Il fut un temps où, à chaque massacre perpétré dans le pays, les organisations de défense des droits humains rédigeaient un rapport à la vitesse de l’éclair, allant jusqu’à identifier les bénéficiaires de chaque crime. Mais cela fait longtemps que nous n’avons pas entendu de telles absurdités. Nous pouvons même dire que depuis l’assassinat odieux du Président Jovenel Moïse, la pluie de ces rapports a cessé de tomber. Si ces organisations sont toujours présentes et actives dans le pays, elles ne sont plus aussi efficaces et productives qu’auparavant.
Pourquoi les massacres se multiplient-ils sans que ces rapports ne soient publiés ? Faut-il dire que ces organisations ont fermé les yeux sur les crimes, ou sont-elles devenues myopes ou aveugles, incapables de voir ou d’entendre des faits précis dignes d’être soulignés pour alerter l’opinion publique ? Elles n’ont peut-être plus personne à blâmer. À moins qu’elles accusent leur propre allié qui occupe le pouvoir depuis le coup d’État du 7 juillet 2021 qui n’a fait qu’aggraver la dégradation des droits et des conditions de vie de la population.
La Transition qui s’est instaurée depuis a été épargnée par toute complicité ou connivence. Ce régime n’a jamais été accusé d’une quelconque implication, comme ce fut le cas par le passé. De nombreux massacres ont été perpétrés sous le régime du Premier ministre de facto Ariel Henry ; on n’a jamais entendu aucune organisation impliquer ou accuser ce gouvernement. Un événement sans précédent, aux yeux de l’opinion publique, a été l’assassinat, le 7 février 2024, de plusieurs agents de la Brigade de Sécurité des Aires Protégées (BSAP), qui ont ensuite été enterrés dans une fosse commune par le maire de Pétion-ville. Cet incident est tombé dans l’oubli comme s’il n’avait jamais eu lieu. Même certains médias, presse et réseaux sociaux, ont gardé un silence complet sur ce massacre, révélant l’insécurité de l’État, catalyseur de la crise politique.
La situation s’est aggravée avec le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), dont les neuf membres sont tous issus de l’élite corrompue de la classe politique traditionnelle. Ce n’est pas un hasard si l’affaire de corruption à la Banque nationale de crédit (BNC), impliquant trois Conseillers du Conseil Présidentiel de Transition, peut être passée au peigne fin sans aucune poursuite judiciaire. Sans parler du sinistre assassinat de l’activiste Dickson Oreste à propos duquel le nom du Conseiller Louis Gérald Gilles est largement cité. Pourtant il est exempt de toute menace de poursuites. Toute cette corruption et cette impunité se nourrissent mutuellement et contribuent à l’insécurité.
En réalité, toutes les actions en cours ne sont rien d’autre qu’une série de charades sans issue, à savoir : cette histoire de force policière internationale, ces attaques avec des armes sophistiquées sans oublier l’implantation par le pouvoir corrompu et pourri dans certains quartiers populaires d’une force paramilitaire issue des masses défavorisées. Ce ne sont que des gesticulations de la part des dirigeants locaux et de leurs sponsors internationaux. L’insécurité est un élément essentiel du pouvoir, voire le moteur du régime en place. On ne peut sauvegarder ce pouvoir sans recourir à la malversation d’État qui alimente le phénomène d’insécurité. C’est pourquoi on constate qu’au lieu de diminuer, elle s’accroît encore. La police et l’armée, bras armés officiels de l’État, ne pouvaient, en tant qu’instruments du système, qu’entretenir le désordre de la classe capitaliste.
C’est le gouvernement lui-même qui organise le délabrement des villes, des hôpitaux et des services publics en ne proposant rien pour la réhabilitation des infrastructures de base telles que les routes, l’électricité, l’eau potable, les hôpitaux etc. dans les communautés rurales. Il n’y a d’autre perspective que de vivre dans la misère.
La pauvreté a augmenté et les abus, la violence et les injustices, au lieu de s’améliorer, se sont aggravés, permettant à l’insécurité de se propager, affectant toutes les couches de la population, en particulier à Port-au-Prince, où l’accès aux services sociaux de base, notamment l’éducation et les soins de santé, se font de plus en plus rare.
Si l’État avait créé des emplois, des services de sécurité sociale, des écoles et des centres d’apprentissage publics capables d’accueillir les jeunes des quartiers populaires, il n’y aurait pas autant de violence et de victimes de l’insécurité dans le pays. Le principal responsable de cette insécurité croissante n’est autre que l’État haïtien lui-même. Un État absent, loin de répondre aux attentes du peuple, préfère se livrer au pillage des fonds publics, creusant ainsi le fossé entre les élites bourgeoises et une population affamée.
L’insécurité, qu’elle soit alimentaire ou institutionnelle, fait partie d’une politique établie depuis plusieurs décennies, détruisant tout dans les administrations du pays. Les gouvernements répondent toujours aux revendications populaires en réprimant les jeunes, les travailleurs et les syndicalistes, en s’imposant catégoriquement, contre la volonté de la grande majorité de la population. La violence gouvernementale ne fait qu’engendrer plus de violence.
La racine de l’insécurité est le régime d’exploitation capitaliste. On doit le forcer à mettre un terme aux injustices sociales et économiques. De la même manière qu’il négocie avec les groupes armés pour que ces derniers restituent le cadavre du policier kenyan, le dialogue national sans exclusion, sans équivoque, et sans ambigüité peut jouer un rôle afin que la crise d’insécurité qui secoue le pays puisse trouver une solution pacifique pouvant affranchir les masses de la misère et de l’exploitation. Autrement, pour résoudre indéfiniment ce problème il sera nécessaire de renverser non seulement le gouvernement, mais le système dans son ensemble.
Ainsi, nous aurons un véritable gouvernement au service de la nation, non pas au service de la domination étrangère. Un gouvernement qui osera refuser de payer la dette qui nous étrangle et arrêter le pillage de nos ressources. Un gouvernement qui abrogera toutes les privatisations et renationalisera les services publics et les entreprises nationales privatisées. La solution définitive à la crise sécuritaire du pays viendra de la lutte de classe de la classe ouvrière et de ses organisations. C’est contre les politiques du gouvernement et de l’impérialisme que les masses populaires dans son ensemble devraient s’unir au tour d’un mouvement de libération nationale pour combattre l’insécurité dans la voie de l’édification d’une nouvelle société libre, juste, prospère et souveraine.