La police, une arme de classe !

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Il arrive que les policiers considérés comme le bras armé du patronat et des élites politiques aient les mêmes revendications sociales avec ceux qu’ils doivent réprimer.

« L’État n’est pas neutre, il est un instrument politique et militaire au service d’une classe. Dans toute société capitaliste, l’État est au service de la bourgeoisie »

« La police existe pour maintenir l’ordre social au service du capitalisme et de l’État; elle n’est pas intéressée à réduire le crime, mais plutôt à augmenter le contrôle social »

Collectif opposé à la brutalité policière (COBP)

La police nationale Haïtienne (PNH) fait face à de nombreuses critiques de la part du gouvernement ; il semblerait qu’elle n’est pas en train de jouer son rôle dans le pays à savoir réprimer les masses. C’est dans ces perspectives que le Premier Ministre haïtien, Joseph Jouthe exprimait des critiques acerbes à l’endroit du chef de la police à l’intérim Normil Rameau qui n’a pas rempli selon lui son travail avec efficacité. « Je ne suis pas satisfait de la performance de la Police nationale » a-t-il fait savoir.

Selon Jouthe qui n’est autre que le chef du Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN) la population n’est pas satisfaite des résultats sur le plan sécuritaire et il n’a pas trouvé autre chose à faire que d’utiliser le chef de la police comme un bouc émissaire en le menaçant par ces paroles : « les officiels et les fonctionnaires inefficients devront démissionner ». Et à Rameau de répliquer : « la sécurité n’est pas seulement le travail de la police».

Allons droit au but : Jouthe dit clairement que « la police n’a pas donné de résultats satisfaisants dans la lutte contre les gangs armés. Il se dit fatigué par l’insolence des bandits tandis que les autorités policières réclament toujours plus de matériels. Il y a 15 blindés disponibles, on peut travailler pour donner des résultats », a laissé entendre M. Jouthe « rappelant que les Forces Armées d’Haïti (FADH) ne disposaient que de 2 blindés ». Le premier ministre semble nostalgique des temps répressifs de l’ancienne Forces Armées d’Haïti et des tontons macoutes.

Le directeur de la police, Normil Rameau pour satisfaire le Premier ministre Jouthe Joseph vient de lancer l’opération « Terminator 1 », pour combattre le phénomène de l’insécurité et mettre en déroute les gangs armés

Les raisons pour lesquelles Jouthe est offusqué sont du fait que ses patrons de l’international capitaliste viennent de le rappeler à l’ordre. Il faut faire tout ce qui est possible pour que le peuple ne réagisse pas face à la misère et la pauvreté. Ce qui dérange le plus, ce n’est pas le fait que des gens sont en train d’être victimes de l’insécurité. C’est le cadet des soucis des vautours capitalistes qui ne s’intéressent guère à la vie des pauvres. Mais ce qui leur fait peur, ce sont les revendications de certains chefs de bandes armées qui menacent même de passer à l’action tout en demandant une vie meilleure pour les masses des quartiers populaires.

C’est ce que les classes dominantes ne comprennent pas ainsi que Jouthe leur employé qui va sans doute être obligé de démissionner puisqu’il n’a pas pu mettre en marche un appareil suffisamment répressif pour tenir en respect certaines couches sociales, car aux yeux des puissants la société servile doit être impitoyable pour les pauvres et former toujours une police qui le soit tout autant.

De coutume on se sert des individus issus des classes défavorisées  à l’instar des commandeurs du temps de l’esclavage pour combattre leurs frères de classe. Il arrive que dans le cas actuel de la PNH, tellement cette force est méprisée, abandonnée, les policiers ont été obligés de se syndiquer pour défendre leurs droits fondamentaux et exiger une amélioration satisfaisante de leurs conditions de vie.

Il arrive que les policiers considérés comme le bras armé du patronat et des élites politiques aient les mêmes revendications sociales avec ceux qu’ils doivent réprimer. La contradiction est que : certains policiers en Haïti ne sont que des travailleurs qui vendent leur force de travail à un patron qui est l’Etat et qui leur demande de violenter d’autres travailleurs parfois qui sont au chômage et qui appartiennent à la même classe sociale qu’eux.  La réalité, tout récemment, les policiers sont obligés de manifester  comme tout ouvrier qu’on opprime et bien souvent les masses des quartiers de non-droits sont les seuls  à les accompagner dans une solidarité de classe au cours de leurs protestations. Et sans oublier certains policiers se sont obligés de se convertir même en bandits pour essayer de joindre les deux bouts.

M. Lucmane Delile

L’ancien ministre de la justice et de la sécurité publique, M. Lucmane Delile n’a-t-il pas appelé au démantèlement du groupe des policiers nommés 509 Fantôme, regroupant des policiers syndiqués de la PNH. Delille les fustige  comme un groupe de bandits terroristes du fait qu’ils revendiquent de meilleures conditions de vie. Le ministre de l’éducation nationale Pierre Josué Agénor Cadet ne vient-il pas de traiter de terroristes des enseignants manifestants pour exiger leurs arriérés de salaires et de bonnes conditions de travail ?

Les policiers issus des masses ne doivent pas jouer à l’imbécilité en faisant des violences ou de la brutalité policière envers les pauvres qui souffrent comme eux du même mal : l’exploitation d’une minorité riche sur la majorité pauvre. Les policiers ont faim, tout comme les bandits ont faim et les masses populaires en général ont grand faim puisqu’ils sont exploités et issus de la même classe et à l’égard des masses populaires « les violences policières ont toujours été des violences de classe »

Des membres du syndicat de la police Nationale haïtienne (SPNH)

En fait, la police haïtienne dans cette société inégalitaire et déchirée par les rapports de classes, ne peut être le chien de garde de l’ordre social, dressé et entraîné à mordre les pauvres qui se révoltent ou ne respectent pas les lois de la classe dominante.

En somme, ce n’est pas la police qui doit être le garant de la sécurité. Ceux sont les conditions sociales des masses défavorisées qu’il faut changer et sauf une révolution sociale peut concrétiser un tel  rêve. Les policiers conscients et conséquents doivent rester solidaires avec la lutte des masses exploitées pour la construction d’un lendemain meilleur.

 

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