Commémorons l’assassinat de Dessalines!

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Honorons la mémoire de Dessalines, père de la Liberté! Soyons sans pitié pour les pétro-voleurs qui doivent être jugés.

Commémorons l’assassinat de Dessalines!  Clouons les voleurs au pilori!
Mais gare à l’ennemi!

L‘ambiance est à la chasse aux petro-voleurs, pétro-pillageurs, pétro-gaspilleurs, pétro-dilapidateurs. Le pays tout entier s’est mobilisé pour faire de ce 17 octobre 2018, 212è anniversaire de l’assassinat du Père de la nation, une date doublement historique. Doublement, parce que d’une part, elle commémore le coup d’état politique fatal contre un idéal de société envisagé par Dessalines, idéal reposant sur la liberté pleine et entière, et sur le “bien vivre” de tous les haïtiens. Parce que d’autre part, la lutte visant à faire rendre gorge aux détrousseurs des fonds du Petro-Caribe et la manifestation du 17 octobre qui va dans le même sens ne sont pas en dehors de cet idéal de société dessalinien.

Jeunes, vieux, artisans, professionnels, femmes, hommes, syndicalistes, ouvriers-ères, chauffeurs, paysans, paysannes, madan sara, étudiants, lycéens, groupements politiques, organisations des droits humains, organisations religieuses, organisations féminines, chômeurs, employés de bureaux, association de gens handicapés, membres de la presse parlée, écrite et télévisée, c’est d’une seule voix que toutes les couches vives de la nation se mobilisent pour dénoncer, ce 17 octobre, la corruption devenue un mode de gouvernement à l’ombre duquel une minorité se plaît a voler, piller, dilapider les maigres ressources du pays.

La statue de Jean-Jacques Dessalines, Champ de Mars à Port-au-Prince

C’est une vraie fièvre à l’échelle de toutes les couches de la nation réclamant justice, parce que les voleurs, les criminels, en pillant les plus de trois milliards de dollars de Petrocaribe, les ont privées de soins adéquats dans des hôpitaux fonctionnels, d’écoles dotées d’enseignants compétents auxquels l’État ne devrait plus devoir des mois d’arriérés de salaires, d’infrastructures nécessaires au développement du pays, d’universités bien entretenues et équipées qui forment les hommes et femmes de demain, de salaires décents pour nos ouvriers-ères et pour nos professeurs, d’emplois qui résorbent le chômage, de dispositions adéquates qui assurent un vrai développement de notre agriculture, de distribution rationnelle d’électricité, de disponibilité de carburant à un prix accessible aux consommateurs, particulièrement les catégories défavorisées.

Cet enthousiasme à dénoncer les traîtres à l’idéal de société de l’empereur, à les poursuivre, à les traduire en justice, dans le cadre de la commémoration du 212è anniversaire du monstrueux parricide, certes compréhensible ne doit pas nous empêcher non plus de garder la tête froide, parce que certaines indices ne devraient pas échapper à une observation attentive.

D’abord, les leaderships des organisations et groupes qui mobilisent la nation dans un but noble ont raté cette chance unique non pas précisément de faire cause commune mais surtout de s’entendre autour d’une plateforme de direction du mouvement dénonciateur pour que la manifestation du 17 octobre fût bien structurée, bien ordonnée, avec un parcours bien établi à l’avance et au cours duquel la revendication fondamentale de “Kote kòb Petro Caribe a?” ne se perdrait pas dans des sous-revendications mal coordonnées, mal véhiculées.

Ensuite, mis à part leurs communiqués de presse, les hommes et femmes politiques d’un certain poids sur l’échiquier national ont raté l’occasion de faire montre d’un tèt ansanm coordinateur du mouvement revendicateur qui indiquerait vraiment qu’ils sont du côté de l’intérêt national et non pas du côté de leur ego de pouvoir, de leur ambition présidentielle. Une telle rencontre des esprits, une telle convergence directionnelle autour d’une cause nationale, morale, eût été vraiment démocratique, positive, concrète, productive, porteuse  d’espoir ferme que la manifestation soit un succès en raz-de-marée et qui ne reste pas sans suite.

Certains indices en provenance de l’Exécutif donnent à penser. Ainsi, le ministre de l’Éducation nationale, avise sinon menace les lycéens de ne pas “se laisser manipuler” (sic). C’est dire que monsieur le ministre n’a rien compris à la vague d’indignation qui traverse le pays, sauf à être lui-même, de près ou de loin, visé par la turbulence petrojusticière. C’est dire aussi qu’il a la mémoire courte, car il se serait rappelé que c’est le martyr de trois lycéens des Gonaïves qui avait mis en branle la dynamique qui a abouti au déchoucage du “pitit tig”. Non pas que nous souhaitions d’autres martyrs. Mais de quoi et de qui le ministre a-t-il peur? Nous sommes alors de l’avis de Molière: “s’il se sent morveux, qu’il se mouche!”

Une coordination serrée, ordonnée, de nature à assurer pleinement la bonne marche de la manifestation du 17 octobre laisserait le moins de possibilités à des infiltrations et à d’inutiles provocations. Nous restons très troublés, très inquiets de cette distribution “d’enveloppes chargées” par le président inculpé, qui l’a fait en personne, dans plusieurs commissariats, sans être accompagné du directeur général de la Police nationale d’Haïti. Que mijote le pouvoir?

Nous sommes également troublés par l’insistance et la persistance des hautes autorités policières à assurer le public qu’ils sont là pour protéger les vies et les biens. C’est bien là ce pourquoi les policiers sont payés, alors pourquoi l’annoncer? Sentiment anticipé de culpabilité? Particulièrement troublante la déclaration à savoir que la PNH “ne restera pas les bras croisés devant les actes de violence”. Qui parle de violence? Est-ce que des « cinquième colonne » n’auraient pas déjà été instruits à créer la violence, de façon à créer la pagaille, désorganiser la manifestation et justifier la répression payée d’avance par le président lui-même?

Honorons la mémoire de Dessalines, père de la Liberté! Soyons sans pitié pour les pétro-voleurs qui doivent être jugés. Mais méfions-nous aussi des forces de l’ordre, elles peuvent aussi bien être génératrices de désordre.

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