Toujours une pensée fraternelle pour Paul Laraque

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Paul Laraque

Le 8 mars 2007 a été une date qui a marqué l’intelligentsia haïtienne, plus particulièrement cette frange progressiste  courageuse qui se tient fermement et de façon résolue aux côtés de la lutte du peuple haïtien et de tous les peuples opprimés de la terre. Cette date aura surtout marqué les  hommes-arbres musiciens   qui ont choisi le camp du socialisme, sans jamais le renier, aux côtés de Paul Laraque parti retrouver, justement le 8 mars 2007 les mânes de ses glorieux prédécesseurs : Jacques Roumain, Jacques Stéphen Alexis, Anthony Lespès, Jean-Jacques Dessalines Ambroise, Adrien Sansaricq, Gérald Brisson pour ne citer que ceux-là.

Le 8 mars 2007 renvoie à une flamme de belle amour humaine, de généreuse amitié, d’incandescent patriotisme s’abreuvant aux sources d’un socialisme véritable encore à parfaire, certes, mais qui assurément est le phare qui doit guider la lutte des peuples, leur servir de boussole, à l’instar de l’héroïque peuple de la glorieuse Cuba de Martí et des frères Castro. La flamme authentiquement haïtienne du merveilleux camarade de combat, du révolutionnaire que fut Paul Laraque. Flamme  qui s’est éteinte tout en nous laissant en héritage une clarté d’aurore gardienne de la marche ascendante de tout un peuple, gardienne de grands combats encore à venir et de victoires qu’impatiemment les opprimés attendent de savourer.

Le départ auréolé de paix vers les terres lointaines de notre mythique Guinée, le 8 mars 2007, avait secoué et terrassé plus d’un, car au fond, parents, camarades de lutte et amis, nous nourrissions l’espoir secret que l’irréparable ne se produise pas , que la Vie garde encore parmi nous la belle flamme humaine qui brûlait dans le cœur de Paul, que ce corps certes usé par la maladie mais abritant une belle âme humaniste, révolutionnaire, une source pure d’infinie générosité humaine, reste encore un peu plus longtemps parmi nous.

Et l’inévitable est finalement arrivé le 8 mars 2007. Paul Laraque, le père affectueux, l’époux inconsolé de la mort de sa femme le 16 novembre 1998, le frère « camarade d‘enfance et d’exil » et de tous les combats, l’ami au regard franc, le révolutionnaire sans concession, le camarade politique vertical et loyal, le poète à l’écriture empreinte de bonheur et de grande conviction, le poète de l’amour dont les vers incandescents de passion tissaient des mèches de phosphore à sa « souveraine des sables de l’exil / et des quatre saisons» nous quittait pour des rivages peut-être meilleurs, vers des terres lunaires d’humanité, là où Morisseau-Leroy nous assure que « sivilizasyon fin pase depi lontan». Et pour Paul c’est tant mieux.

Paul, vieux frère de combat, camarade soudé à la lutte séculaire d’un peuple qui avance dans la douleur mais avec foi et détermination, aujourd’hui 8 mars 2017, dix ans après que tu sois parti, nous montons encore la garde autour de ta mémoire, à tout instant, car tu es d’une race supérieure, au sang vif alliant l’ardeur rebelle de Caonabo, la splendeur d’âme et la tendresse poétique de notre regrettée Anacaona, l’indomptable nature de Jean-Jacques Dessalines, le patriotisme à tout crin de Charlemagne Péralte, et l’indéfectible perspective marxiste-socialiste seule garante d’une souveraineté authentique pour notre Haïti, comme nous l’avaient enseigné ces deux grands camarades que furent ton aîné Jacques Roumain gouverneur de notre rosée de peuple et ton contemporain Jacques Stéphen Alexis, le Compère général Soleil.

Nous ne saurions évoquer la mémoire de Paul sans associer à mes mots de solidarité et du souvenir la présence aimée de son éternelle Marcelle, sans y associer du même coup toutes les femmes de mon pays, de tous les pays, et dont on célèbre, en ce 8 mars qui leur est consacré, l’exemplaire courage face à l’adversité, la longanimité à porter et supporter le poids d’une bonne partie de l’humanité et la joyeuse tendresse qui irradie de tout leur être. Et dans le cœur de Paul, Marcelle représentait la quintessence spirituelle de toute cette « autre moitié du développement », cette autre moitié généreuse, porteuse de vie, matrice mille fois fécondée pour la perpétuation du genre humain.

En ce 8 mars de célébration universelle, il nous vient à la mémoire que les femmes et l’amour, à travers l’image splendide et souveraine de Marcelle, ont été le socle sur lequel Paul a érigé son imposante « statue de la liberté », liberté couronnée du flambeau de souveraineté, liberté à retrouver  au terme d’un long combat en perpétuelle ascension pour que change la vie, pour que changent les rapports humains,  pour qu’enfin naisse «l’homme nouveau» du Che, de Frantz Fanon et de Thomas Sankara..

Le 8 mars 2007, Paul Laraque est parti pour son dernier voyage, porté par la ferveur océane de courants sous-marins jusqu’aux rivages souverains de la terre natale, fidèle à  une heureuse trilogie : Poésie-vérité, Marcelle-l’amour et Haïti-la liberté. Ce 8 mars 2011, nous le portons encore, vivant, au creux de nos meilleurs souvenirs.

 

                                                                                                                        5 mars 2017   

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