Corrupteurs, Corrompus et Victimes main dans la main?

0
515

Depuis quelque temps un secteur social, politique  incitait à une campagne en vue d’une manifestation de rue contre la corruption. Elle s’est concrétisée ce mardi 5 décembre. Et elle est le fait de la classe dominante haïtienne qui, subitement, vise à jeter la confusion en déclenchant une opération sinistre et cynique : l’ennemi de classe  lève la tête, passe à l’offensive en invitant le peuple à se rendre dans les rues pour manifester pacifiquement et apolitiquement contre la corruption. Comment peut-on manifester «apolitiquement» contre des détrousseurs des caisses de l’État ?

Quelle farce ! Une sorte d’amalgame dangereux pour rendre tout le monde responsable du pillage et du gaspillage dont sont responsables les dirigeants, comme quoi tout le monde est corrompu et corrupteur. Tout le monde est responsable de ces abus et de ces maux qui ne datent pas d’aujourd’hui ; mais qui restent une constante de la vie nationale. C’est une autre forme de véritable moquerie pour déclarer sans doute que tout le monde est également responsable de l’assassinat de l’Empereur, le fondateur de la Nation Jean-Jacques Dessalines du fait qu’il dénonçait et menaçait les corrupteurs.

Le problème doit être examiné dans une vision plus large de classe.  La lutte contre la corruption doit être un combat sans relâche contre toute tentative de négation des droits des travailleurs pour imposer au peuple la volonté et la loi d’une minorité. Si le pays est désorganisé et si la corruption gangrène tous les rouages d’État et même des institutions privées, ce n’est pas la faute de tous ;  mais bien des trafiquants de toutes sortes de la bourgeoisie qui profite du phénomène de corruption pour vivre aisément et de façon plus insolente dans le luxe ; alors que les masses populaires ne possédant rien  vivent dans la crasse. Sur le plan économique, social, religieux, c’est une oppression et la discrimination d’une classe sur une autre.

A bien comprendre, les corrupteurs et corrompus ne sont que des véritables suceurs du sang du peuple qui est leur victime. La corruption n’est pas simplement piller l’Etat. Beaucoup de ceux  qui aujourd’hui déclarent combattre la corruption,  ne sont en fait que des mercenaires, des agents de tous ordres mélangeant le bien et le mal ; ils participent à toute forme de corruption, qu’il s’agisse de fraude électorale ou autre.

Combien de Clifford Brandt, de Woodly Etheart, amis de Michel Martelly ont été dans les rues lançant des slogans contre la corruption! Combien de malfrats occupant un terrain ou une maison dans le pays qui légalement ne leur appartient pas ; mais qui ont trouvé moyens et complices dans tous les compartiments de la société pour couvrir la forfaiture ! On a vu que cette mentalité de mafia, de délinquance formant une multitude de conspirations, d’assassinats, de coups d’état, de chantages, d’intimidation et d’agressions caractérisées, telles que kidnapping,  s’est manifestée dans les rues ce 5 décembre . La bourgeoisie a mis dans un même panier, corrupteurs, corrompus et victimes la main dans la main lançant ensemble : O voleurs, Barrez ! Ce n’est pas possible. C’est de l’outrecuidance.

Cette manifestation contre la corruption lancée par une infime minorité qui constitue la catégorie sociale la plus indigne qui soit a un objectif bien précis. Il s’agit d’aider à détruire le caractère de classe de la lutte du peuple en noyant ses multiples et justes revendications vitales dans un concept nébuleux qui s’appelle la corruption et dont on ne dénonce pas nommément les coupables, alors qu’on les connaît. Qui pis est, certains partis ou plate-forme frappés de cécité politique et de manque d’analyse du subterfuge ont répondu aveuglément présents à cet appel de la bourgeoisie. Quelle stratégie tragi-comique qui ne tend à rien d’autre qu’à mélanger les bons masques aux mauvais masques sans accuser ni identifier personne !

La corruption n’est-elle pas l’un des principaux instruments du processus de fabrication des inégalités. Pourquoi le Collectif du 4 décembre et les nombreuses organisations de la société civile et du secteur politique appuyant cette démarche fallacieuse n’avaient-ils pas mobilisé leurs troupes quand les ouvriers réclamaient un salaire de 800 gourdes aux patrons. L’orientation et l’alliance de cette société civile n’ont-elles pas toujours reflété pour l’essentiel, les options d’une classe qui sait fort bien que sa survie dépend de la contrebande, du pillage, de l’exploitation des masses sous la protection des forces impérialistes dont elle est le sous-produit ?

Faut-il rappeler que cette société n’avait pris aucune décision de principe sous le gouvernement de Michel Martelly où l’appareil d’état a trahi toutes les aspirations légitimes du peuple ; alors qu’au contraire elle le supportait dans toutes ces démarches corruptrices et pourries ?

Le fond du problème ne serait-il pas cependant encore ailleurs ? La corruption n’est pas un fantôme comme veulent nous la vendre la société civile hypocrite et le Collectif du 4 décembre qui s’en accommodent dans l’espoir de tromper tout le monde. Certains acteurs du scandale de la corruption sont bien vivants et présents dans le pays. Sont-ils actuellement emprisonnés pour corruption ? Non, loin de là !

Au Venezuela, dans le but de combattre un réseau de corruption au sein de Petrozamora, des enquêtes ont mené à l´arrestation le 1er décembre 2017 de 16 dirigeants et fonctionnaires de Pdvsa ((Petróleos de Venezuela SA), et le 3 décembre, à  la détention de l´ex-ministre du Pétrole, Eulogio Del Pino. Voilà un exemple concret de lutte contre la corruption !

Face à cet assaut concerté pour détourner l’attention sur les vrais coupables de la corruption, il faut encore une fois se rendre à l’évidence que seul un pouvoir sous la direction des masses organisées haïtiennes ayant choisi la voie révolutionnaire et anti-impérialiste d’édifier un tribunal populaire osera changer cet appareil d’état vermoulu pour faire payer à cette bourgeoisie corrompue le prix de sa forfaiture.

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY