’un nain comme Le Salvador.

C’est à vous, peuple haïtien dans l’unité de la classe des opprimés, des exploités et ce qui reste de patriotes qu’il revient de transformer votre propre existence, marquée par des menaces existentielles qui persistent depuis l’époque de Franklin Delano Roosevelt jusqu’à celle de Donald Trump. La résistance doit être maintenue et intensifiée avec davantage de force, de détermination et de radicalité, dans l’esprit des « Cacos », en ce 107e anniversaire de l’assassinat de Charlemagne Péralte par les envahisseurs américains. Nous devons lutter pour démonter cette nouvelle conspiration qui se manifeste par le déploiement illégal et agressif de ce Corps expéditionnaire salvadorien sur notre sol, la terre de Capois-La-Mort, de Henry Christophe, d’Alexandre Pétion et bien entendu de Jean-Jacques Dessalines, le Père Fondateur de la Patrie. Puisse cet affront servir de catalyseur à un vaste mouvement contre le cynisme grotesque de la classe politique haïtienne et de son allié naturel : l’impérialisme américain.

 

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