Home Perspectives La Tribune de Catherine Charlemagne D’un processus électoral à l’autre, la saga continue !(48)

D’un processus électoral à l’autre, la saga continue !(48)

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Clarens Renois, le Président de UNIR-Haïti

Le plus étonnant dans le soutien des Partis politiques au CEP sur sa proposition de 30 000 membres est la position d’un parti comme UNIR-Haïti, de l’ancien journaliste Clarens Renois, qui disait, lui aussi, soutenir cette proposition du CEP. Personne en Haïti ne peut concevoir ce petit parti comme une formation ayant un nombre d’adhérents suffisants, voire plus que 30 000 membres. Pourtant, son leader, Clarens Renoir, suit le mouvement et adhère complètement à la proposition du Conseil Électoral Provisoire. Pour UNIR-Haïti, ce seuil pourrait porter les petits partis à se regrouper. Donc, il soutient la proposition. Selon certains, si Clarens Renois et d’autres chefs de groupuscules ne contestent pas cette nouvelle politique de l’institution électorale, c’est parce qu’ils envisageraient justement de rejoindre d’autres formations pour pouvoir peser lors des scrutins. Sinon, rien n’explique cette adhésion qui pourrait les réduire au silence, voire carrément les condamner à sortir du circuit politique.

En attendant, voici ce qu’avait déclaré Clarens Renois, le Président de UNIR-Haïti, le 9 mai 2026, dans un entretien au journal Le National : « Nous sommes tout à fait d’accord avec la décision du Conseil Électoral Provisoire (CEP) d’exiger un minimum de 30 000 membres pour l’inscription des candidats aux prochaines élections. Cette mesure peut contribuer à réduire l’opportunisme politique et à encourager une meilleure structuration des partis. La lutte contre la transhumance politique, ces élus qui changent de camp au gré du pouvoir passe par un renforcement de l’attachement idéologique et par des contraintes administratives plus strictes. Le seuil imposé par le CEP pourrait inciter les petites formations à se regrouper afin de constituer des blocs politiques plus solides et moins vulnérables aux départs opportunistes. Des mesures complémentaires telles que l’imposition de frais d’inscription élevés ou une meilleure vérification des listes de membres, seraient nécessaires pour décourager les candidatures de circonstance et limiter la fraude. Les partis doivent rester actifs et animés en permanence, pas seulement en période électorale. » 

II ne restait plus qu’à entendre la voix du gouvernement, tout au moins celui qui le dirige, à savoir le Premier ministre de transition, Alix Didier Fils-Aimé. Sa position venait d’ailleurs de loin, de très loin même. En effet, c’est d’Italie, plus précisément au Vatican où il était parti en voyage officiel pour rencontrer Sa sainteté le Pape, Léon XIV, qu’il l’a fait savoir. Dans une longue interview accordée au journaliste-éditorialiste Frantz Duval le samedi 9 mai 2026, il est revenu assez longuement sur cet article 139 qui a fait couler beaucoup de salive parmi les acteurs politiques. Pour le chef de la Transition, cet article peut être rédempteur. Il estime qu’un bulletin de vote n’est point une encyclopédie. Il faut faciliter le choix pour les électeurs. D’où son approbation de ces 30 000 membres qu’il estime ne pas être assez dissuasifs. « Je ne le considère pas (l’article 139) comme un point d’achoppement. Je pense personnellement que c’est une très bonne chose. Je pense que l’exigence de 30 000 membres est peut-être trop basse. 

Pour imprimer des bulletins pour un parti, il faut au moins démontrer que vous avez une représentation. De fait, il y a beaucoup de partis politiques dans le pays. Mais aujourd’hui, avec les finances dont dispose l’État, je ne crois pas que ce serait de bon ton d’avoir 100, 120 candidats à la présidence sur un bulletin de vote. Ce n’est pas une encyclopédie que nous donnons à la population pour faire son choix. Pour aller aux élections, il faut démontrer que vous avez déjà un minimum de support. Nous encourageons les partis politiques à se regrouper. Peut-être qu’un parti n’a pas 30 mille adhérents. Mais à 20, ils peuvent avoir 100 000, 200 000 membres. Je pense que ce serait une bonne chose. Nous allons avoir de bonnes élections. Avoir le choix est une bonne chose. Avoir trop de choix n’est pas nécessairement ce qu’il faudrait. J’aimerais que l’on fasse une élection avec entre 10 et 15 candidats à la présidence. C’est mon opinion. Je ne peux pas décider. Chacun décidera. » 

Delson Cius, un membre signataire de l’Accord de Montana

Dans la congratulation quasi unanime des responsables de partis sur l’article 139 du projet électoral, il faudra soustraire au moins deux organisations pourtant aux caractéristiques bien différentes. Tout d’abord, Delson Cius, un membre signataire de l’Accord de Montana, ledit accord demeurant un peu silencieux sur le processus électoral depuis le départ du CPT (Conseil Présidentiel de Transition). Sociologue de formation, Delson Cius est l’un des rares à rejeter catégoriquement la proposition du CEP de 30 000 membres pour être admis à la compétition électorale. Pour justifier sa singularité dans ce concert de vœux favorables au CEP, il pose la question de la légitimité des partis par ses résultats non pas par le nombre de ses adhérents. D’après lui, en Haïti, le vote est souvent basé sur l’affinité ou l’amitié avec un chef de parti, rarement sur une appartenance politique ou idéologique. Par ailleurs, Delson Cius ne croit pas qu’en imposant ce quota cela pourrait réduire le nombre des partis. En fait, selon ce sociologue, les leaders politiques trouveront toujours la parade pour contourner le règlement. « Exiger 30 000 membres risque de pousser certains partis à constituer des bases de données artificielles, avec des personnes inscrites volontairement ou involontairement, sans véritable engagement partisan. Une telle mesure favoriserait ceux qui contrôlent l’appareil d’État ou disposent de ressources financières importantes, capables de ramasser des signatures via des programmes sociaux. À l’inverse, elle pénaliserait les nouvelles dynamiques électorales et ouvrirait la voie à des acteurs liés à l’économie criminelle ou à la corruption. La légitimité d’un parti devrait se mesurer par ses résultats électoraux notamment par pourcentage de voix obtenues et non par un seuil administratif fixé à l’avance. Fixer un quota aussi élevé dès le départ est une barrière antidémocratique qui ignore les difficultés structurelles des partis, même ceux les plus représentatifs. La réduction du nombre de partis devrait se faire après les élections, en éliminant ou en fusionnant ceux qui n’atteignent pas un certain score » avançait ce signataire de l’Accord de Montana.

Le son de cloche est légèrement différent du côté de l’OPL (Organisation du Peuple en Lutte). Ce parti politique, à travers son porte-parole, Dario Siriack, a fait une autre lecture de l’article 139 du CEP. Pour l’OPL, aucune obligation n’est faite aux partis politiques de disposer de 30 000 membres pour se présenter aux élections. A en croire Dario Siriack, il s’agit d’une simple proposition s’adressant au gouvernement. Pour se rassurer, le porte-parole de l’OPL donnait cette explication au quotidien Le National dans son édition du vendredi 8 mai 2026 : « L’objectif est de réduire le nombre de formations politiques jugées trop nombreuses dans la compétition électorale. Mais, le projet de décret et le budget électoral n’ont pas été inscrits à l’ordre du jour du dernier Conseil des ministres récemment organisé au Palais national par le locataire de la primature Alix Didier Fils-Aimé, car des discussions sont en cours entre le gouvernement et certains partis politiques autour de cette mesure. Toutefois, la proposition du CEP pourrait être modifiée avant son adoption définitive par le gouvernement »

Pendant qu’en Haïti la quasi-totalité des acteurs envoie des fleurs sur les Conseillers électoraux pour la publication du projet du décret électoral et des propositions dans lesquelles ils se retrouvent tous, à Washington, l’autre capitale politique d’Haïti, ce pays était une fois de plus à l’ordre du jour, toujours sur le processus électoral et l’insécurité. C’est à l’Organisation des États Américains (OEA) qu’on discutait sur les avancées très significatives et des aides qu’il faut continuer à apporter à Haïti d’après Albert Ramdin, le Secrétaire général de cette institution régionale. C’est au cours d’une énième réunion du Conseil permanent de l’OEA sur Haïti, le mercredi 6 mai 2026, que celui-ci a fait le point, une nouvelle fois, sur la situation de ce pays livré par ses dirigeants à la Communauté internationale. Après avoir exposé son point de vue sur l’évolution de cette Transition permanente devant les États membres de cette institution hémisphérique, Albert Ramdin a publié sur sa page X ce compte rendu : « Aujourd’hui, au Conseil permanent, j’ai informé les États membres des travaux de l’OEA en appui à Haïti, centrés sur cinq domaines clés : 

Facilitation politique, préparation électorale, appui à la sécurité, coordination internationale et renforcement de la présence institutionnelle de l’Organisation dans le pays. L’OEA continue également d’appuyer les efforts de sécurité et de stabilisation par le renforcement des capacités policières, des initiatives de sécurité maritime et portuaire, et une coordination accrue autour de la Feuille de route et du Tableau de bord pour Haïti. Parallèlement, la mise en place de la Mission spéciale de l’OEA pour Haïti, dirigée par le Représentant spécial Alberto Föhrig, renforce la présence institutionnelle de l’Organisation et son engagement à long terme sur le terrain. Nous restons engagés à soutenir une stabilité durable, une gouvernance démocratique et un espoir renouvelé pour le peuple haïtien. Des progrès importants ont été réalisés grâce au dialogue politique et à la coordination avec les acteurs haïtiens, la CARICOM, les Nations Unies et les États membres afin d’aider à préserver la continuité institutionnelle et à faire avancer une Transition menée par les Haïtiens eux-mêmes. 

Les préparatifs en vue des élections progressent également grâce à l’appui apporté au Conseil électoral provisoire et à la poursuite du projet d’identification de la PUICA (Programme d’Universalisation de l’Identité Civile dans les Amériques), qui contribue à garantir que les citoyens puissent obtenir les cartes d’identité nécessaires pour voter. » Le lundi 11 mai 2026, c’est l’indéboulonnable Directeur exécutif du RNDDH (Réseau National de Défense des Droits Humains), Pierre Espérance, qui soutenait qu’il n’y a aucune chance que les élections aient lieu en Haïti au cours de cette année 2026. Intervenant dans les médias de la capitale, le militant des droits humains jugeait que le CEP est dans une impasse avec le processus. Pour Pierre Espérance, les élections en Haïti sont confrontées à des défis politiques et sécuritaires puisqu’une grande partie du territoire haïtien demeure sous le contrôle des gangs.

Le pire, selon lui, c’est que trop de policiers demeurent proches des groupes armés en leur fournissant armes et munitions, voire impliqués directement dans des activités menées par ces criminels. Toutefois, il encourage les forces de l’ordre – policiers, Forces armées haïtiennes et Force de Répression des gangs (FRG) – à poursuivre la lutte contre les hommes de l’organisation Viv ansanm (Vivre ensemble) dirigé par l’ancien policier Jimmy Cherizier alias Barbecue. Pour le Directeur exécutif, malgré des multiples promesses du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et de son gouvernement, la sécurité reste un défi pour les autorités et les élections demeurent très problématiques après plus de dix ans sans aucun scrutin dans le pays. « Il n’y a même pas 1 % de chance que des élections soient organisées cette année, même durant les derniers mois ou les derniers jours de 2026. C’est impossible. 

Toutefois, si une réelle volonté existe, elles pourraient se tenir en 2027. Mais, avant que le Conseil électoral provisoire puisse organiser un premier tour, il faut que la population puisse circuler librement à travers le pays. Cela implique la réouverture des routes nationales, le contrôle des quartiers défavorisés par les forces de l’ordre, la disparition des postes de péage et l’arrêt des attaques des gangs contre les citoyens. Ce n’est qu’à partir de ce moment qu’on pourra commencer à compter huit mois pour organiser les élections. Les autorités doivent prendre les dispositions nécessaires pour que cela devienne possible. Nous espérons d’abord une amélioration des conditions de sécurité de la population afin que 2027 puisse véritablement devenir une année électorale. 

Nous souhaitons que des élections puissent avoir lieu en 2027. Les élections sont un processus démocratique permettant aux citoyens de choisir librement leurs représentants. Elles ne doivent pas devenir une source supplémentaire d’instabilité. Nous ne pouvons pas nous permettre que les élections soient organisées par les terroristes de viv ansanm et ses alliées et qu’ils les gagnent » avançait Pierre Espérance. Le même jour, le chef de la Transition tenait à répondre au dirigeant du RNDDH. Dans une déclaration faite dans la presse, le Premier ministre reconnait que la situation sécuritaire ne se prête pas aux élections. Il avait exclu d’appeler le peuple dans ses comices tant que les conditions sur le plan sécuritaire ne s’amélioreraient pas.

C’est pourquoi, disait-il, il comptait beaucoup sur le déploiement de la Force des répressions des gangs et de nouveaux contingents de policiers fraichement issus du programme dit Projet P-4000 où 1200 agents de police sortiront pour venir renforcer l’institution policière dans son combat contre les groupes armés. Dans sa longue intervention dans les médias, Alix Didier Fils-Aimé avait quasiment donné la période durant laquelle le CEP organiserait le premier tour qui devrait être aux alentours du mois de décembre 2026 au lieu d’août comme c’était prévu. Mais, si le locataire de la Primature reconnait que l’insécurité empêche que les autorités annoncent une date définitive, il s’auto-glorifie de l’amélioration, certes minime, mais tout de même significative pour être soulignée d’après lui. D’ailleurs, depuis le Vatican où il était toujours en visite auprès du nouveau Pape, le Premier ministre s’était réjoui dans le journal Le Nouvelliste, daté du 9 mai 2026, de la sécurité retrouvée au Centre-ville de Port-au-Prince.

Il prenait comme exemple pour corroborer ses dires que : les diplomates étrangers invités au Palais national pour la fête du travail le 1er mai y étaient restés jusqu’à la fin de la cérémonie et ce pour la première fois depuis six ans. « J’aimerais que les élections commencent d’ici la fin de l’année pour s’achever au début de la prochaine et avoir un président élu au 7 février 2027. Il est clair que les conditions sécuritaires n’existent pas pour organiser les élections en août. Même le CEP, lorsqu’il a envoyé le calendrier et le décret électoral, a toujours dit que le minimum est la création des conditions sécuritaires. Moi, en tant que responsable, est-ce que je peux mener la population aux votes lorsque les questions sécuritaires ne sont pas résolues ? Est-ce que je peux demander à quelqu’un de faire la queue pour aller voter lorsqu’il peut être attaqué par un gang ? Ce serait irresponsable de le faire. Nous avons la Force de Répression des gangs qui a commencé son déploiement. Nous allons commencer à travailler avec eux.

J’espère que d’ici cet été, nous aurons une grande avancée pour tenir le premier tour en décembre. Le calendrier n’est pas statique. Nous travaillons avec nos partenaires pour nous assurer qu’il y a le plus de monde possible. Le projet P-4000 continue d’avancer. D’ici le mois de juin, nous aurons une cohorte de policiers. 1200 policiers à peu près. Après leur graduation, tous les équipements seront disponibles. Le P-4000 était déjà dans notre budget. Il n’y a aucun souci ni pour payer les policiers ni pour les doter d’équipements pour qu’ils se mettent au service de la population. Les FAD’H, en phase de renforcement elles aussi, participent à la consolidation des espaces récupérés par la PNH au centre-ville de Port-au-Prince. Pour la première fois depuis six ans, ce 1er mai 2026, il y a eu une cérémonie sur la pelouse du Palais national et des activités culturelles. Nos invités et les diplomates étrangers sont venus et y sont restés jusqu’à la fin de la cérémonie.» (À suivre)

 

C.C

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