Massacre des policiers à Village de Dieu, la PNH au bord de l’implosion !

(3e partie)

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 Après le massacre des cinq policiers à Village de Dieu le 12 mars 2021, le Président Jovenel Moïse a multiplié les démarches auprès de la Communauté internationale à commencer par l’OEA où il a sollicité l’aide et le soutien de cette organisation régionale qui ne marchande point son support à cette Administration très décriée sur le plan national. D’après Jovenel Moïse, sa demande auprès du Secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro, a un caractère particulier et porte seulement sur la sécurité « J’ai eu, avec le Secrétaire général, Luis  Almagro, ce lundi 15 mars, un entretien qui a porté exclusivement sur la sécurité. Lors de cet échange, j’ai sollicité de cette importante organisation un support technique à la PNH afin de lutter efficacement contre le banditisme et le terrorisme » dit-il. 

 Ce qui a été confirmé le même jour dans l’après-midi par le Secrétaire général sur son compte Twitter « En réunion avec le Président d’Haïti, Jovenel Moise, il m’a été demandé d’apporter un fort appui technique de la part de l’Organisation en matière de sécurité » rapporte le dirigeant de l’Organisation des Etats d’Amérique. Selon le ministre haïtien des Affaires Etrangères, Dr Claude Joseph, devenu depuis Premier ministre en lieu et place de Joseph Jouthe qui a démissionné, le Directeur général de la PNH devait préciser ses besoins auprès de l’OEA lors d’un entretien par vidéoconférence. « Léon Charles aura à faire l’évaluation des besoins de la PNH et voir ce que l’OEA peut offrir » a déclaré le Chancelier d’Haïti par la suite. 

 Devant son échec à combattre les gangs armés et à rétablir la sécurité dans le pays, le Président Jovenel Moïse s’est aussi adressé aux responsables des Organisations des Nations Unies (ONU) durant cette même semaine du 15 mars en sollicitant leur aide technique pour la police haïtienne qui semble être incapable de contrecarrer la montée en puissance des groupes armés qui contrôlent pratiquement les rues d’Haïti à la place des forces de l’ordre officielles. Selon l’ex-chef de la diplomatie haïtienne, Dr Claude Joseph, même si le chef de l’Etat a réclamé une assistance technique au Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, en vue du referendum constitutionnel au mois de juin et des élections générales en septembre de cette année, pour autant, « Le Président n’a pas fait une demande de troupes militaires ». En clair, c’est aux forces de l’ordre haïtien de sécuriser le pays et combattre les kidnappings avec le concours de quelques spécialistes de la police colombienne déjà présents dans le pays depuis quelque temps avec l’accord des Etats Unis d’Amérique. 

 Outre ces appels à l’aide extérieure, le pouvoir tente de son côté de reprendre la main sur ces « territoires perdus » au cœur de la République avant même l’arrivée des moyens logistiques et techniques qu’il a requis au nom de la police nationale. Ainsi, nous avons appris dans le journal officiel Le Moniteur datant du 16 mars 2021 que les zones dites de « non-droit » ont été placées sous cloche. En effet, par arrêté présidentiel en date du 16 mars 2021, l’état d’urgence a été instauré pour une période d’un mois à : Grand-Ravine, Village de Dieu, Delmas 2, Savien à Petite Rivière de l’Artibonite ainsi que dans toutes les zones rouges identifiées par le Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN). 

 « Aux fins de rétablir l’ordre républicain, la sécurité publique et les droits fondamentaux des personnes, l’état d’urgence est instauré dans les zones susmentionnées. (Art 1).  Selon l’article 2 de cet arrêté : « Les autorités gouvernementales, responsables de la sécurité publique et de l’intégrité du territoire, ainsi que celles des Forces Armées d’Haïti et des Forces de Police sont habilitées à prendre les mesures nécessaires, conformément à la législation sur l’état d’urgence, afin de parvenir au démantèlement et à la destruction de toutes les bandes armées semant la terreur dans le pays ». Il reste maintenant aux autorités étatiques de relever ce défi puisque ç’en est un. Il ne suffit pas de publier des arrêtés pour que les choses rentrent dans l’ordre. 

 Surtout avec le malaise et le grand désordre, certains diraient « bordel », qui se sont établis au sein de l’institution policière depuis l’hécatombe du 12 mars à Village de Dieu qui semble être le détonateur ou le déclic qu’attendaient certains policiers et même des hauts gradés pour faire exploser la bulle. En effet, depuis la catastrophe du Village de Dieu et la mise en déroute des unités spéciales de la PNH par des « soldats en guenilles aux pieds nus » du chef de gang « Izo 5 », plus rien n’est comme avant au sein de la police haïtienne. « C’est la débandade au sein de la police » avance un haut responsable qui veut garder l’anonymat. D’après un Commissaire de police de la région Métropolitaine de Port-au-Prince, depuis l’hécatombe du 12 mars 2021 : les policiers ont le moral dans les chaussettes. Aucun policier de base n’est motivé, surtout ceux des Unités spécialisées ayant perdu des collègues à Village de Dieu. Quant aux responsables syndicaux au sein de la police, ils estiment que la Direction de la PNH se moque carrément des policiers de base. 

 Ils ne comprennent pas qu’il n’y ait aucun des responsables de l’opération du Village de Dieu à avoir été limogé après le fiasco du 12 mars. L’un des Porte-paroles du SYNAPOHA (Syndicat National des Policiers Haïtiens), Gesnel Morlant qui intervenait sur radio Magik 9 le vendredi 9 avril 2021 se dit choqué du comportant du haut commandement de la PHN : « Après ce qui s’était passé le 12 mars à Village de Dieu, personne n’a été sanctionné, les responsabilités n’ont pas été fixées et tous les chefs fonctionnent normalement comme si de rien n’était. Il n’y a eu que des transferts de poste » convient-il. Pour lui, c’est inadmissible. Gesnel Morlant a aussi évoqué le cas d’un policier de l’USGPN (Unité de Sécurité Générale du Palais National), Décilien Gabo, qui a été livré à des bandits par d’autres policiers du Sous-Commissariat de Portail Saint-Joseph. Depuis, il n’a jamais refait surface. En clair, il a été assassiné. Pourtant, ni la Direction générale de la PNH ni les autorités politiques ne sont intervenues sur ce cas. Tout ça sème la désunion, la discorde, de la méfiance entre tout le monde. Selon certains policiers, ils sont livrés à eux-mêmes dans les rues de Port-au-Prince sans presque aucun secours ni recours. 

Deux anciens directeurs de la PNH : Michel-Ange Gédéon et Rameau Normil

 Il y a aussi les multiples cas d’arrestations de policiers et d’avis de recherche lancés contre certains syndicalistes du SPNH-17 (Syndicat de la Police Nationale), première organisation syndicale créée dans la police haïtienne. Alors, tout est fait pour favoriser la déprime, le découragement et un malaise profond parmi les policiers de base. D’où cette démotivation qu’on constate chez les agents de police, d’après plusieurs responsables d’unités de police, que ce soit dans la capitale et dans les régions. Frustrés et démoralisés, les policiers gardent l’arme aux pieds et ferment les yeux sur les agissements des bandits et des gangs qui peuplent l’aire métropolitaine de Port-au-Prince. Sans compter les cas de kidnappings qui repartent à la hausse depuis que les rues ne sont plus tenues par les gardiens de la paix et donc livrées aux malfaiteurs. 

 En gros, les policiers ont peur de tout. Peur de se faire assassiner par les bandits. Peur d’être tués par d’autres policiers. Peur d’être pourchassés par la Direction générale pour activité syndicale, etc. Bref, la police a peur. Surtout, cette institution ne cesse de perdre des agents depuis l’arrivée à sa tête de Léon Charles venu directement de Washington, mis à part le groupe dissident ou incontrôlable dénommé « Fantom 509 » qui fait peur au plus haut niveau et qui pose un véritable problème aux autorités politiques et policières. Selon un Rapport publié par le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) au cours du mois de mars 2021, le Directeur général de la PNH, Léon Charles, est considéré comme le pire Directeur général que la PNH ait jamais connu. C’est le grand pestiféré de l’unique force de l’ordre public haïtien. 

 L’organisation a fait ses comptes, de novembre 2020 à mars 2021, c’est-à-dire à peu près quatre mois seulement que ce parachuté est à la tête de la police nationale ; on a enregistré un total de 25 policiers assassinés soit par des bandits soit tués par d’autres policiers au cours des mouvements de protestation diverses. On n’oublie point ceux portés disparus depuis des mois, entre autres, Décilien Gabo de l’USGPN. Aucun grand chef de gang n’a été appréhendé. Presque toutes les opérations policières menées sous Léon Charles se soldent par un échec. Auxquelles il faut rajouter plusieurs évasions de prisonniers opérées dans divers Centres carcéraux du pays sans parler de la spectaculaire évasion de plus de 400 détenus de la prison civile de Croix-des-Bouquets en février dernier. Enfin, la guerre des polices qui fait son apparition au sein de la PNH avec les excès du groupe « Fantom 509 » qui saccage sans distinction les infrastructures publiques et privées et naturellement la riposte de plus en plus directe des autres policiers aux actions incontrôlées de leurs frères ennemis.

  Aujourd’hui, les policiers s’entretuent. C’est extrêmement grave pour l’institution. Pour le gouvernement. Pour le pays. Un bien triste bilan pour Léon Charles en si peu de temps. Le DG qui a quitté son confort de la banlieue de Washington DC pour venir s’installer dans le chaudron politique haïtien perd le peu de crédit qu’il avait aux yeux de la population et de la presse haïtienne au moment de son arrivée il y a tout juste un an, même s’il garde encore la confiance du Président Jovenel Moïse et du nouveau Premier ministre Claude Joseph. Jusqu’à quand ? Pourtant, l’un de ses prédécesseurs à la tête de la PNH, Michel-Ange Gédéon, avait prédit ce qui arrive aujourd’hui : « Si, en portant l’uniforme, vous vous amusez à faire le jeu des politiciens, vous allez en payer le prix, malheureusement avec l’institution. 

Dans des moments difficiles, vous allez vous trouver seuls face à de hauts cadres de l’Etat pour la plupart sans hauteur, sans poigne, fuyards et malhonnêtes, privilégiant les commérages malveillants, les ragots désobligeants, les petits coups bas d’amateurs stupides et débiles. Ils ne sont habiles qu’à faciliter des courts métrages dignes de metteurs en scène de seconde zone, au lieu de poser les vrais problèmes avec hauteur et dépassement de soi. A ceux qui fêtent mon départ, cela ne prendra pas longtemps pour qu’ils entendent dire : ‘’si Gédéon te la ’’ ». C’est ce que disait l’ancien Commandant en chef de la police nationale, au moment de passer le flambeau à son successeur Rameau Normil. (Fin)

 

C.C

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