D’une interview à une autre Peter F. Mulrean : l’attitude du colon !

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En cette année du centenaire de la domination impériale américaine sur Haïti, 1915-2015, quelle aubaine, en effet, pour ceux qui veulent maintenir Haïti enchaînée que le spectacle tragi-comique offert par deux medias très prisés du pays : le Nouvelliste et la Radio Télé Kiskeya. Ces deux presses ont eu le privilège d’interviewer l’ambassadeur des américains en Haïti Peter F. Mulrean, non pas sur ce qui se passe au pays de l’ambassadeur, les Etats-Unis, mais sur la politique haïtienne. Bizarre !

Pour qui a suivi avec attention les épisodes de ces deux interviews, celles-ci s’inscrivent dans la logique même du système de domination qui consiste à rechercher un aménagement. Elles servent de preuve que les forces obscures ne comprennent pas d’autres langages que celui de la force et de la fraude et qu’elles ne voient d’autre issue que le recours aux mêmes pratiques criminelles, celles qui ont permis autrefois aux colons d’asseoir leur politique d’exploitation esclavagiste, d’édifier leurs privilèges exorbitants sur le mépris et la deshumanisation des peuples de manière à assurer à la fois la pérennité et la sauvegarde des intérêts à long terme de l’impérialisme.

Quelle honte, quelle indécence quand des journalistes haïtiens sans gêne aucune se sont comportés en indigènes de service facilitant au représentant impérial de passer ses opinions intéressées sur des questions qui sont l’affaire d’un pays censé souverain. Ces deux interviews du 27 et 28 décembre 2015 pouvaient passer pour des «insertions requises». En effet, on a eu l’impression qu’il n’a été posé l’ambassadeur que des questions préparées à l’avance de façon à ce qu’il soit à l’aise pour répondre selon son point de vue, favorable au pouvoir, masquant ainsi ce qui au fond était une ingérence déguisée ? Verrait-on jamais un ambassadeur haïtien Washington sollicité par un media américain pour donner une opinion (intéressée) sur les modalités d’un scrutin controversé aux États-Unis ? Assurément non. Pourtant, des journalistes haïtiens ont accepté de poser des questions à un diplomate sur la crise post électorale que traverse le pays, lui offrant l’opportunité de faire passer sa propagande. Un pays que l’impérialisme américain considère comme sa chasse gardée. Un pays qu’il occupe via la Minustah. On aurait tort de voir ces deux interviews comme de banales pratiques d’un néo-colonialisme discret. Elles furent réalisées à dessein, de façon cynique, pour influencer le jeu politico-électoral, sinon augurer du deuxième tour.

Allons tout d’abord au plus ancien quotidien du pays, le Nouvelliste, qui n’a pas osé indiquer le nom de l’interviewer (ou des interviewers) qui a conduit cette sale besogne qui n’a fait que salir le pays, le journaliste en question, ainsi que tous les autres journalistes en général. Heureusement, tous les journalistes ne sont pas nostalgiques de l’ère coloniale, ni des démagogues de tout acabit pour redonner force aux arguments de conquête impérialiste.

De la première question à la dernière, on a pu voir avec quelle platitude, quel esprit de colonisé cet imposteur de journaliste (anonyme), produit modèle de la colonisation osa demander à l’ambassadeur américain sur un ton apparemment sarcastique: « M. l’ambassadeur, il est 3 heures de l’après-midi, nous sommes le dimanche 27 décembre, chez vous, comment n’êtes-vous pas en train de superviser les élections? » Et pour renchérir, ce mendiant, ce flatteur patenté continua, offrant sur un plateau d’argent une question qui allait faire la joie de l’ambassadeur trop heureux de manifester son ingérence, grâce à un journaliste haïtien : « Les USA ont dépensé beaucoup d’argent pour les élections et sont en train de constater qu’elles sont reportées, quel est votre sentiment? »

Au journaliste du Nouvelliste de continuer : « Les élections sont l’objet de beaucoup de contestations. On n’a pas pu aboutir à l’organisation du second tour du 27 décembre, c’est parce que des choses se sont mal passées. Vous êtes donc d’accord avec l’existence d’une commission qui essaie d’évaluer ces élections ? Comment voyez-vous cette commission d’évaluation ?»

A Radio Kiskeya, c’était un autre contexte. Ce n’était plus le media qui s’était amené chez l’ambassadeur, mais bien lui Mulrean qui était venu en personne constater les attaques récemment subies par la station. Un dispositif adéquat était déjà arrangé pour une interview avec Marvel Dandin. On ne peut pas dire que ce dernier, tout au long, ait fermement fait comprendre au diplomate que les élections des 9 août et 25 octobre ont été carrément frauduleuses contrairement à ce que les observateurs «amis» et les siens lui ont rapporté.

Du Nouvelliste à Kiskeya, les deux interviews n’ont été qu’une mise en scène à allure de propagande pour mettre le pays, le peuple qui manifeste contre le coup d’état électoral devant un fait accompli, à savoir avaler la pilule amère des résultats frauduleux du CEP pour s’assurer la continuité du régime de Martelly, soit avec Jude Célestin de LAPEH, soit avec Jovenel Moise du PHTK. Mulrean a joué toute la force impériale de son audace pour défendre les élections-sélections du 9 août et du 25 octobre quand il osa déclarer que « Notre ambassade a eu des observateurs déployés un peu partout le jour du scrutin. Eux, ils n’ont pas vu de fraudes massives. Les missions d’observation de l’Union européenne et de l’OEA, qui avaient des centaines d’observateurs internationaux sur le terrain, n’ont pas vu non plus de fraudes massives. »

Il était évident aussi que le déferlement des questions sans nul doute programmées, fut une série de tentatives pour noyer le poisson de la mobilisation comme ce fut le cas lors de l’affaire de la nationalité américaine de Martelly. On se rappelle que l’ambassadeur américain à l’époque, Kenneth Merten, était venu garantir la nationalité haïtienne du président et tout le monde l’avait accepté malgré l’absence de preuve convaincante. Le blanc avait parlé en faveur de ses mercenaires contre le peuple haïtien…22

Et ce n’est sans doute pas par hasard que ce même Kenneth H. Merten, coordonnateur spécial pour Haïti au département d’Etat, lors d’une interview sur la Voix de l’Amérique rapportée par le Nouvelliste, a assuré prévoir un second tour entre Jovenel Moïse et Jude Célestin. Comment le sait-il, alors qu’une certaine Commission dite indépendante n’a pas encore produit son rapport ? N’empêche, à Merten d’avancer que « Le peuple haïtien mérite une campagne électorale. Le peuple a besoin de savoir ce que proposent les deux candidats pour faire avancer le pays. (…) Honnêtement, je ne sais pas ce que va conclure la commission. Mais, mon expectation c’est que nous verrons les deux candidats rester en tête du scrutin ». Comment le sait-il avec autant d’assurance ?

Les colons blancs ont assurément manifesté leurs préférences, leur détermination à nous dicter leur volonté, vu que leur principal objectif est de déstabiliser le pays afin de sauver leurs intérêts vitaux. C’est à nous, peuple haïtien, de mobiliser maintenant toutes nos énergies en vue de combattre la propagande malsaine et aveugle en cours de sorte que nous puissions reconquérir notre dignité en tant que peuple libre et souverain. En tant que vrai fils de Dessalines !

 

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