Home Perspectives La Tribune de Catherine Charlemagne D’un processus électoral à l’autre, la saga continue !(46)

D’un processus électoral à l’autre, la saga continue !(46)

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Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé

Une nouvelle polémique s’ouvrait dans la capitale haïtienne pendant que le chef du gouvernement faisait le tour des décideurs politiques étrangers dans la capitale fédérale américaine. En effet, le mardi 21 avril 2026, un groupe de partis politiques, tous signataires du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, mettaient en cause les dirigeants du CEP. Ils les soupçonnent de vouloir jouer la montre en traînant les pieds ou carrément ralentir le processus électoral. Pour ces formations politiques, la rumeur du budget faramineux de 250 millions de dollars émis par le CEP qui courait les rues de Port-au-Prince est une façon de pourrir la situation et de fomenter une nouvelle crise avec l’exécutif. D’autres estimaient que le fait que le CEP prend son temps pour officialiser le budget auprès du gouvernement rentre dans cette stratégie de gagner du temps et de s’opposer au remaniement au sein du CEP. Dans une note rendue publique, plusieurs de ces partis politiques disaient leur inquiétude sur l’avenir du processus compte tenu, selon eux, de l’attitude du CEP.

«Les partis politiques dont le PHTK, En Avant, ASE, KONBA, LAVNI, OPL, RED se disent préoccupés par le devenir du processus électoral mis en veilleuse par le Conseil électoral provisoire (CEP). Les signataires constatent qu’à moins de 5 mois de la date du 30 août 2026 fixée pour l’organisation du premier tour des élections, le CEP peine encore à relever les défis politiques, techniques, administratifs et opérationnels nécessaires à l’organisation de scrutins transparents en 2026 et à une passation pacifique du pouvoir à des élus légitimes le 7 février 2027. Nous faisons les constats suivants : 1) Le 26 mars 2026 le CEP soumet aux autorités un projet de budget pour l’organisation des prochaines élections chiffré à US $ 250.00 millions, montant jugé excessif. 

Les élections de 2016 ont coûté à l’État haïtien environ US $ 50.00 millions. 2) Dans un communiqué daté du 8 avril 2026, le CEP annonce le gel, sine die, du processus électoral, après avoir constaté le 1er avril 2026, l’échec de l’opération d’inscription d’électeurs. 3) D’octobre 2024 à nos jours malgré de multiples et dispendieuses missions d’évaluation, les structures déconcentrées (Bureau Électoral Départemental, Bureau Électoral Communal) de l’institution ne sont pas encore opérationnelles. Dans ce contexte, le respect des échéances électorales de l’année 2026 et des échéances politiques du 7 février 2027, nécessite une concertation active entre les signataires du Pacte national, les autorités en place et l’institution électorale. » Une posture naturellement contestée par les dirigeants de l’institution qui ont répondu à leurs détracteurs par voie de presse puisque plusieurs médias avaient accouru à Pétion-Ville au siège du CEP ou avaient activé leurs sources anonymes pour en savoir un peu plus sur ce nouvel épisode de bras de fer entre l’institution électorale et la plupart des signataires du Pacte.

Tel est le cas du journal Le Nouvelliste qui a publié dans son édition du mardi 21 avril 2026 la réponse de l’une de ses sources au CEP : « Avant la fin de cette semaine, vendredi au plus tard, nous allons transférer au gouvernement un projet de décret électoral harmonisé avec le Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections. Le nouveau décret électoral prend en compte les dispositions des articles 12 et 13 du Pacte national pour la stabilité en lien avec des changements que veulent faire le gouvernement et ses alliés dans la Constitution. Après la publication du projet de décret électoral harmonisé, nous serons en mesure de travailler sur le calendrier électoral puisqu’il y a des dates dans le calendrier électoral qui sont liées à des délais légaux dans le décret. Effectivement, le budget du CEP avoisine les 250 millions de dollars. Cependant, le calcul de ces partis politiques est erroné. Ils pouvaient juste nous demander des informations qui leur permettront de mieux comprendre le processus. Les élections de 2016 étaient des élections partielles, toute la machine électorale était déjà en place. Il y avait aussi la MINUSTAH qui donnait des appuis logistiques au CEP. 

50 millions de dollars en 2016 n’ont pas la même valeur dix ans après. » Deux jours plus tard, le mercredi 22 avril 2026, c’est à Washington que la question du budget électoral est relancée.

Cette fois, avec le Premier ministre lui-même qui, dans une interview accordée au quotidien Le Nouvelliste le mardi 21 en marge de son périple américain, confirme que le gouvernement devrait rejeter ce budget qualifié « d’absurde et d’inacceptable. » Alix Didier Fils-Aimé devait annoncer qu’il en avait parlé avec ses interlocuteurs de la Communauté internationale qui le soutiennent forcément dans ce bras de fer budgétaire avec les Conseillers électoraux. Par ailleurs, dans son entretien, il avait aussi annoncé qu’un Comité composé de l’État haïtien et des bailleurs étrangers a déjà été formé afin de travailler sur un budget plus acceptable. « Le CEP nous a présenté un budget de 250 millions de dollars américains. 

Je dis que c’est inacceptable. Je l’ai dit au CEP lors d’une rencontre avec les bailleurs qui nous soutiennent dans ces élections. Aucun des bailleurs ne pensait que c’était acceptable d’organiser des élections en Haïti avec une population de 12 millions d’habitants pour 250 millions de dollars américains. Les dernières élections réalisées en Haïti ont coûté environ 60 millions de dollars américains. 250 millions de dollars ! C’est absurde ! Il ne s’agit pas d’une élection pour les États-Unis. Un comité composé de membres du gouvernement et des bailleurs a été formé afin de présenter un budget raisonnable. S’il y a des gens qui pensent que je suis en désaccord avec le CEP, s’il y a des gens qui pensent que je ne veux pas organiser les élections, je peux seulement dire que les 250 millions de dollars qu’on me demande ne sont pas à moi. C’est l’argent de la population, je ne peux pas donner 250 millions de dollars pour des élections qui ne devraient en aucun cas coûter autant.» 

Le chef du Bureau Intégré des Nations-Unies en Haïti, (BINUH), Carlos Ruiz Massieu

Dans cette interview avec le journal, Alix Didier Fils-Aimé revenait sur la participation de la diaspora à ces joutes électorales comme l’ont déjà fait la ministre des Haïtiens Vivant à l’Extérieur et le CEP dans diverses déclarations relatives à ce sujet. « La diaspora haïtienne pourra voter lors des prochaines élections. Il s’agit d’un projet pilote. Tous les Haïtiens vivant à l’étranger ne pourront pas voter. Mais, aux États-Unis, au Canada et en France, nous prendrons des dispositions pour concrétiser ce projet pilote.» Poursuivant sa visite à New-York au siège des Nations-Unies pour assister à une réunion du Conseil de sécurité sur la crise haïtienne et où Carlos Ruiz Massieu, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Haïti, devait présenter son Rapport sur la situation, Alix Didier Fils-Aimé a une fois de plus plaidé pour le déploiement rapide en Haïti de la fameuse Force de répression des gangs (FRG). Mais, avant lui, c’est le chef du Bureau Intégré des Nations-Unies en Haïti, (BINUH), Carlos Ruiz Massieu, qui présentait la situation en Haïti comme une situation en voie de trouver une issue. Selon lui, le retour à l’ordre constitutionnel à ce moment serait sur la bonne voie puisqu‘il a observé des progrès sur le plan institutionnel en Haïti.

Si en avril 2026, comme le prétendait ce Mexicain, on avait vraiment constaté une amélioration en Haïti dans le domaine institutionnel : soit ce monsieur est aveugle, soit il prend vraiment tous les Haïtiens pour des idiots. En tout cas, voici ce qu’il avait rapporté devant le Conseil de sécurité le jeudi 23 avril 2026 en présence du chef de la Transition post-Conseil Présidentiel de Transition : « Haïti se trouve à un moment charnière, où les progrès politiques et institutionnels jettent les bases d’une voie crédible pour l’avenir. Tous les acteurs haïtiens sont catégoriques : les élections demeurent la seule voie légitime pour rétablir l’ordre constitutionnel. L’achèvement récent de l’enregistrement des partis politiques – une première depuis 2016 – constitue une étape décisive dans la mise à jour en cours du cadre juridique électoral. D’autres étapes cruciales, telles que la révision et l’approbation du budget électoral, exigent une attention immédiate. » L’appuyant dans sa déraison ou son aveuglement, le locataire de la Primature avait repris le même discours entendu depuis des années de la part de ses prédécesseurs à la tête du pays. Il soutient que les choses s’améliorent en Haïti et, d’après lui, des quartiers entiers ont été repris aux groupes armés.

D’où son appel à envoyer en urgence des troupes étrangères pour soutenir l’armée et la police haïtienne face aux groupes armés. Devant les membres du Conseil de sécurité, Alix Didier Fils-Aimé a défendu son pouvoir, revendiqué des petites victoires sur les gangs tout en appelant à plus de solidarité à l’égard du pays. « J’appelle à un déploiement rapide de la Force de répression des gangs (FRG). Sans sécurité, aucun développement n’est possible. Grâce aux Forces armées d’Haïti (FAD’H), à la Police nationale d’Haïti (PNH) et à la Force de répressions des gangs (FRG), plusieurs zones de la capitale sont progressivement reprises des mains des gangs. La vie économique et sociale y reprend timidement mais sûrement. L’urgence est absolue, le déploiement de la FRG doit s’opérer sans délai, pendant que nous agissons également sur le moyen terme. Je demande au Conseil de sécurité de soutenir davantage, rapidement et concrètement, le déploiement de la Force de répression des gangs, notamment sur les plans logistique et financier.» 

Après un duel sans espoir de victoire pour le CEP sur le projet de budget de 250 millions de dollars et le refus sec venu de la part du Premier ministre et de ses alliés internationaux, le Président Jacques Desrosiers et ses collègues du CEP jettent l’éponge. Après avoir subi de fortes pressions venues des partis politiques, des signataires du Pacte national et du gouvernement, les Conseillers ont dû lâcher du laisse et accepter la défaite. Dans une note de presse datée du vendredi 24 avril 2026 et publiée le même jour, le Conseil Électoral Provisoire indiquait ceci : « Le Conseil électoral, à travers une Commission spéciale, composée de cadres de l’Institution, de Représentants du PNUD, de l’UNOPS et du BINUH, procède à une réévaluation du budget des opérations électorales. Le CEP informe qu’il travaille actuellement sur un calendrier électoral remanié qui doit être publié incessamment. Le Conseil électoral provisoire a transmis à l’Exécutif, le vendredi 24 avril 2026, un projet de décret électoral harmonisé aux dispositions du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections après un travail de refonte du Décret du 1er décembre 2025. 

Le CEP réaffirme son engagement à conduire le processus électoral de manière inclusive, impartiale, en toute indépendance et transparence.» Dans cette note, les responsables de l’institution électorale n’avaient pas donné de nouveaux chiffres, ils se contentaient d’annoncer qu’ils prennent acte du refus du gouvernement d’encaisser la première proposition de 250 millions et d’accepter de revoir à la baisse le budget du CEP pour les élections en le réévaluant. Vendredi 24 avril 2026, fin de visite pour le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et retour à Port-au-Prince après une semaine passée entre Washington et New-York. Lors de son point de presse au salon Diplomatique de l’aéroport Toussaint Louverture, le chef de la Transition jubilait, selon lui, du succès de son voyage aux USA. Il énumérait une liste de personnalités avec qui il s’est entretenu durant son séjour, parmi lesquelles : Mario Rubio, le chef de la diplomatie américaine ; Albert Ramdin, Secrétaire général de l’OEA ; les Responsables du FMI, de la BID, etc.

Le lundi 27 avril 2026, plus d’une cinquantaine de leaders de la Société civile et du Secteur privé des affaires, parmi lesquels beaucoup de femmes et quelques jeunes, ont été reçus par le Bureau Intégré des Nations-Unies en Haïti (BINUH) dans le cadre du processus électoral.  A l’issue de la rencontre, le Responsable de cette institution de l’ONU annonçait que les échanges portaient sur différents points dont: la gouvernance, la sécurité, les élections en Haïti et sur les principaux constats et recommandations contenus dans le dernier Rapport du Secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres, sur le pays. Le mardi 28 avril 2026, Clarens Renois, le leader du parti politique Union nationale pour l’intégration et la réconciliation (UNIR), intervenait dans la presse pour mettre en garde le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé sur une tentative, selon lui, de remaniement du Conseil Électoral.

Dans sa sortie médiatique, l’ancien journaliste devenu homme politique, dit reconnaître tout de même l’impossibilité technique d’organiser des élections cette année sur l’ensemble du territoire national par rapport à l’insécurité qui persiste. Sans oublier de rappeler que l’objectif de ces élections est de restaurer une alternance politique crédible. En tout cas, Clarens Renois se souvient que : « L’ancien Premier ministre Ariel Henry est resté 33 mois au pouvoir sans jamais concrétiser ses promesses électorales. En l’absence d’élus et de mécanismes de contrôle, la transition favorise le désordre administratif et la corruption. Je mets en garde contre les manœuvres du gouvernement visant à contrôler ou modifier le CEP, ces manœuvres ne feront qu’aggraver la crise. Il faut mettre fin aux interférences politiques et garantir l’autonomie du Conseil électoral afin d’organiser des élections crédibles. Seul un retour à l’ordre constitutionnel et un calendrier électoral clair permettront de sortir Haïti du cycle de crises et d’insécurité » déclarait le Coordonnateur national du parti UNIR dans la presse. (À suivre)

 

 

C.C

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