Coup de théâtre ou coup de force?

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Le pays se trouve devant un fait accompli. Le Conseil Électoral Provisoire tient mordicus à sa décision de procéder au second tour des présidentielles avec un seul candidat, et non des moindres, celui du pouvoir rejeté par la population. Cet acte plus qu’arbitraire et illégal ne correspond en rien aux méthodes d’actions démocratiques ; mais  bien à une provocation inouïe. C’est un vaste complot pour empêcher la libération réelle du peuple haïtien au mépris des principes les plus élémentaires de la morale et du droit.

Il faut l’avouer, le pays est en train d’être pris en tenaille par l’empire,  et cette tentative de noyer le poisson en reportant la date du deuxième tour n’a rien d’un coup de théâtre, d’autant que cette petite ile représente aux yeux des grandes puissances exploiteuses un enjeu stratégique. L’impérialisme voit dans notre pays une espèce de réserve qui lui permettra de poursuivre l’oppression et l’exploitation, le pillage de nos richesses et surtout de nos matières premières, autant  d’éléments déterminants qui expliquent la situation dramatique existant actuellement.

C’est une menace permanente qui pèse sur Haïti, et il est en train de se concocter une grande et dangereuse conspiration contre la nation.  Les complicités dont disposent ces fauteurs de guerre sont proprement surprenantes et nous ne devons jamais oublier que ces forces réactionnaires sont capables de tous les crimes.

L’impérialisme veut nous infliger une leçon afin de nous faire savoir qu’il n’accepte jamais que l’on contredise sa volonté. C’est dans cette optique qu’il nous prépare un coup de force machiavélique afin de nous imposer la continuité dans la corruption,  ses mercenaires aidant. Conscient qu’il est en train de perdre du terrain, il a lancé cette offensive faisant une fois de plus passer ses intérêts avant ceux des masses populaires.  En cette période de renouvellement des personnalités politiques, il n’essaye de maintenir son influence que par le recours à des pratiques manipulatoires évidentes ainsi que par des procédés particulièrement antidémocratiques. L’empire étant à bout de souffle, ainsi s’explique cet affrontement entre les masses haïtiennes et son pouvoir mal assuré.

Aussi pour en démordre avec l’emprise du pouvoir tentaculaire impérial, il est urgent et impérieux que la pression populaire soit concrète, articulée, organisée autour d’un leadership démocratique fort ;  de sorte que le 24 janvier – ou une éventuelle autre date – la montagne impériale n’accouche que d’une souris. Que cet extraordinaire élan populaire ouvre la voie à un renouveau politique. A ce compte, vu que la balle est désormais dans notre camp, le temps n’est pas aux tergiversations électorales et à l’attentisme stérilisant d’une transition ; mais à organiser une offensive combative.  Il nous faut non seulement nous défendre,  mais renvoyer la balle dans le camp adverse. Le vent de la honteuse corruption électorale sur grande échelle nous est complètement favorable. Il s’agit maintenant de savoir l’utiliser afin que plus rien n’arrête ce processus de mobilisation dont la force dissuasive ne saurait être sous-estimée.

L’ampleur de la crise politique en cours exacerbe un esprit de révolte, capable  de nous libérer définitivement de toute dépendance. Cependant pour traverser ces temps difficiles, un peuple uni et fort est plus que jamais nécessaire, en tant que pôle essentiel et primordial de stabilité sociale. Cela n’entre pas en contradiction avec la volonté d’inscrire les revendications sociales à court terme dans le cadre d’un projet organisé à long terme visant l’instauration d’une société plus juste qui préserve la dignité, la liberté de l’homme et de la femme haïtiens, garantisse leurs droits au travail et combatte toute forme d’inégalité et d’injustice.

Nous  sommes d’autant plus convaincus que les possibilités d’une telle mobilisation existent. Nous ne devons pas camoufler cette vérité. Elles existent parce que les masses populaires sont davantage conscientes des réalités qui les entourent, à un moment où la corruption abyssale du régime et la cupidité croissante de la classe dirigeante ne leur laissent aucun loisir de faire autrement que de boucler la boucle.

En dépit de nos limites et de nos faiblesses organisationnelles et malgré les désillusions, cette unité d’action avec le peuple est plus que jamais une nécessité. Ne serait-ce que par la dynamique qu’elle développerait et les effets positifs qu’elle déclencherait sur la noble cause de la lutte pour le changement.

Que la lutte continue, car la victoire est certaine ! Seules la mobilisation et la résistance contre l’empire peuvent nous garantir l’avenir ! Sont-elles excessives ces exigences dictées par le sens de l’intérêt national ? Assurément pas. En tout cas, hors d’elles, point de salut !

Il est grand temps de comprendre que l’impérialisme ne fait pas de théâtre ! Et sa persistance à vouloir nous contraindre à accepter l’inacceptable coup de force d’un deuxième tour vicié aux mains d’un d’un Conseil Électoral Provisoire décrié et rejeté, n’est autre chose qu’une menace on ne peut plus claire adressée au peuple haïtien par l’empire pour maintenir pérenne son système immoral.

Berthony Dupont Volume: 9 • No. 28 • Du 20 au 26 janvier 2016

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